Drame estival à Nevarsin : Hulk avait encore oublié sa clé à sardines.

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lundi, juillet 19 2010
Par Miss SFW le lundi, juillet 19 2010, 21:04 - Choses vues
Drame estival à Nevarsin : Hulk avait encore oublié sa clé à sardines.

jeudi, juillet 15 2010
Par Miss SFW le jeudi, juillet 15 2010, 21:01 - Bien plus qu'un métier...
Cher lecteur technophile, tu n'es pas sans savoir que l'Etat français vient d'engloutir 1,6 million d'euros dans un portail baptisé "france.fr" et censé rassembler une myriade de liens (12.000 plus précisément) pour allumer des étincelles de bonheur émerveillé dans les yeux de tous ces sales étrangers qui n'eurent pas la présence d'esprit de voir le jour chez nous.
A ce prix-là, l'assistance en ligne n'était, semble-t-il, pas comprise et ce dispendieux outil de communication se trouve "momentanément indisponible" depuis son ouverture, judicieusement prévue - la France est décidément le pays des Lumières - le jour de la fête nationale.
Le site du Figaro dont on ne soulignera jamais assez l'insolence et l'esprit de sédition, se moquait hier gentiment des défaillances à trois milliards de dollars de l'énième flop de notre droite décomplexée-à-nous-qu'on-a (pour au moins deux ans encore). Si la saillie contre l'incompétence crasse de nos élites conservait la pondération de bon ton qu'on ne rencontre plus guère, hélas, que dans quelques rares établissements du bord du lac Léman- et encore, ces odieux nouveaux riches sont partout - la langue française ne bénéficiait pas, loin s'en faut, du même respect compassé auquel nous avait habitués le quotidien aux pages saumon. "La France aurait la bonne idée de faire un bon usage des nouvelles technologies et de s'inspirer en cela de l'exemple du Canada, qui est allé au-delà du site Internet pour promouvoir le pays", s'égarait un nommé Guillaume Errard dont la signature annonçait, un peu hâtivement ce me semble, "journaliste, le figaro.fr".
M. Errard me pardonnera, je l'espère, la référence à cette ridicule et négligeable époque où l'on avait le front de prétendre que l'écriture s'apprenait - alors que nous savons aujourd'hui que le talent est inné, il n'y a qu'à voir Guillaume Musso et Marc Lévy - et où l'on croyait assez sottement qu'un journal méritait de belles plumes. Balzac, un petit auteur sympathique quoiqu'un peu léger, aurait dit : "les qualités du journaliste : le brillant et la soudaineté de la pensée". Nous ne saurions nous plaindre : si le brillant et la pensée se sont mystérieusement évanouis, il nous reste au moins la soudaineté. Pschiiiit (comme dirait l'autre).
mercredi, juillet 14 2010
Par Miss SFW le mercredi, juillet 14 2010, 18:34 - Love actually
Bon anniversaire, mon blog.
jeudi, juillet 1 2010
Par Miss SFW le jeudi, juillet 1 2010, 23:07 - Chroniques de Nevarsin
Comme j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de vous l'indiquer, j'aime beaucoup Nevarsin dont le charme suranné me permet d'envisager avec un peu plus de sérénité mon existence en ce siècle affligeant. Outre sa médiathèque magique, ma nouvelle terre d'élection propose également un éventail de concerts assez éclectique pour que j'y trouve mon bonheur. Le défi était de taille. Je ne dirai jamais assez de bien de La Fourmi, petite salle à la programmation soignée et au décor industriel du meilleur goût parce que parfaitement authentique (le bâtiment abritait anciennement une manufacture).
Je salue à peu près quotidiennement les choix de la mairie, que ce soit en matière culturelle ou d'aménagement urbain. Hélas, la perfection n'est point de ce monde. L'équipe municipale a commis l'erreur fatale en croyant qu'il ne suffisait pas de faire mais qu'il fallait encore faire savoir. M. le maire de Nevarsin, je vous en prie solennellement : arrêtez la communication. Il faut vous y résoudre, le politique français n'est pas fait pour communiquer. Il s'humilie dans les journaux, s'abaisse devant les caméras et se couvre de ridicule lorsqu'il décide de s'adjoindre les "talents" des chargés de communication pour éditer une feuille de chou aussi coûteuse que grotesque dont les uniques lecteurs sont les rats qui résident au fond des containers destinés aux papiers superflus.
Comme je suis d'un naturel mauvais et que mon âme est noire, je feuillette de temps en temps ces parutions dans le seul but de déplorer l'usage qui est fait de mes contributions fiscales tout en raillant l'incompétence crasse d'une corporation à laquelle seuls le hasard et ma totale absence de relations dans la classe politique et les mafias locales m'ont évité d'appartenir.
Or, que vis-je, à l'avant-dernière page du luxueux magazine destiné aux heureux contribuables de Nevarsin ? Un courrier des lecteurs. O joie. Quelle improbable Mme Dupont de la rue des cerisiers avaient pu enfanter les cerveaux défaillants des chargés de communication de la mairie ? Quelle indécente flagornerie à peine masquée sous le voile d'une interrogation factice allait-on encore nous infliger ? Je ne fus point déçue. Mes petits camarades de la prose servile - je précise à ce stade et pour m'éviter l'indignation pudibonde des défenseurs des damnés de la plume que, malgré ma carte de presse, j'ai probablement été bien davantage chargée de communication que journaliste. Il me semble néanmoins que même la compromission devrait avoir des limites - avaient opté pour la transgression ultime : Mme F., que l'on devine aussi péremptoire qu'imaginaire, s'en prenait violemment à la politique culturelle de M. le maire : "Croyez-vous qu'une exposition de porcelaine, ou des spectacles folkloriques, soient à même d'occuper nos jeunes pendant les vacances ?", tempêtait l'acariâtre (et handicapée de la ponctuation) Nevarsienne, avant d'évoquer la bouleversante image d'adolescents désoeuvrés au pied des barres de béton.
Le maire, tout à trac et imitant fort bien une évidente irritation qui pour être feinte n'en était pas moins légitime, lui rappelait dans sa réponse les efforts faits en direction des jeunes : "Sans être exhaustif, citons les différentes expositions, les journées des danses d'Amérique latine, le festival Cuivres en fête, le Dimanche aux jardins du 18 juillet, les découvertes proposées presque quotidiennement par le service Ville d'art et d'histoire..." Vous verrez qu'il se trouvera encore des esprits retors pour ricaner sottement et arguer du manque d'esprit rock'n'roll desdites animations. Les gens sont méchants.
Autant vous le dire clairement, M. le maire m'a déçue. On ne se laisse pas ainsi bousculer par une moins que rien, fût-elle fictive, quand on est le premier magistrat de Nevarsin. Je ne doute pas de m'attirer une multitude de sympathies et d'intentions de votes en vous révélant ce que j'aurais répondu, moi, si j'avais été maire, mais enfin, il faut bien que les destins s'accomplissent, mon incroyable modestie dût-elle en souffrir.
"Sachez Mme F, que je me moque comme d'une guigne de l'ennui de ces méprisables crétins que l'on appelle les jeunes. S'il faut, pour amuser ces nouilles décérébrées, supporter le stupide vacarme de leurs scooters et l'obscène vacuité de leurs piaillements hystériques, je vous l'annonce sans détour, que la morosité les engloutisse jusqu'au dernier. Leur illettrisme auto-satisfait les condamne à périr aussi bêtes qu'ils sont nés et pourtant l'entreprise relève de l'exploit. Leur inculture crasse n'a d'égale que leur indifférence à l'égard de tout ce qui ne leur est pas exactement semblable. Leur désoeuvrement n'est que la manifestation visible du désert intellectuel qu'ils abritent avec une sotte fierté sous leurs cheveux méticuleusement apprêtés. En vérité je vous le dis, il faut être bien stupide pour prétendre être jeune dans un pays de vieux. Et si, par extraordinaire, leur flasque apathie pouvait s'effacer devant une quelconque volonté de déplacer leur nullité vers des cieux plus cléments, je ne saurais trop leur conseiller d'investir des territoires peuplés de leurs semblables où ils pourront établir d'épanouissantes relations basées sur l'inexistence cérébrale. Mme F. je ne vous salue pas, non plus que ces jeunes que vous prétendez défendre et qui ne posent leurs chaussures grotesques à la médiathèque que pour squatter les ordinateurs et visionner leurs clips débiles (et sexistes), gratifier leurs malheureux voisins des sonneries consternantes de leurs portables avant de leur imposer l'ultime affront à l'évolution humaine de leurs affligeantes conversations."
Tiens, j'ai bien envie de m'écouter "Popular".
lundi, juin 28 2010
Par Miss SFW le lundi, juin 28 2010, 21:54 - Leader cheap
Si vous ne lisez déjà Le Monde, je ne saurais trop vous conseiller de vous y convertir vitement. En premier lieu parce que les prochains numéros seront peut-être amenés à devenir collectors (dans la mesure où, du naufrage de l'Aurore, avait émergé Desproges, je me prendrais presque à le souhaiter). Ensuite parce que, malgré l'agonie économique de mon quotidien de référence préféré, certains articles continuent à valoir leur pesant de cacahuètes. Aujourd'hui, une interview-fleuve de Jean-François Copé occupait la presque totalité de la page 8, habituellement consacrée à la rubrique "France" mais, pour l'occasion, dévoyée au profit de la thématique "divertissement".
La photo présente un président du groupe UMP les bras ballants et le sourire crispé dans un élégant couloir de l'assemblée nationale, sous le désopilant titre-citation : "il faut remplacer la dépense publique par le travail". Chers amis, relevez-vous, un peu de tenue que diable, ne vous laissez pas gagner aussi vite par l'hilarité. D'autant que le meilleur est à venir : "les collectivités locales doivent aussi s'y mettre. Je préconise un bonus-malus sur la dotation globale de fonctionnement versée par l'Etat. Les collectivités qui réduisent leurs dépenses seraient encouragées. A l'inverse, celles qui ne voudraient pas comprendre qu'on a changé d'époque seraient moins bien dotées". Je ne voudrais pas faire ma pénible, encore que ce soit l'un de mes derniers et plus vifs plaisirs, mais il me semble que les décentralisations successives ont transféré bon nombre de dépenses relevant du social aux collectivités territoriales. Or, il s'agit de dépenses obligatoires - on peut le regretter mais le Conseil général des hautes plaines de Trifouilly ne peut ni modifier les conditions d'attribution du RSA, ni réduire son montant - et il se trouve, c'est scandaleux, des départements particulièrement affectionnés par ces fichus rmistes dont le budget "social" représente la majeure partie des dépenses. Pour peu qu'ils aient quelques vieux surnuméraires dans les maisons de retraite et une génération de bébés de l'an 2000 approchant dangereusement des années collège, ces fieffés crétins de province ne vont pas vouloir comprendre qu'on a "changé d'époque".
Heureusement, Jean-François Copé, fidèle serviteur de notre président bien-aimé (on a le Michel Debré que l'on mérite), se lance dans la réflexion politique de haut vol avec l'aide précieuse d'un club de triturage de méninges à destination de l'élite intellectuelle de son parti. Autant dire qu'ils pourront organiser leurs assemblées plénières dans une Smart. "Il faut donc, comme cela se fait aux Etats-Unis, des clubs à l'indépendance d'esprit beaucoup plus importante, qui sollicitent des personnalités de tous bords et de toutes sensibilités (ndlr : entendons-nous bien, de tous bords et de toutes sensibilités de droite bien née, ce n'est pas non plus l'auberge espagnole, manquerait plus qu'on se coltine des communistes, il paraît qu'il en reste, des féministes ou des pauvres) pour apporter des idées nouvelles à notre candidat". A l'évidence, "il faut remplacer la dépense publique par le travail" mérite de figurer au panthéon de ces idées neuves, nouvelles et innovantes. A quand le prix du concours Lépine pour Jean-François Copé ?
Quand je pense que je me languis depuis des années à attendre mon visa pour le pays des Bisounours. Alors qu'il suffit manifestement de poser son séant aux premiers rangs de l'assemblée nationale pour vivre dans un monde enchanté. Quand je pense qu'à chacun de mes trajets de métro aux heures de pointe je plaignais mes voisins au visage gris et fatigué, croyant naïvement qu'ils étaient épuisés par un morne et aliénant labeur. Alors que pas du tout, ce sont d'éternels estivants qui font du pédalo sur la vague en rêvant, aux frais de la société, de surcroît. Comme vous, comme moi, comme tout ce petit peuple de feignasses qui se promène en sifflotant cinq à six jours par semaine et que de valeureux responsables politiques voudraient bien remettre au travail. Je crois que je vais voter à droite. Moi aussi, je veux nager dans l'euphorie.
Fiat lux
jeudi, juin 17 2010
Par Miss SFW le jeudi, juin 17 2010, 22:27 - Leader cheap
Le stagiaire analphabète mais fils de député (ou de sénateur, la médecine moderne fait des miracles) qui hante les ministères a encore frappé. Il semblerait d'ailleurs que ses agissements ne soient pas plus surveillés que ceux d'un jeune trader français dont nous tairons le nom afin de préserver son anonymat. Et vous verrez que des chefs larmoyants et penauds dans leur costume hors de prix viendront nous dire qu'ils ne savaient pas. Mais c'est Bescherelle qu'on assassine !

Je crois avoir lu qu'on obligeait les enfants, il y a quelques décennies, à se laver la bouche avec ce savon de Marseille qui a la faveur de nos (des)potes éclairés, lorsqu'ils avaient proféré une insanité. Je propose que l'on réhabilite sans plus tarder cette saine - et écologiquement correcte - coutume dans les administrations centrales. Ainsi que la création, à l'intention de nos élites décomplexées, de l'intranet "japprendslefrancais.fr".
dimanche, juin 13 2010
Par Miss SFW le dimanche, juin 13 2010, 21:30 - Love actually
Extrait choisi d'un dialogue vespéral de haute volée littéraire, à moins d'une semaine d'un énième déménagement de nos chats, livres, plantes vertes et accessoirement de nos délicieuses personnes (ce billet a été réalisé sans trucage) :
Cary Grant : Putain, y a cette merde d'armoire à descendre.
Miss SFW : Et après c'est moi qui suis grossière...
Cary Grant (recomptant sur ses doigts) : c'est un alexandrin, je te ferai remarquer. Tu vis avec un poète.
jeudi, juin 10 2010
Par Miss SFW le jeudi, juin 10 2010, 21:17 - Choses vues
Figurez-vous que je n'ai lu que récemment l'Adolphe de Benjamin Constant. Ce qui est très mal. Quoique prétendre que le hasard fait bien les choses soit une bien sotte posture, il me semble que le précédent billet gagne à être complété par cette élégante formule, découverte dans les premières pages de l'oeuvre sus-citée : " il faut du temps pour s'accoutumer à l'espèce humaine, telle que l'intérêt, l'affectation, la vanité, la peur nous l'ont faite."
Une fois encore, je baise respectueusement les pieds de la médiathèque de Nevarsin.
dimanche, juin 6 2010
Par Miss SFW le dimanche, juin 6 2010, 19:56 - I'm a loser, baby
Invitée par une mienne et chère amie à la première communion de sa fille, j'ai immolé mon athéisme intégriste sur l'autel sacré de notre vieille complicité pour assister (debout, il y avait foule pour la garden party du Seigneur) à ladite cérémonie. Disons que c'est une expérience. Bien moins renversante cependant que le caquetage stupéfiant de l'une de ses belles-soeurs que l'on avait plantée face à moi lors du pantagruélique repas qui a logiquement suivi la petite heure de recueillement chrétien de la messe.
Ladite belle-soeur, dinde nantie pleine de bonne volonté - de cette espèce irremplaçable qui s'extasie toutes les quinze secondes, confondant dans un flot de petits cris émerveillés politesse envers son hôte et obséquiosité confite - m'avait entreprise sur le passionnant thème de la météo en général et du climat de Nevarsin en particulier. Croyant avoir à me consoler de l'absence de ce soleil poisseux et vulgaire qu'adorent également les beaufs en vacances et les ruines fortunées qui espèrent secrètement que le cancer de la peau prendra de vitesse leur Alzheimer galopant, la petite dame exprima cette étonnante pensée : "au moins quand tu t'achètes un manteau, tu as une excuse pour te faire vraiment plaisir".
Dans toute existence humaine, il est de ces instants, figés entre les haricots verts et la salade, où tu réalises à quel point ton prochain peut t'être étranger. Comment expliquer à cette créature, si semblable et pourtant si différente, qu'aucun manteau n'est en capacité de me faire "vraiment plaisir" ? Je pourrais probablement éprouver une vague félicité après avoir acquis un vêtement qui me semble particulièrement esthétique mais certainement pas s'il coûte un demi-smic. La pensée de son équivalent en paquets de pâtes et filets de pommes de terre me gâcherait la journée.
Par contre, au cas où Dieu lirait ce blog (après tout, je vais bien à ses meetings) et où il voudrait me faire "vraiment plaisir" pour mon anniversaire, ou Noël, ou pour fêter le retour de l'été, je ne suis pas regardante, j'ai quelques suggestions simples et de bon goût : un traitement infaillible contre la leucémie, une pénurie mondiale de flingues ou l'autosuffisance alimentaire de l'Afrique, voire celle de l'humanité s'il a décidé de m'offrir un cadeau groupé avec ses potes du panthéon. Et qu'il ne se formalise pas sur l'emballage, même s'il ne reste plus de ruban doré.
samedi, mai 29 2010
Par Miss SFW le samedi, mai 29 2010, 15:53 - Chroniques de Nevarsin
Ceux qui me connaissent dans la vraie vie (mais si, tu sais bien, celle où les gens meurent) ont noté que je ne ne déparerais pas dans la foule barcelonaise (ou madrilène) et que ma ressemblance avec Claudia Schiffer se limite à ce seul point commun : nous avons chacune un nez (et des oreilles).
Dans mon sud-ouest natal, cette ostensible ascendance outre-pyrénéenne est une caractéristique communément répandue et garantit un parfait anonymat de la place du Capitole aux ruelles d'Ax-les-Thermes, où l'on ne se retourne guère que sur les personnes de plus d'un mètre soixante-quinze dont la carnation dite du homard cuit trahit la nationalité aussi étrangère que septentrionale (c'est-à-dire au-dessus de Cahors).
J'ai tendance à oublier que Nevarsin se situe irrémédiablement au nord.
Or, figurez-vous qu'hier, alors que toute mon intelligence était accaparée par la résolution d'une opération particulièrement complexe (0,90 moins 0,56) devant la machine à affranchir de mon bureau de poste, un vieil Arabe, manifestement empêtré dans la perfidie technologique de son téléphone mobile, s'est approché de moi et m'a gratifiée d'un retentissant "salamalekum" auquel j'ai rétorqué un bonjour tout aussi net. Là-dessus, le bonhomme entame un discours dans la langue de ses ancêtres et force me fut d'admettre que je n'y comprenais goutte. Mes yeux écarquillés et ma réponse de haute volée littéraire : "gné ?", plongèrent mon interlocuteur dans une stupeur manifeste. "Quoi, tu ne parles pas la langue arabe ?" me dit-il, incrédule, dans un français impeccable. Cet homme-là a dû rentrer chez lui en maugréant contre la déliquescence de la culture du pays ancestral chez les jeunes issus de l'immigration.
Quant à moi, je me demande si le soleil de ces dernières semaines n'aurait pas porté un coup aussi sournois que fatal au teint d'endive que j'arbore fièrement depuis mon adolescence.
mardi, mai 25 2010
Par Miss SFW le mardi, mai 25 2010, 20:30 - J'ai testé pour moi
Je vous dirais bien que je réchappe de justesse à une dissertation qui a failli me coûter mes derniers lambeaux d'enthousiasme pour la construction européenne. La vérité est tout autre. Après un terrible épisode, je me remets avec difficulté d'une amère et profonde désillusion. J'ai vécu la plus douloureuse des déceptions, la déception gastronomique.
Songez donc que des esprits retors, des bandits de grands magasins, attirent l'innocent consommateur dans de sombres guet-apens, sans que la justice de mon pays (en laquelle je place pourtant une foi inébranlable) n'abatte solennellement son bras vengeur. Au détour du rayon frais de mon supermarché de quartier, ces vils gredins happèrent ma juvénile candeur en me promettant non le sel au baiser de leur bouche mais une parenthèse enchantée dans ma morne journée de femme au foyer désespérée. Jugez plutôt :
Mmmmmh, un fromage blanc à la crème de marron. Bon, le fromage blanc on s'en contrebalance à en inverser le sens de rotation de la planète. Mais la crème de marron... Cette merveille céleste qui laisse à penser qu'un dieu d'amour et de bonté existerait peut-être, quelque part au-dessus des frondaisons des châtaigniers (car le marron n'est pas comestible, ce qui est bien heureux, sans quoi les enfants pauvres, ces sales petits parasites, passeraient leurs récréations automnales à grignoter impudemment des fruits appartenant incontestablement au domaine public).
Persuadée de tenir là l'idée du siècle pour donner un peu de lustre à cette nullité gustative que représente le fromage blanc, j'acquis séance tenante quatre pots de la préparation lactée sus-visée et m'empressai de la goûter dès la porte de mon appartement (de standing) refermée derrière moi. Y eut-il en ce bas monde plus triste révélation que la mienne en cet infortuné instant ? Je ne le crois pas. En gravissant quatre à quatre les marches de mon immeuble (de standing) je craignais un peu que l'aigreur du fromage blanc ne dénaturât l'explosion de suavité de la crème de marron. J'ignorais alors que les infâmes m'avaient ignoblement trompée. Car de la crème de marron, mes papilles endeuillées ne purent jamais déceler une once. On m'avait vendu un vulgaire fromage blanc trop sucré et vanillé à la truelle chimique. J'enrage et les vers de Vigny sont, ce soir, mon dernier rempart contre la douleur insensée qui menace ma raison.
Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!
Il y a quelque chose de pourri au royaume du Roquefort.
mardi, mai 18 2010
Par Miss SFW le mardi, mai 18 2010, 18:20 - Chroniques de Nevarsin
Un récent commentaire de Gwynplaine m'a rappelé que je ne vous avais point informés d'une grande nouvelle : je rejoins au mois de juin la horde des damnés de la terre. Je brûlerai pour l'occasion ma carte de presse puisque je vais infliger à la France qui se lève tôt mes talents (?) de juriste en droit social. Comme d'habitude, je défendrai les méchants, c'est tout de même beaucoup plus drôle. I'm always with the bad guys.
Fiat lux
dimanche, mai 16 2010
Par Miss SFW le dimanche, mai 16 2010, 20:30 - Love actually
"Je préfèrerais que tu prennes un amant plutôt qu'un chien. Pour partir en vacances, l'amant est moins contraignant."
Signé : Cary Grant, prince de l'élégance et poète gentleman
mardi, mai 11 2010
Par Miss SFW le mardi, mai 11 2010, 21:26 - Méditations mystico-gélatineuses
Il y a peu, Cary Grant et moi, en parents méritants que nous sommes, avons sacrifié un vendredi soir au loto de l'école du Petit Prince. Je précise que celle-ci est publique et située dans un quartier que nous qualifierons de populaire nonobstant le haut niveau de standing de la résidence qui a l'honneur de nous accueillir. Tous les matins, en accompagnant mon fils unique et choyé jusqu'au temple de la République qui est censé lui inculquer les valeurs de notre beau pays, je vois la France d'en bas et j'ai parfois un moment d'angoisse.
D'abord tu as les parents qui font peur : celui qui a les dents pourries, qui mesure un mètre quatre-vingt-dix et ne se balade qu'en treillis (on voit beaucoup moins souvent sa femme dont le voile et la tenue traditionnelle témoignent de cette extrême pudeur qui l'incite à rester enfermée chez elle). Celle qui oublie sa jupe tous les matins, se promène avec un pull qui descend juste en dessous des fesses mais bien au-dessus des talons aiguilles et oublie aussi de mettre une jupe à sa fille (de quatre ans). Celui qui semble avoir dix-sept ans (les a d'ailleurs peut-être) et dont le rôle de père ne lui paraît pas incompatible avec les valeurs vestimentaires et comportementales de la racaille cathodique dont M6 abreuve les petits déjeuners de la France profonde. Celles qui s'agrippent désespérément à la culture du pays qu'elles n'ont connu que pendant les vacances, dialoguent devant le portail de l'école dans un inextricable salmigondis de français et de langues diverses mais ne prononcent plus un mot dans la langue de Molière dès qu'elles s'adressent à leur enfant. A cinq ans, ce n'est quand même pas compliqué de parler deux langues différentes à la maison et à l'école.
Surtout, tu as le cercle des parents disparus. Ceux qu'on ne voit jamais, qui confient les déplacements école-maison aux grandes soeurs de dix ans qui courent durant tout le trajet et jettent les petits dans la classe pour arriver elles-mêmes à l'heure à l'école. Je suppose que chacun a ses raisons et qu'elles sont on ne peut plus respectables et compréhensibles mais disons que pour certains enfants, la vie sera probablement plus âpre que pour d'autres. Et que j'aimerais ne pas le savoir.
Cary Grant et moi ne gagnons jamais rien. Il est vrai que nous jouons peu, voire pas, car nous sommes un couple sinistre. Nous partîmes donc au loto avec la gaieté insouciante de ceux qui savent qu'ils ne ramèneront pas dans leur appartement cinq canards gras certes sympathiques mais tout même un peu trop vivants. La volaille sur pied est un grand classique des lotos de ma région d'origine. Il semblerait que les habitants de Nevarsin soient moins portés sur l'élevage. Pour autant, les lots proposés ne suscitaient pas une convoitise immodérée et la soirée s'est passée à distribuer des places pour le parc d'attraction local, des services à café et des fers à repasser. Le Petit Prince, durant la partie réservée aux enfants, entamait un de ces caprices d'enfants gâtés dont il a le secret, au motif qu'il n'avait rien gagné, ce qui était en soi proprement scandaleux. Afin de conserver mon calme et de ne pas le hacher menu, je tâchai de ne pas penser à sa chambre qui ressemble à un entrepôt de JouéClub, ni à l'ordinateur personnel de ce petit monsieur, ni à sa console Nintendo DS Lite et ses divers jeux offerts par un grand-père ayant manifestement perdu le sens de la mesure, ni à sa garde-robe composée de vêtements de marque parce qu'une de ses grands-mères considère que le jean d'un enfant de cinq ans doit impérativement être signé Levi's et son tee-shirt Esprit ou Mexx. Pendant que le charmant bambin geignait spasmodiquement comme un caniche sous acides : "mais pourquoi je gagne jamaiiiis. Je veux gagneeeeeer" , je me concentrais sur les numéros de son carton. Or, nous jouions pour le lot de la soirée, à savoir une télé-lecteur dvd qui suscitait des cris hystériques chez nos voisins de moins de douze ans dès que l'un de leurs numéros était annoncé.
Figurez-vous que le Petit Prince l'a gagnée. Je l'ai donc accompagné jusqu'à l'estrade où elle devait lui être remise. Là, une très belle petite fille de dix ans que je croise tous les matins son petit frère à la main, s'est approchée de moi et m'a dit tristement : "il ne me manquait que trois numéros". De ses grands yeux sombres aux longs cils noirs, cette jeune fleur orientale qui aurait immanquablement inspiré de splendides alexandrins à Victor Hugo, a regardé mon fils et m'a demandé : "c'est lui qui a gagné ?". J'ai répondu par l'affirmative. Elle a fixé le Petit Prince deux secondes et, d'un ton ferme, a décidé : "c'est bien", avant de posément se rasseoir.
Je savais depuis longtemps que le hasard était un pourri mais j'ignorais qu'il fût, en outre, de droite.
Fiat lux (et puisque le destin ne respecte rien ni personne, moi non plus)
mercredi, mai 5 2010
Par Miss SFW le mercredi, mai 5 2010, 21:45 - J'ai testé pour moi
Je suis, depuis quelques mois, une usagère comblée des services de Paul Emploi. Il n'y a pas à dire, la fusion de l'Anpe et de l'Assedic a changé la vie des chômeurs. Lors de mon inscription en décembre, j'avais déjà pu déceler quelques légers dysfonctionnements. Comme j'avais finalement trouvé l'heure et le lieu de rendez-vous, je m'efforçai de n'en pas tenir rigueur à quiconque et de repartir sur de nouvelles bases avec Paul.
J'attendis donc sans a priori le rendez-vous de mars qui m'avait été promis en décembre. Mars passa. Puis avril. Pas le moindre signe de vie de Paul, cet ignoble goujat. Et voilà-t-y pas que dans les premiers jours du joli mois de mai, je reçois un courrier du malappris qui me projette directement et sans avertissement aucun dans les bas-fonds d'un univers kafkaien. Or, franchement, Kakfa je ne suis pas fan. "Vous avez à ce jour actualisé conjointement avec votre conseiller votre projet personnalisé d'accès à l'emploi. Au cours de cet entretien, les éléments constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ont été révisés pour accroître vos perspectives de retour à l'emploi. A l'issue de cet entretien, vous déclarez accepter l'actualisation de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi." Suivait un document intitulé "compte-rendu de l'entretien du 3 mai 2010", accompagné d'une délicate brochure m'indiquant dans un sobre tableau qu'au fur et à mesure du temps passé à profiter honteusement du laxisme de la social-démocratie, j'aurai intérêt à moins la ramener. Ainsi, il m'est gentiment indiqué que le salaire acceptable baissera avec le temps tandis que la distance de trajet maximum domicile-travail augmentera. L'exquise missive du directeur (dont le nom n'est pas mentionné, après tout tu n'es qu'un chômeur, on te met la signature "le directeur", ça va bien, hein) s'achevait sur cette charmante formule : "Je vous informe qu'en cas de refus de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi, je serai contraint(e) (a priori, ils n'ont pas encore déterminé le genre de leur directeur, mais c'est à l'étude) conformément aux articles L5412-1, L5412-2 et R5412-2 à R5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux à six mois."
J'ai donc appelé pour savoir quelle était cette nouvelle facétie et si mon double maléfique avait été reçu à ma place. Parce que je n'avais pas reçu l'ombre d'une convocation quelconque. La dame un peu gênée m'a expliqué que M. Paul ayant désormais l'obligation de me recevoir tous les mois et n'ayant pas trouvé le temps de le faire en avril, éditait des compte-rendus fictifs.
Forcément. Ensemble, tout est devenu possible. Si tu ne peux pas remplir une de tes obligations, tu n'as qu'à siffloter d'un air dégagé et dire que tu as fait ton boulot. Et puis, pour gagner du temps, tu produis un document synthétisant les engagements de tes interlocuteurs fantômes. Les absents ont toujours tort.
J'enrage. Quand je pense à toutes ces heures perdues à réaliser des interviews avec de vrais gens alors qu'il suffisait de laisser libre cours à ma créativité, lovée dans le tiède confort de mon bureau. C'est trop bête, moi aussi j'ai le droit de bénéficier des derniers progrès ergonomiques. Dire que j'ai attendu, pour être enfin informée de cette révolution des conditions de travail, de n'en plus avoir.
Fiat lux
jeudi, avril 29 2010
Par Miss SFW le jeudi, avril 29 2010, 20:54 - Choses vues
O mirifique lecteur citadin et nanti qui te fournis exclusivement chez Fauchon et qui n'oses envisager dans ton loft une simple étagère qui ne fût signée de Sir Terence Conran, ô toi que j'eusse aimé, ô toi qui le savais, ton destin béni des dieux t'a à jamais éloigné des sordides antres que hante la sotte populace, dans sa quête infâme du rabais.
Tu ne sauras jamais l'odeur âcre de la poussière et du solvant qui flotte dans ces tristes hangars où la plèbe désoeuvrée vient dépenser son RMI pour alimenter l'économie mondialisée, celle-là même qui leur a permis de goûter aux joies du chômage de longue durée après vingt-cinq ans d'usine et qui les condamne à garnir leur soixante mètres carrés avec vue sur l'autoroute de camelote chinoise aussi laide que cancérigène.
Tu ne pousseras jamais la porte de ces temples de l'inutile et du hideux. Aussi, ton facteur - habillé chez Armani parce que faut pas rigoler non plus, la concierge n'ouvre pas aux va-nu-pieds et autres importuns colporteurs de la réalité sociale - n'aurait-il jamais l'idée saugrenue de déposer dans ta boîte aux lettres un prospectus de la Foir'Fouille.
Le mien si. Je me ruine à habiter dans une résidence hors de prix avec portail électrique, interphone, triple clavier de code et poignées de portes en bronze pour qu'un prolétaire de la Poste, peut-être même communiste, pollue ma boîte aux lettres de publicités pour pauvres. On croit rêver. Ce cuistre n'a-t-il pas bien lu les lettres dorées qui s'entrelaçent sur la plaque de verre à l'entrée ? Il n'y a pas marqué "immeuble les noisetiers" ou "tour Léon Blum". Non monsieur, ça claque comme un titre d'Anatole France, c'est beau comme un château de la Loire : "résidence Diderot". Ca me paraît clair pourtant. "C'est une résidence très bien fréquentée", nous avait rassurés l'agent immobilier, suggérant par là, dans ce langage délicieux qui fait le charme de sa profession, que l'odieuse mixité ethnique dont on souffre trop souvent dans les transports en commun, nous serait épargnée dans ce havre de francitude préservée.
Et maintenant, voilà-t-y pas qu'un misérable facteur vient jusque dans notre hall pour me menacer. Parfaitement, me menacer. La couverture du dernier prospectus de la Foir'Fouille m'a sauvagement agressée en proclamant bien haut "arrivage massif de vins (rendez-vous en page 6-7)". Remarque, j'ai lu quelque part qu'avec la corde ou les somnifères, on peut toujours se rater. Tandis que là...
mardi, avril 27 2010
Par Miss SFW le mardi, avril 27 2010, 13:57 - Chroniques de Nevarsin
Nevarsin c'est vraiment une autre planète.
Jusqu'à présent, je ne connaissais que les points d'information jeunesse. Mais pour ça, il faut des jeunes.
Edit : Cary Grant m'a trouvée, je cite, "super mesquine" sur ce coup-là. Certes. Mais c'est mon fonds de commerce. On musèle l'esprit d'entreprise, dans ce pays.
vendredi, avril 23 2010
Par Miss SFW le vendredi, avril 23 2010, 21:10 - J'ai testé pour moi
Je ne vous dis pas tout de ma vie privée. Il est des pans entiers de ma sordide existence que vous ignoriez jusqu'à ce jour, pour la paix de votre âme. Au plus secret des glaciales nuits de Nevarsin, Cary Grant m'inflige d'ignobles tortures. L'autre soir, par exemple, le regard innocent et le front lisse, cet enfant de Satan me propose de visionner en sa charmante compagnie "un film de vampires". Les épreuves forgent la relation de couple, lui et moi avons enduré ensemble Underworld et Van Helsing, que peut-il nous arriver de plus ? J'opinai donc du chef et l'infâme en profita lâchement pour passer Twilight I.
Il paraît que ce long métrage a remporté un succès commercial conséquent (malgré un budget global avoisinant les 12,50 euros, dont un dixième pour les effets spéciaux et très exactement 20 centimes pour le staff maquillage et coiffure). Pour tout vous dire, j'ai cru jusqu'à la dernière minute que je regardais un téléfilm calibré pour M6. Je suppose qu' à 14 ans, j'aurais bien aimé. Mais cette époque est si lointaine. Il se trouve, hélas, que je ne me souviens même plus de ce qu'on peut ressentir à cet âge-là. Par contre à mon âge, le sentiment était assez net pour évoquer un léger ennui mêlé de condescendance. A l'intention des rares élus qui ne l'auraient pas encore vu, Twilight est un film d'adolescents pour les adolescents où l'inévitable et omniprésente relation amoureuse (hétérosexuelle et entre blancs, je te rassure) est compromise non par la rivalité entre deux familles ou l'immixtion d'un rival maléfique mais par la mortalité de l'une et l'immortalité de l'autre. De nos jours, les gens se font un monde de trois fois rien. Comme d'habitude, les scénaristes sont passés à côté de l'histoire. Le garçon étant issu d'une famille très aisée et la fille de parents divorcés et plutôt beaufs, il y avait une magnifique satire sociale de l'Amérique rurale contemporaine à brosser. En lieu et place, nous avons droit à une interminable litanie sur le thème de "oh oui, je t'aime, mon amûr, mais rien n'est possibleuh entre nous, car nous sommes trop différents". Tout ça parce que le garçon met trop de fond de teint.
Au terme de 120 lignes d'introduction, j'en arrive donc au coeur de mon propos, à savoir le billet de Pétronille sur Twilight II (que j'ai vu quelques jours après, les procédés utilisés dans ce but par Cary Grant ne vous regardent pas). Car enfin, elle a trouvé les mots justes, ceux que j'ai vainement cherchés durant un peu plus de trois heures (c'est long). Voyez-vous, le héros, celui qui fait chavirer le coeur de l'héroïne (vous me direz, il est payé pour ça, on va pas non plus lui décerner une médaille), celui que Pétronille nomme très justement l'homme-endive et auquel elle attribue avec raison le charisme d'un"brocoli fané", incarne à lui seul le concept d'erreur de casting. Vous voyez Cedric Diggory, dans "Harry Potter et la coupe de feu" ? Bien. Remémorez-vous sa trogne affligeante de collégien anglais propret et ennuyeux à périr (et d'ailleurs...), votre joie sauvage et légitime à le voir mourir héroïquement (et très bêtement) à la fin de l'épisode et votre désappointement lorsque son fantôme fait une guest apparition dans Harry Potter IV. Eh bien, le héros de Twilight, c'est lui. Non, pas Cedric Diggory, puisque Voldemort l'a tué, vous n'êtes absolument pas attentifs. C'est le même acteur, censé jouer le rôle d'un jeune vampire atypique, révolté et exhalant par tous ses pores l'esprit du romantisme noir. Alors disons-le une bonne fois pour toutes, ce garçon, probablement sympathique voisin et charmant collègue au demeurant, semble aussi transgressif qu'un François Bayrou confronté à la question de la propriété privée.
Je regrette d'ailleurs profondément de n'avoir pas vu, en compagnie de ladite Pétronille, cette ode sublime et existentielle au lien pur qui peut unir deux êtres innocents (car nos deux malheureux héros ne peuvent pas ziguenoupiloupiler comme n'importe quels adolescents confrontés à un début de semblant d'intérêt pour un individu de sexe opposé mais pas forcément). Nous aurions pu échanger nos vues sur l'oeuvre, ainsi que des recettes de cuisine, des cartes Pokémon, nos numéros de sécurité sociale ou n'importe quoi pour meubler les innombrables séquences où il ne se passe rien. J'aurais pu lui dire "ah non, je ne suis pas d'accord, le brundinet à la bouche-coussin (copyright Beulogue), je lui trouve le regard chafouin - vous aurez noté que je n'ai pas écrit "de fouine", j'attends la jurisprudence pour savoir si c'est une allusion à caractère antisémite ou pas - et puis je ne m'assois pas sur la bouche des gens que je ne connais pas. Par contre, quitte à faire semblant de fantasmer (à nos âges et à l'heure qu'il est, que veux-tu qu'il nous reste d'hormones ?) sur des personnes avec lesquelles on n'aura jamais de sexualité tangible, j'opterais bien pour la petite Alice, histoire d'aller au bout de la démarche."
Ou Aro Volturi, qui m'a suffisamment émue pour que je croie jusqu'au générique qu'il était interprété par Matthew Bellamy-le-chanteur-de-Muse (la seule vue de ce garçon m'a toujours un peu dédommagée de ma consternante hétérosexualité), ce qui eût constitué un choix des plus judicieux. Avant d'apprendre qu'il s'agissait en fait d'un acteur nommé Michael Sheen et doté dans la vraie vie d'un sourire assez niais pour jouer dans n'importe quel film avec Meg Ryan. IMDB est le bûcher des illusions.
Fiat lux
PS (tiens, quand on parle de bûcher des illusions...) : je vous dirais bien qu'une adaptation cinématographique n'est jamais à la hauteur du roman qui l'a inspirée mais j'ai lu la première page du premier tome à la Fnac et je ne vous conseille pas la traduction française, manifestement sous-traitée au Sri-Lanka auprès d'une association d'insertion d'analphabètes.
mercredi, avril 21 2010
Par Miss SFW le mercredi, avril 21 2010, 10:17 - Bien plus qu'un métier...
Albert Londres fit en 1922 un séjour en Indochine, alors possession française, et en rapporta un court récit de voyage qui fleure bon le colonialisme "civilisateur", le paternalisme condescendant de la IIIe République à l'égard des gentils sauvages et l'élégante ironie d'un homme de lettres qui sait son latin et en a vu les limites dans les tranchées. Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous deux extraits aussi savoureux que bien écrits :
" Chacun vous dira que si ce n'était pour les convenances, le costume qui conviendrait à Saigon serait une simple corde autour des reins. Or, c'est autour du cou que vous l'avez. Vous vous sentez perpétuellement étranglé sans jamais être définitivement pendu. De l'air ! De l'air ! appelle-t-on.
Les deux gentlemen de ma courte histoire portent, montant trois centimètres plus haut que la pomme d'Adam, un faux col dur ; leur plastron est une cuirasse, ils sont en smoking pincé à la taille. Ils font l'effet de deux soutiers qui auraient revêtu un impeccable costume blanc avant de descendre manier le charbon.
- Très rigolo, dit la galerie le premier soir, c'est une bonne blague, comme dans le temps, ce sont deux joyeux lurons.
On les revit, un deuxième, un troisième, un quatrième soir.
- C'est de l'héroïsme, faisait-on. Il faut leur dire que ça suffit, qu'on a ri le compte et les délivrer.
Hélas ! Ce n'était pas une plaisanterie, c'étaient deux Anglais. Ils faisaient de l'humour sans le savoir."
...
"Jeudi dernier, je partis sur un petit poney avec un monsieur très bien. Le monsieur n'était pas sur mon poney, il en avait un aussi, pour lui tout seul. Ce fier cavalier s'en allait, par là, dans le pays moï pour tâcher de faire comprendre à ces doux Moïs le bonheur sans nuages que doit éprouver un homme à payer enfin l'impôt. Tout le long de la tournée, les chefs moïs répondirent au monsieur très bien : "Quand monsieur tigre paiera, nous payerons".
Rappelons-le, Albert Londres était journaliste. Quel plaisir de voir que la profession contemporaine dispose encore de belles marges de progrès. Un infini champ des possibles s'étale à nos pieds.
mardi, avril 20 2010
Par Miss SFW le mardi, avril 20 2010, 10:21 - I'm a loser, baby
Du fond de son lit de douleur, Krazy Kitty a bravé la tyrannie de ses sinus infectés et courageusement rampé jusqu'à son clavier pour m'informer de la discrimination dont elle s'estimait victime. En effet, aucun de ses brillants commentaires n'était affiché en devanture de mon fonds de commerce virtuel. L'outrecuidant blog avait encore l'insolence de la reléguer en "file d'attente". Fait-on poireauter Krazy Kitty comme une vulgaire ménagère russe en quête d'un litre de lait ? En vérité, non.
J'ai donc mené ma petite enquête afin de châtier sévèrement les coupables. Il se trouve que Cary Grant, pour me protéger des vendeurs de viagra et colporteurs en jambon épilé, a activé un filtre anti-spam dont les choix éditoriaux se sont révélés bien peu judicieux. Pour un représentant des plombiers parisiens (exemple rigoureusement authentique), une petite dizaine d'habitués s'étaient vus claquer la porte au nez.
Considérant, un peu hâtivement peut-être, que les ordinateurs sont des créatures rationnelles, je cherchai le motif de ce brutal congé. Je lançai l'hypothèse d'un anti-américanisme primaire. Or, parmi les candidats au commentaire rejetés, seule Krazy Kitty arborait la bannière étoilée. Bon sang mais c'est bien sûr, me dis-je, fort logiquement, Spamkiller soumet à ma modération les commentaires accompagnés d'un lien. En fait, non.
A ce stade de mes cogitations, j'ai remis en ligne les notes et remarques injustement déclassées (sauf celles émanant des plombiers parisiens), je demande humblement pardon à mes invités pour la grossièreté de mes subalternes - de nos jours, on ne trouve plus de petit personnel - et je suppute que le cerbère électronique qui est censé protéger ma modeste demeure électronique fonde sa ségrégation sur le port de baskets.
Fiat lux
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