Un récent commentaire de Gwynplaine m'a rappelé que je ne vous avais point informés d'une grande nouvelle : je rejoins au mois de juin la horde des damnés de la terre. Je brûlerai pour l'occasion ma carte de presse puisque je vais infliger à la France qui se lève tôt mes talents (?) de juriste en droit social. Comme d'habitude, je défendrai les méchants, c'est tout de même beaucoup plus drôle. I'm always with the bad guys.
Fiat lux
mardi, mai 18 2010
Then i got a new job, climbing the walls
Par Miss SFW le mardi, mai 18 2010, 18:20 - Chroniques de Nevarsin
dimanche, mai 16 2010
Youuu and meeee always (and forever)
Par Miss SFW le dimanche, mai 16 2010, 20:30 - Love actually
"Je préfèrerais que tu prennes un amant plutôt qu'un chien. Pour partir en vacances, l'amant est moins contraignant."
Signé : Cary Grant, prince de l'élégance et poète gentleman
mardi, mai 11 2010
You don't know how lucky you are, boy
Par Miss SFW le mardi, mai 11 2010, 21:26 - Méditations mystico-gélatineuses
Il y a peu, Cary Grant et moi, en parents méritants que nous sommes, avons sacrifié un vendredi soir au loto de l'école du Petit Prince. Je précise que celle-ci est publique et située dans un quartier que nous qualifierons de populaire nonobstant le haut niveau de standing de la résidence qui a l'honneur de nous accueillir. Tous les matins, en accompagnant mon fils unique et choyé jusqu'au temple de la République qui est censé lui inculquer les valeurs de notre beau pays, je vois la France d'en bas et j'ai parfois un moment d'angoisse.
D'abord tu as les parents qui font peur : celui qui a les dents pourries, qui mesure un mètre quatre-vingt-dix et ne se balade qu'en treillis (on voit beaucoup moins souvent sa femme dont le voile et la tenue traditionnelle témoignent de cette extrême pudeur qui l'incite à rester enfermée chez elle). Celle qui oublie sa jupe tous les matins, se promène avec un pull qui descend juste en dessous des fesses mais bien au-dessus des talons aiguilles et oublie aussi de mettre une jupe à sa fille (de quatre ans). Celui qui semble avoir dix-sept ans (les a d'ailleurs peut-être) et dont le rôle de père ne lui paraît pas incompatible avec les valeurs vestimentaires et comportementales de la racaille cathodique dont M6 abreuve les petits déjeuners de la France profonde. Celles qui s'agrippent désespérément à la culture du pays qu'elles n'ont connu que pendant les vacances, dialoguent devant le portail de l'école dans un inextricable salmigondis de français et de langues diverses mais ne prononcent plus un mot dans la langue de Molière dès qu'elles s'adressent à leur enfant. A cinq ans, ce n'est quand même pas compliqué de parler deux langues différentes à la maison et à l'école.
Surtout, tu as le cercle des parents disparus. Ceux que l'on ne voit jamais, qui confient les déplacements école-maison aux grandes soeurs de dix ans qui courent durant tout le trajet et jettent les petits dans la classe pour arriver elles-mêmes à l'heure à l'école. Je suppose que chacun a ses raisons et qu'elles sont on ne peut plus respectables et compréhensibles mais disons que pour certains enfants, la vie sera probablement plus âpre que pour d'autres. Et que j'aimerais ne pas le savoir.
Cary Grant et moi ne gagnons jamais rien. Il est vrai que nous jouons peu, voire pas, car nous sommes un couple sinistre. Nous partîmes donc au loto avec la gaieté insouciante de ceux qui savent qu'ils ne ramèneront pas dans leur appartement cinq canards gras certes sympathiques mais tout même un peu trop vivants. La volaille sur pied est un grand classique des lotos de ma région d'origine. Il semblerait que les habitants de Nevarsin soient moins portés sur l'élevage. Pour autant, les lots proposés ne suscitaient pas une convoitise immodérée et la soirée s'est passée à distribuer des places pour le parc d'attraction local, des services à café et des fers à repasser. Le Petit Prince, durant la partie réservée aux enfants, entamait un de ces caprices d'enfants gâtés dont il a le secret, au motif qu'il n'avait rien gagné, ce qui était en soi proprement scandaleux. Afin de conserver mon calme et de ne pas le hacher menu, je tâchai de ne pas penser à sa chambre qui ressemble à un entrepôt de JouéClub, ni à l'ordinateur personnel de ce petit monsieur, ni à sa console Nintendo DS Lite et ses divers jeux offerts par un grand-père ayant manifestement perdu le sens de la mesure, ni à sa garde-robe composée de vêtements de marque parce qu'une de ses grands-mères considère que le jean d'un enfant de cinq ans doit impérativement être signé Levi's et son tee-shirt Esprit ou Mexx. Pendant que le charmant bambin geignait spasmodiquement comme un caniche sous acides : "mais pourquoi je gagne jamaiiiis. Je veux gagneeeeeer" , je me concentrais sur les numéros de son carton. Or, nous jouions pour le lot de la soirée, à savoir une télé-lecteur dvd qui suscitait des cris hystériques chez nos voisins de moins de douze ans dès que l'un de leurs numéros était annoncé.
Figurez-vous que le Petit Prince l'a gagnée. Je l'ai donc accompagné jusqu'à l'estrade où elle devait lui être remise. Là, une très belle petite fille de dix ans que je croise tous les matins son petit frère à la main, s'est approchée de moi et m'a dit tristement : "il ne me manquait que trois numéros". De ses grands yeux sombres aux longs cils noirs, cette jeune fleur orientale qui aurait immanquablement inspiré de splendides alexandrins à Victor Hugo, a regardé mon fils et m'a demandé : "c'est lui qui a gagné ?". J'ai répondu par l'affirmative. Elle a fixé le Petit Prince deux secondes et, d'un ton ferme, a décidé : "c'est bien", avant de posément se rasseoir.
Je savais depuis longtemps que le hasard était un pourri mais j'ignorais qu'il fût, en outre, de droite.
Fiat lux (et puisque le destin ne respecte rien ni personne, moi non plus)
mercredi, mai 5 2010
First you must calm your temper then find a job in the paper
Par Miss SFW le mercredi, mai 5 2010, 21:45 - J'ai testé pour moi
Je suis, depuis quelques mois, une usagère comblée des services de Paul Emploi. Il n'y a pas à dire, la fusion de l'Anpe et de l'Assedic a changé la vie des chômeurs. Lors de mon inscription en décembre, j'avais déjà pu déceler quelques légers dysfonctionnements. Comme j'avais finalement trouvé l'heure et le lieu de rendez-vous, je m'efforçai de n'en pas tenir rigueur à quiconque et de repartir sur de nouvelles bases avec Paul.
J'attendis donc sans a priori le rendez-vous de mars qui m'avait été promis en décembre. Mars passa. Puis avril. Pas le moindre signe de vie de Paul, cet ignoble goujat. Et voilà-t-y pas que dans les premiers jours du joli mois de mai, je reçois un courrier du malappris qui me projette directement et sans avertissement aucun dans les bas-fonds d'un univers kafkaien. Or, franchement, Kakfa je ne suis pas fan. "Vous avez à ce jour actualisé conjointement avec votre conseiller votre projet personnalisé d'accès à l'emploi. Au cours de cet entretien, les éléments constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ont été révisés pour accroître vos perspectives de retour à l'emploi. A l'issue de cet entretien, vous déclarez accepter l'actualisation de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi." Suivait un document intitulé "compte-rendu de l'entretien du 3 mai 2010", accompagné d'une délicate brochure m'indiquant dans un sobre tableau qu'au fur et à mesure du temps passé à profiter honteusement du laxisme de la social-démocratie, j'aurai intérêt à moins la ramener. Ainsi, il m'est gentiment indiqué que le salaire acceptable baissera avec le temps tandis que la distance de trajet maximum domicile-travail augmentera. L'exquise missive du directeur (dont le nom n'est pas mentionné, après tout tu n'es qu'un chômeur, on te met la signature "le directeur", ça va bien, hein) s'achevait sur cette charmante formule : "Je vous informe qu'en cas de refus de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi, je serai contraint(e) (a priori, ils n'ont pas encore déterminé le genre de leur directeur, mais c'est à l'étude) conformément aux articles L5412-1, L5412-2 et R5412-2 à R5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux à six mois."
J'ai donc appelé pour savoir quelle était cette nouvelle facétie et si mon double maléfique avait été reçu à ma place. Parce que je n'avais pas reçu l'ombre d'une convocation quelconque. La dame un peu gênée m'a expliqué que M. Paul ayant désormais l'obligation de me recevoir tous les mois et n'ayant pas trouvé le temps de le faire en avril, éditait des compte-rendus fictifs.
Forcément. Ensemble, tout est devenu possible. Si tu ne peux pas remplir une de tes obligations, tu n'as qu'à siffloter d'un air dégagé et dire que tu as fait ton boulot. Et puis, pour gagner du temps, tu produis un document synthétisant les engagements de tes interlocuteurs fantômes. Les absents ont toujours tort.
J'enrage. Quand je pense à toutes ces heures perdues à réaliser des interviews avec de vrais gens alors qu'il suffisait de laisser libre cours à ma créativité, lovée dans le tiède confort de mon bureau. C'est trop bête, moi aussi j'ai le droit de bénéficier des derniers progrès ergonomiques. Dire que j'ai attendu, pour être enfin informée de cette révolution des conditions de travail, de n'en plus avoir.
Fiat lux
jeudi, avril 29 2010
Bougnat, apporte-nous du vin
Par Miss SFW le jeudi, avril 29 2010, 20:54 - Choses vues
O mirifique lecteur citadin et nanti qui te fournis exclusivement chez Fauchon et qui n'oses envisager dans ton loft une simple étagère qui ne fût signée de Sir Terence Conran, ô toi que j'eusse aimé, ô toi qui le savais, ton destin béni des dieux t'a à jamais éloigné des sordides antres que hante la sotte populace, dans sa quête infâme du rabais.
Tu ne sauras jamais l'odeur âcre de la poussière et du solvant qui flotte dans ces tristes hangars où la plèbe désoeuvrée vient dépenser son RMI pour alimenter l'économie mondialisée, celle-là même qui leur a permis de goûter aux joies du chômage de longue durée après vingt-cinq ans d'usine et qui les condamne à garnir leur soixante mètres carrés avec vue sur l'autoroute de camelote chinoise aussi laide que cancérigène.
Tu ne pousseras jamais la porte de ces temples de l'inutile et du hideux. Aussi, ton facteur - habillé chez Armani parce que faut pas rigoler non plus, la concierge n'ouvre pas aux va-nu-pieds et autres importuns colporteurs de la réalité sociale - n'aurait-il jamais l'idée saugrenue de déposer dans ta boîte aux lettres un prospectus de la Foir'Fouille.
Le mien si. Je me ruine à habiter dans une résidence hors de prix avec portail électrique, interphone, triple clavier de code et poignées de portes en bronze pour qu'un prolétaire de la Poste, peut-être même communiste, pollue ma boîte aux lettres de publicités pour pauvres. On croit rêver. Ce cuistre n'a-t-il pas bien lu les lettres dorées qui s'entrelaçent sur la plaque de verre à l'entrée ? Il n'y a pas marqué "immeuble les noisetiers" ou "tour Léon Blum". Non monsieur, ça claque comme un titre d'Anatole France, c'est beau comme un château de la Loire : "résidence Diderot". Ca me paraît clair pourtant. "C'est une résidence très bien fréquentée", nous avait rassurés l'agent immobilier, suggérant par là, dans ce langage délicieux qui fait le charme de sa profession, que l'odieuse mixité ethnique dont on souffre trop souvent dans les transports en commun, nous serait épargnée dans ce havre de francitude préservée.
Et maintenant, voilà-t-y pas qu'un misérable facteur vient jusque dans notre hall pour me menacer. Parfaitement, me menacer. La couverture du dernier prospectus de la Foir'Fouille m'a sauvagement agressée en proclamant bien haut "arrivage massif de vins (rendez-vous en page 6-7)". Remarque, j'ai lu quelque part qu'avec la corde ou les somnifères, on peut toujours se rater. Tandis que là...
mardi, avril 27 2010
My generation
Par Miss SFW le mardi, avril 27 2010, 13:57 - Chroniques de Nevarsin
Nevarsin c'est vraiment une autre planète.
Jusqu'à présent, je ne connaissais que les points d'information jeunesse. Mais pour ça, il faut des jeunes.
Edit : Cary Grant m'a trouvée, je cite, "super mesquine" sur ce coup-là. Certes. Mais c'est mon fonds de commerce. On musèle l'esprit d'entreprise, dans ce pays.
vendredi, avril 23 2010
You will suck the life out of me
Par Miss SFW le vendredi, avril 23 2010, 21:10 - J'ai testé pour moi
Je ne vous dis pas tout de ma vie privée. Il est des pans entiers de ma sordide existence que vous ignoriez jusqu'à ce jour, pour la paix de votre âme. Au plus secret des glaciales nuits de Nevarsin, Cary Grant m'inflige d'ignobles tortures. L'autre soir, par exemple, le regard innocent et le front lisse, cet enfant de Satan me propose de visionner en sa charmante compagnie "un film de vampires". Les épreuves forgent la relation de couple, lui et moi avons enduré ensemble Underworld et Van Helsing, que peut-il nous arriver de plus ? J'opinai donc du chef et l'infâme en profita lâchement pour passer Twilight I.
Il paraît que ce long métrage a remporté un succès commercial conséquent (malgré un budget global avoisinant les 12,50 euros, dont un dixième pour les effets spéciaux et très exactement 20 centimes pour le staff maquillage et coiffure). Pour tout vous dire, j'ai cru jusqu'à la dernière minute que je regardais un téléfilm calibré pour M6. Je suppose qu' à 14 ans, j'aurais bien aimé. Mais cette époque est si lointaine. Il se trouve, hélas, que je ne me souviens même plus de ce qu'on peut ressentir à cet âge-là. Par contre à mon âge, le sentiment était assez net pour évoquer un léger ennui mêlé de condescendance. A l'intention des rares élus qui ne l'auraient pas encore vu, Twilight est un film d'adolescents pour les adolescents où l'inévitable et omniprésente relation amoureuse (hétérosexuelle et entre blancs, je te rassure) est compromise non par la rivalité entre deux familles ou l'immixtion d'un rival maléfique mais par la mortalité de l'une et l'immortalité de l'autre. De nos jours, les gens se font un monde de trois fois rien. Comme d'habitude, les scénaristes sont passés à côté de l'histoire. Le garçon étant issu d'une famille très aisée et la fille de parents divorcés et plutôt beaufs, il y avait une magnifique satire sociale de l'Amérique rurale contemporaine à brosser. En lieu et place, nous avons droit à une interminable litanie sur le thème de "oh oui, je t'aime, mon amûr, mais rien n'est possibleuh entre nous, car nous sommes trop différents". Tout ça parce que le garçon met trop de fond de teint.
Au terme de 120 lignes d'introduction, j'en arrive donc au coeur de mon propos, à savoir le billet de Pétronille sur Twilight II (que j'ai vu quelques jours après, les procédés utilisés dans ce but par Cary Grant ne vous regardent pas). Car enfin, elle a trouvé les mots justes, ceux que j'ai vainement cherchés durant un peu plus de trois heures (c'est long). Voyez-vous, le héros, celui qui fait chavirer le coeur de l'héroïne (vous me direz, il est payé pour ça, on va pas non plus lui décerner une médaille), celui que Pétronille nomme très justement l'homme-endive et auquel elle attribue avec raison le charisme d'un"brocoli fané", incarne à lui seul le concept d'erreur de casting. Vous voyez Cedric Diggory, dans "Harry Potter et la coupe de feu" ? Bien. Remémorez-vous sa trogne affligeante de collégien anglais propret et ennuyeux à périr (et d'ailleurs...), votre joie sauvage et légitime à le voir mourir héroïquement (et très bêtement) à la fin de l'épisode et votre désappointement lorsque son fantôme fait une guest apparition dans Harry Potter IV. Eh bien, le héros de Twilight, c'est lui. Non, pas Cedric Diggory, puisque Voldemort l'a tué, vous n'êtes absolument pas attentifs. C'est le même acteur, censé jouer le rôle d'un jeune vampire atypique, révolté et exhalant par tous ses pores l'esprit du romantisme noir. Alors disons-le une bonne fois pour toutes, ce garçon, probablement sympathique voisin et charmant collègue au demeurant, semble aussi transgressif qu'un François Bayrou confronté à la question de la propriété privée.
Je regrette d'ailleurs profondément de n'avoir pas vu, en compagnie de ladite Pétronille, cette ode sublime et existentielle au lien pur qui peut unir deux êtres innocents (car nos deux malheureux héros ne peuvent pas ziguenoupiloupiler comme n'importe quels adolescents confrontés à un début de semblant d'intérêt pour un individu de sexe opposé mais pas forcément). Nous aurions pu échanger nos vues sur l'oeuvre, ainsi que des recettes de cuisine, des cartes Pokémon, nos numéros de sécurité sociale ou n'importe quoi pour meubler les innombrables séquences où il ne se passe rien. J'aurais pu lui dire "ah non, je ne suis pas d'accord, le brundinet à la bouche-coussin (copyright Beulogue), je lui trouve le regard chafouin - vous aurez noté que je n'ai pas écrit "de fouine", j'attends la jurisprudence pour savoir si c'est une allusion à caractère antisémite ou pas - et puis je ne m'assois pas sur la bouche des gens que je ne connais pas. Par contre, quitte à faire semblant de fantasmer (à nos âges et à l'heure qu'il est, que veux-tu qu'il nous reste d'hormones ?) sur des personnes avec lesquelles on n'aura jamais de sexualité tangible, j'opterais bien pour la petite Alice, histoire d'aller au bout de la démarche."
Ou Aro Volturi, qui m'a suffisamment émue pour que je croie jusqu'au générique qu'il était interprété par Matthew Bellamy-le-chanteur-de-Muse (la seule vue de ce garçon m'a toujours un peu dédommagée de ma consternante hétérosexualité), ce qui eût constitué un choix des plus judicieux. Avant d'apprendre qu'il s'agissait en fait d'un acteur nommé Michael Sheen et doté dans la vraie vie d'un sourire assez niais pour jouer dans n'importe quel film avec Meg Ryan. IMDB est le bûcher des illusions.
Fiat lux
PS (tiens, quand on parle de bûcher des illusions...) : je vous dirais bien qu'une adaptation cinématographique n'est jamais à la hauteur du roman qui l'a inspirée mais j'ai lu la première page du premier tome à la Fnac et je ne vous conseille pas la traduction française, manifestement sous-traitée au Sri-Lanka auprès d'une association d'insertion d'analphabètes.
mercredi, avril 21 2010
London calling
Par Miss SFW le mercredi, avril 21 2010, 10:17 - Bien plus qu'un métier...
Albert Londres fit en 1922 un séjour en Indochine, alors possession française, et en rapporta un court récit de voyage qui fleure bon le colonialisme "civilisateur", le paternalisme condescendant de la IIIe République à l'égard des gentils sauvages et l'élégante ironie d'un homme de lettres qui sait son latin et en a vu les limites dans les tranchées. Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous deux extraits aussi savoureux que bien écrits :
" Chacun vous dira que si ce n'était pour les convenances, le costume qui conviendrait à Saigon serait une simple corde autour des reins. Or, c'est autour du cou que vous l'avez. Vous vous sentez perpétuellement étranglé sans jamais être définitivement pendu. De l'air ! De l'air ! appelle-t-on.
Les deux gentlemen de ma courte histoire portent, montant trois centimètres plus haut que la pomme d'Adam, un faux col dur ; leur plastron est une cuirasse, ils sont en smoking pincé à la taille. Ils font l'effet de deux soutiers qui auraient revêtu un impeccable costume blanc avant de descendre manier le charbon.
- Très rigolo, dit la galerie le premier soir, c'est une bonne blague, comme dans le temps, ce sont deux joyeux lurons.
On les revit, un deuxième, un troisième, un quatrième soir.
- C'est de l'héroïsme, faisait-on. Il faut leur dire que ça suffit, qu'on a ri le compte et les délivrer.
Hélas ! Ce n'était pas une plaisanterie, c'étaient deux Anglais. Ils faisaient de l'humour sans le savoir."
...
"Jeudi dernier, je partis sur un petit poney avec un monsieur très bien. Le monsieur n'était pas sur mon poney, il en avait un aussi, pour lui tout seul. Ce fier cavalier s'en allait, par là, dans le pays moï pour tâcher de faire comprendre à ces doux Moïs le bonheur sans nuages que doit éprouver un homme à payer enfin l'impôt. Tout le long de la tournée, les chefs moïs répondirent au monsieur très bien : "Quand monsieur tigre paiera, nous payerons".
Rappelons-le, Albert Londres était journaliste. Quel plaisir de voir que la profession contemporaine dispose encore de belles marges de progrès. Un infini champ des possibles s'étale à nos pieds.
mardi, avril 20 2010
The news from your bed
Par Miss SFW le mardi, avril 20 2010, 10:21 - I'm a loser, baby
Du fond de son lit de douleur, Krazy Kitty a bravé la tyrannie de ses sinus infectés et courageusement rampé jusqu'à son clavier pour m'informer de la discrimination dont elle s'estimait victime. En effet, aucun de ses brillants commentaires n'était affiché en devanture de mon fonds de commerce virtuel. L'outrecuidant blog avait encore l'insolence de la reléguer en "file d'attente". Fait-on poireauter Krazy Kitty comme une vulgaire ménagère russe en quête d'un litre de lait ? En vérité, non.
J'ai donc mené ma petite enquête afin de châtier sévèrement les coupables. Il se trouve que Cary Grant, pour me protéger des vendeurs de viagra et colporteurs en jambon épilé, a activé un filtre anti-spam dont les choix éditoriaux se sont révélés bien peu judicieux. Pour un représentant des plombiers parisiens (exemple rigoureusement authentique), une petite dizaine d'habitués s'étaient vus claquer la porte au nez.
Considérant, un peu hâtivement peut-être, que les ordinateurs sont des créatures rationnelles, je cherchai le motif de ce brutal congé. Je lançai l'hypothèse d'un anti-américanisme primaire. Or, parmi les candidats au commentaire rejetés, seule Krazy Kitty arborait la bannière étoilée. Bon sang mais c'est bien sûr, me dis-je, fort logiquement, Spamkiller soumet à ma modération les commentaires accompagnés d'un lien. En fait, non.
A ce stade de mes cogitations, j'ai remis en ligne les notes et remarques injustement déclassées (sauf celles émanant des plombiers parisiens), je demande humblement pardon à mes invités pour la grossièreté de mes subalternes - de nos jours, on ne trouve plus de petit personnel - et je suppute que le cerbère électronique qui est censé protéger ma modeste demeure électronique fonde sa ségrégation sur le port de baskets.
Fiat lux
dimanche, avril 18 2010
Like an Egyptian
Par Miss SFW le dimanche, avril 18 2010, 18:53 - I'm a loser, baby
Cary Grant a ajouté sur la liste de courses ceci :
Si certains d'entre vous sont férus de graphies primitives, j'attends avec une vive impatience leurs hypothèses quant à la signification de ces mystérieux entrelacs.
lundi, avril 12 2010
Pandora and the flying dutchman
Par Miss SFW le lundi, avril 12 2010, 20:43 - Choses vues
Vous ne vous en êtes même pas aperçus car vous ne me regardez plus comme avant, mais si, je le sens bien, quelque chose s'est brisé entre nous... Bref, le précédent billet était tout de même le 300e.
Malgré votre coupable indifférence, je tenais à vous gratifier de cette merveilleuse réclame, à la fois grossière et cruelle. En somme, tout ce que j'aime, comme dirait un célèbre vendeur de lipides solidifiés. Cette affiche, collée en face du portail électrique de ma résidence sécurisée pour provinciaux fortunés et paranoïaques, fit ma joie pendant quelques jours. Jusqu'à ce qu'un malheureux écureuil se fasse écrabouiller juste devant. Je n'ai pas jugé indispensable de photographier ce second protagoniste.
jeudi, avril 8 2010
Une civilisation sans la science... (chapitre 2)
Par Miss SFW le jeudi, avril 8 2010, 11:54 - Choses vues
Depuis que je suis domicilée à Nevarsin, je reçois dans ma boîte aux lettres les publicités au kilo. Je les soupçonne de livrer en semi-remorque. J'ai perdu cette joie de la découverte que me procurait leur rareté dans ma vie antérieure. Je ne les feuillette donc plus qu'occasionnellement et j'ai grand tort. Car elles recèlent des trésors de données sociologiques. Sans parler des merveilles du progrès que mon incurie me cèle (exemple ci-dessous) :
"What the fuck ?", m'écriai-je en moi-même, car je suis avant tout une citoyenne du monde. En effet, mesdames et messieurs, ce petit bijou de technologie est une tente équipée d'un capteur solaire. J'imaginais déjà avec désapprobation le randonneur aguerri mitonnant une blanquette d'isard sur sa plaque électrique, que nenni. Cette invention rigoureusement indispensable est équipée d'un "multi-plug pour branchement d'appareils électroniques".
Nous vivons une époque formidale. Les innombrables parasites qui nous polluent l'existence et peut-être le cerveau - ce qui les indiffère, le leur a cramé depuis longtemps - avec leur sacro-saint portable soudé aux doigts, qui manquent nous écraser en racontant au volant les menus détails de leur vie inutile, qui nous infligent l'inanité de leurs considérations existentielles dans le bus, qui nous renforcent dans notre misanthropie en le laissant sonner pendant les enterrements, qui le tripotent bruyamment durant les colloques au moment le plus passionnant de préférence, ceux-là mêmes, ces cloportes puants que nous croyions prudemment cantonnés aux zones urbanisées, vont encore venir nous imposer leur méprisable technodépendance et leur vacuité intellectuelle et culturelle au milieu des estives.
Je suis le fils d'une société fondamentalement épuisée, disait quelqu'un.
mardi, avril 6 2010
Je n'ai point d'autre affaire ici-bas que d'aimer
Par Miss SFW le mardi, avril 6 2010, 21:59 - Love actually
Si la vie est une pute, le hasard se pose là aussi. Aujourd'hui, j'avais un an de plus*. Aujourd'hui aussi, j'assistais avec Cary Grant aux obsèques d'un ami cher qui n'aura plus jamais cette chance.
Avec les années, les couples développent une empathie assez confondante et particulièrement palpable dans les moments difficiles. Dans la voiture, Cary Grant et moi étions unis par le même chagrin, le même silence, la même colère. Je cherchais vainement une station de radio quelconque mais il semblerait qu'entre la Creuse et Chateauroux, le paysage radiophonique tende à se désertifier. Je finis par tomber sur France info. Ce devait être la rubrique économique et j'éteignis prestement mais trop tard. Nous nous écriâmes d'une seule voix : "Rentabilité. Voilà justement le mot que j'avais envie d'entendre aujourd'hui".
* Pour mon anniversaire j'ai eu un très bel appareil photo. Pour tenter de fixer ce qui ne peut l'être.
dimanche, mars 28 2010
Une civilisation sans la science...
Par Miss SFW le dimanche, mars 28 2010, 21:11 - I'm a loser, baby
Dimanche après-midi, Cary Grant, sa femme et le Petit Prince sont venus chez M. Multiplex pour se faire égorger le portefeuille. Trente euros pour trois places, dont une à tarif censément réduit. Le prix d'un concert ou d'un plat du jour et dessert dans une bruissante brasserie aux miroirs étincelants et aux cuivres polis. Mais passons sur l'absurdité de la dépense pour nous intéresser à une invention révélatrice de la décadence de notre civilisation, laquelle ne manquera pas de nous engloutir sous peu dans d'horribles et obscènes soubresauts, je veux bien entendu parler du cinéma en 3 D. Chers petits amis, sans être tout à fait néophobe, je fais partie de ces esprits chagrins qui aimeraient bien que l'utilité d'une innovation leur soit démontrée avant d'en faire usage. C'est pourquoi je ne me suis pas précipitée voir Avatar en trois dimensions. J'attendais qu'une nouvelle avancée technique me permît d'y déceler, en sus des volumes, un scenario. Aujourd'hui, une page de mon existence s'est tournée, j'ai découvert le cinema non plat. Enfin, apparemment non plat. Au Petit Prince qui me demandait anxieusement s'il pourrait toucher les dragons lors de la projection du film du même nom, je fus bien obligée de répondre que la vie est un songe et la 3 D une escroquerie car, bien évidemment, il n'y a pas plus de volume s'extirpant du grand écran que d'alphabétisation dans l'univers magique du football.
Nous assistâmes donc à la projection de cet honnête film d'animation qui, à défaut d'éclipser Ratatouille nous aura moins ennuyés que n'importe quel Jeunet, équipés des ignobles et dispendieuses lunettes censées nous procurer une avalanche de sensations inédites. En vérité je vous le dis, les deux euros de supplément qui m'ont été extorqués pour la location de ce grotesque accessoire auraient été bien plus utilement employés dans une aumône au premier clochard alcoolique rencontré. Outre les indispensables calories que mon don lui aurait permis d'acquérir (quoique le riz soit plus intéressant en apport glucidique), le coma éthylique qui se serait peut-être ensuivi lui aurait dispensé l'oubli, pour une heure ou pour toujours, de la consternante civilisation dont nous sommes, à notre corps défendant, les involontaires et fort heureusement derniers représentants. Hélas, je fis le mauvais choix et louai les lunettes.
A l'intention des rares lecteurs qui n'auraient pas encore été victimes de cette grande escroquerie du cinéma, je pense de mon devoir d'apporter quelques observations sur les avantages de la 3 D :
- grâce aux lunettes dessinées par Jabba le Hutt que vous portez sur le nez, tout risque de harcèlement sexuel est définitivement écarté de votre personne. A vous la liberté de manger du maïs grillé, des maquereaux au vin blanc et de vous faire un bon gommage au Maroilles avant que d'aller au cinema avec votre conjoint(e).
- A l'instar des nantis qui reviennent d'Avoriaz le regard auréolé de la marque des lunettes, vous sortirez avec un trait rouge du plus bel effet sur l'arête de votre nez aristocratique (et une légère sensation de sinusite due au poids peu commun de cet indispensable accessoire).
- Si vous souffrez d'un strabisme, aussi léger soit-il, ou d'un quelconque défaut de vision, même minime, vos yeux mettront dix bonnes minutes à s'habituer. Le début du film sera donc l'occasion de vous remémorer l'immortel titre "Mon manège à moi", délicieuse madeleine de Proust qui sera peut-être accompagnée d'une subtile nausée.
- Les porteurs de lunettes de correction, passés ou présents, constatant la présence de profondes rayures circulaires sur toute la surface des deux verres que de précédents usagers manifestement peu scrupuleux ont laissées, ne pourront contenir le besoin compulsif de tenter de les nettoyer toutes les deux minutes. Une bien agréable manière de s'occuper les mains et l'esprit quand on s'ennuie devant le dernier Besson.
- Les partisans du noir et blanc découvriront avec joie que le cinéma contemporain peut également être privé de couleurs. Et de lumière. Ainsi, toutes les scènes ensoleillées vous paraîtront nimbées d'un voile grisâtre qui ravira les amoureux de Tim Burton période Sleepy Hollow.
- Enfin, soyez rassurés, le cinéma 3 D ne bouleversera pas votre existence de cinéphile et ne mettra pas en danger vos convictions en la matière car il n'apporte strictement rien à un film. C'est pareil, en plus cher et moins confortable.
La semaine prochaine, nous évoquerons une autre innovation enthousiasmante : les essuie-glace à déclenchement automatique en cas de pluie, un formidable progrès pour les conducteurs non-voyants.
mardi, mars 16 2010
I want to be wrong
Par Miss SFW le mardi, mars 16 2010, 22:41 - Leader cheap
L'abstention étant sortie vainqueur (as-tu remarqué que le féminin de vainqueur est quasi-inusité alors que vaincue est un terme courant ? La vie est décidément pleine de merveilleuses surprises) des dernières élections, je crois adroit, dans ma course opiniâtre à l'élévation sociale, de me ranger aux côtés de ce nouveau maître et de lui consacrer le présent billet.
Ce revirement idéologique pourrait être fatal à mon mariage mais je tiendrai bon. Cary Grant, il y a de cela quelques années, s'est autoproclamé grand pourfendeur de l'abstentionnisme et justicier masqué des urnes. Il échafaude, à chaque échéance électorale, un arsenal répressif tout prêt à servir dès que ce pays de laxistes se décidera enfin à écorcher vifs les pêcheurs des dimanches républicains. Pointant d'un index rageur une infographie du Monde, il me déclarait ce soir même : "non seulement ils ne vont pas voter mais quand ils se bougent enfin, c'est pour donner leur voix à l'extrême-doite. Ah, elle est belle, la moitié Est de la France". Impérial, il se levait solennellement et jetait alors sur la table basse le malheureux quotidien qui n'en demandait pas tant. Le flamboiement des derniers rayons du soleil donnait à la scène une dimension prophétique. N'eût été l'étendoir à linge en fond qui gâchait quelque peu la magie du tableau.
Cary Grant ne connaît pas sa chance. Sourd aux sirènes de l'ambition, indifférent à l'obsédant cliquetis des ors de la République, il peut, sans appréhension aucune, vouer aux gémonies qui bon lui semble. Moi, que le démon de la réussite dévore sans trêve, je ne puis me permettre de jeter l'opprobre sur ceux qui représentent désormais la majorité des citoyens de ce pays. Et me voilà toute prête à leur passer la pommade autour de la pierre. Et j'argumente, je me bats comme un beau diable pour sauver ma crédibilité au sein de l'huis clos conjugal. Je sors du chapeau la consternante similitude d'origine sociale, de cursus scolaire et de revenus des divers candidats. Je parle de la crise, de la mondialisation et de l'effondrement du cours de la citrouille. Je suis bien proche, je l'avoue le rouge au front, de brandir "l'Année terrible" pour scander mon propos.
Bien sûr, la vérité est bien plus prosaïque, comme disait l'autre (celui ou celle qui me retrouve cette référence-là recevra une carte postale de Nevarsin by night dédicacée et l'aura bien méritée). Vois-tu, je puis éventuellement envisager une fraction de seconde que l'on considère avoir mieux à faire que voter. Si, si. Plus je regarde les affiches et plus je comprends. Dans ma vie antérieure de journaliste, j'en ai enduré du politicard. Ils (permettez-moi d'utiliser le masculin qui l'emporte en grammaire mais plus encore dans les statistiques) avaient tous le même regard qui se voulait perçant, prenaient la même pose faussement concentrée pour me noyer dans un flot de banalités convenues dont l'unique intérêt était de trahir leur méconnaissance totale du dossier sur lequel ils étaient interrogés. Ils étaient pontifiants, assez peu légitimement imbus de leur banale personne, ennuyeux et hélas, trois fois hélas, incontournables. Ils concentraient dans leur petit club privé l'essentiel des pouvoirs locaux et régnaient en petits seigneurs sur leur fief, dispensant selon leur bon vouloir et leurs amitiés particulières l'argent public qui leur avait été confié. Ils n'avaient aucun humour, n'étaient pas rock'n'roll pour deux sous (par contre pour trois, ils étaient prêts à apprendre tout le répertoire de Refused en suédois) et surtout me faisaient perdre mon temps, le soir devant mon clavier, quand j'essayais désespérément de sauver ce qui pouvait l'être de l'interview pathétique qu'ils avaient bien voulu m'accorder.
Et pourtant, je vote encore (Dieu et la Constitution merci, à la différence du PMU, l'insertion du bulletin est gratuite et je ne suis pas trop déçue de toujours miser sur le mauvais cheval). Je pourrais te parler du droit de vote des femmes, trop récent pour que je ne m'y accroche pas avec ferveur ou bien des élections dans certains pays où des gens semblent prêts à mourir pour avoir le droit de choisir entre plusieurs candidats. Fort malheureusement, il ne demeure aujourd'hui qu'une seule raison pour me pousser vers les urnes à l'heure où il ne reste peut-être plus que deux baguettes de campagne chez mon boulanger de quartier : la joie morbide de savoir que j'ai accompli ma part du contrat et que j'ai cinq ans pour les regarder oublier la leur.
Fiat lux.
vendredi, mars 12 2010
Fuck you kitty, you gonna spend the night outside
Par Miss SFW le vendredi, mars 12 2010, 09:08 - Choses vues
Quand je vous dis que mes chats sont psychotiques. Ils visionnent en cachette "2001, l'odyssée de l'espace" (ce que je ne consentirai pas même en état de coma profond) puis, dans l'oppressante obscurité du salon déserté, se fantasment persécutés par de monstrueux ordinateurs. Et là, sous le discutable couvert de la légitime défense, c'est le drame.

dimanche, mars 7 2010
Toy story
Par Miss SFW le dimanche, mars 7 2010, 18:13 - Choses vues
Je suis une maîtresse de maison très médiocre, force est de l'admettre. Je ne balaie pas ma cuisine après chaque repas, je sors le verre quand la poche est pleine à craquer et je n'ai pas, entre les piles parfaitement alignées de draps impeccablement repassés, de boîte à chaussures destinée aux innombrables notices des multiples appareils électriques de la famille.
Ainsi, j'étais fort en peine cette après-midi de régler l'horloge-tamagotchi du petit prince et ma crédibilité d'adulte omniscient menaçait de s'écrouler, telle la ruine séculaire en plein séisme de magnitude 9. Dieu et Google merci, je retrouvai ladite notice en trois clics de cuillère à pot. Et je ne fus pas déçue par le sympathique mot d'introduction : " Chez VTech®, nous sommes conscients que les enfants sont notre
avenir. C’est pourquoi tous nos jeux sont conçus de manière à entretenir et à renforcer leur désir d’apprendre.Toute la technologie et le sens de la pédagogie VTech® sont mis au service de la connaissance pour faciliter la découverte des lettres, des mots, des chiffres, des opérations…"
Au cours de ma courte expérience de professeur de français en lycée, j'ai dû jouer de malchance et avoir les 32 seuls adolescents dont les parents avaient obstinément opté pour d'autres marques.
mercredi, mars 3 2010
Genitrix
Par Miss SFW le mercredi, mars 3 2010, 08:40 - I'm a loser, baby
Arpentant gaiement les rues de Nevarsin, dans les tièdes rayons d'un timide soleil hivernal, j'étais suivie, à cinq mètres de distance, par le petit prince qui traînait les pieds et ambitionnait manifestement d'imposer au monde sa maussaderie coutumière. J'arrivai à la hauteur des inévitables traîne-guenilles stationnés devant la poste. Dans toutes les villes, va savoir pourquoi, la misère s'affiche devant les bureaux de poste. Peut-être pour le côté pratique, puisque les comptes des rmistes honnis des banques se trouvent dans ledit établissement. Ce phénomène ne laisse pourtant pas d'être inquiétant. Qu'adviendra-t-il de notre société de consommation si même les pauvres se mettent à thésauriser ? Quel avenir pour la croissance de notre pays si les clochards, au lieu de se jeter dans la première épicerie venue pour dépenser leurs pièces jaunes à peine acquises, devenant conséquemment les heureux mais passagers propriétaires d'une cannette d'Eku 28, rationnalisent leur alcoolisme et attendent les promotions de M. Carrefour sur les packs de bière premier prix ? La société va mal, réagissons, mes amis.
Alors donc que je passais devant ces surdiplômés de l'école de la rue, je fus courtoisement mais fermement hélée en vue de mettre mes supposés confortables revenus à contribution. La vie est pleine de surprises et je fus l'ahuri témoin du dialogue suivant :
- Punk à chien 1 : Pardon, madame, vous auriez pas...
- Punk à chien 2 : Hé, arrête, elle a un bébé
- Punk à chien 1 : Rhooo, excusez-moi, madame, j'avais pas vu.
Manifestement, je ne suis pas seule à considérer que la reproduction fait partie des grands malheurs de l'existence.
dimanche, février 21 2010
That sinking feeling*
Par Miss SFW le dimanche, février 21 2010, 20:55 - Riot girl
Dimanche dernier, dans le train qui nous ramenait de Laponie, non pardon, de Paris (qu'y puis-je si un vent tout droit venu de Scandinavie soufflait sur la ville des Lumières et conséquemment du caillage ultime ?), Cary Grant et moi somnolions mollement en attendant de retrouver cette bonne ville de Nevarsin. De l'autre côté du couloir, une jeune femme fort élégamment vêtue d'un pantalon de jogging blanc aux écritures dorées et de baskets - directement importées de la faille spatio-temporelle entre les années 80 et nous - aux mêmes couleurs d'un indiscutable bon goût, amenait dans notre wagon un peu de ce chic des banlieues françaises que le monde nous envie. Les inévitables mèches blondes éclairant ses longs cheveux châtains clairs et le blouson en cuir près du corps sur une veste de molleton à capuche complétaient cet atendrissant tableau que n'aurait pas renié Fragonard.
Bien que ne sachant pas m'habiller, si ce n'est pour me protéger du froid et du regard de mes semblables, je n'éprouvais que peu d'empathie pour ma voisine qui d'ailleurs se souciait bien peu de mon opinion, tout occupée qu'elle était à pianoter sur son mobile, indispensable accessoire de la vacuité relationnelle de notre triste époque.
A Chateauroux, trois jeunes gens dont j'aurais parié qu'ils s'habillaient chez le même fournisseur que la blondinette, descendaient honorer la patrie de George Sand de leur indispensable présence. Le premier d'entre eux arrêta son jogging et sa casquette d'apprentie racaille berrichonne à hauteur de ma voisine, la fixa droit dans les yeux et lui cracha à la face : "bi-atch" avant de continuer paisiblement son chemin. La fille eut un regard surpris qui ne dura qu'une fraction de seconde puis feignit n'avoir rien entendu et son visage reprit son impassibilité. Le temps que je me persuade que je n'avais pas rêvé, nos trois aspirants mâles alpha ricanaient déjà sur la plateforme. Ma stupéfaction eût-elle été de plus courte durée, je ne serais de toute façon pas intervenue. Je déteste me faire casser les dents. En outre, il était bien trop tard pour informer la mère du petit génie de son droit à l'avortement.
Ma première réaction fut de plaindre l'infortunée et désormais moins antipathique bimbo puis de bénir la miséricorde des dieux qui m'avait autorisée à naître à une époque et dans une classe sociale où je n'avais pas à essuyer ce genre d'insulte. On ne devrait jamais réfléchir plus loin que le bout de son autosatisfaction. Va savoir pourquoi, j'ai repensé à ces dizaines d'occasions où j'avais eu envie de jeter mon bloc-notes à la face de mon interlocuteur (car je ne porte point de gants) qui venait d'outrager à la fois mon honneur et mon professionnalisme en échangeant avec un de ses semblables une remarque censément amusante et visant à souligner son contentement d'être interviewé par un individu de sexe féminin. La lourdeur de l'élu politique, du leader syndical ou du président associatif atteint parfois des profondeurs difficilement concevables pour le commun des mortelles. L'intéressé ( à défaut d'intéressant) serait d'ailleurs parfaitement indigné de se voir taxé de sexisme quand il croit faire preuve d'esprit et de bienveillance pour la pauvre créature que Dieu a tirée de la côte d'Adam et qu'un sot féminisme a éloignée de ses rôles immémoriaux de maman ou de putain. Car même sous le couvert d'un paternalisme un peu tordu, l'idée est toujours là : le terme "professionnel" n'existe au féminin que pour désigner une pute. Dans mon entourage social, on a le sens de la parabole, on est poli, rien à voir avec les barbares des honnies banlieues. On n'en pense pas moins pour autant.
Eh bien, cher rappeur raté, cher élu de la ruralité profonde, cher cégétiste libidineux, en un mot comme en cent, il va falloir changer de registre. Au risque de vous stupéfier, permettez-moi de vous dire que vos grands-pères traitaient déjà leur voisine de pute. Que si ce "métier" est censé être le plus vieux du monde, je crains que l'insulte associée ne l'ait suivi que de peu. Qu'enfin, votre assimilation de la gent féminine tout entière (sauf votre vénérable mère, bien sûr) à ladite profession est so 2009. La honte sur vous. Le train de la trendy-fashionitude vous a abandonné sur le quai de votre consternante ringardise. A l'époque où l'on change de portable tous les six mois, de canapé tous les cinq ans et de conjoint tous les dix ans (voire moins pour les plus vigilant(e)s, le chauve se démode si vite), je ne saurais trop vous conseiller de renouveler votre stock de lieux communs et d'imprécations. Je vous propose donc désormais d'affirmer sans crainte que toutes les femmes sont des tourneurs-fraiseurs, de lancer impitoyablement à vos adversaires :" ta mère c'est rien qu'une conductrice d'autobus" et de décocher aux voyageuses du Paris-Limoges : "barrister" (ba-rrister si vous tenez vraiment à ajouter une touche personnelle). Ca nous fera des vacances.
* Camarades, fiat lux sur l'album entier où figure ce morceau. Va toucher les nuages du bout des doigts ici et là.
mardi, février 16 2010
Midnight oil
Par Miss SFW le mardi, février 16 2010, 15:18 - Choses vues
En découvrant la Une du Monde ce matin, je ne pus m'empêcher de saluer le sens de la titraille des damnés de la formule qui, chaque jour qu'Hubert Beuve-Méry fait, ont la lourde responsabilité d'annoncer la couleur. "Retraites : Nicolas Sarkozy exclut de passer en force". Même au Canard enchaîné, ils n'auraient pas osé.
Et comme décidément c'était une journée thématique, un dépliant publicitaire d'Intermarché plein à ras bord de page d'objets aussi superflus que nuisibles à l'économie, au droit du travail et à l'environnement, titrait avec une belle impudence : "glissez du romantisme dans votre intérieur".
On ne saurait être plus clair.
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