Miss SFW

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Bien plus qu'un métier...

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vendredi, août 20 2010

Si l'on ne voit pas pleurer les poissons...

L'été est décidément une saison des plus propices à la méditation misanthropique.
Aujourd'hui, en titre de Une du Monde Magazine : "Que mangent les poissons qu'on mange ?"
Et écrire "que l'on", ça leur arracherait la gueule ?

jeudi, juillet 15 2010

La peau de chagrin

Cher lecteur technophile, tu n'es pas sans savoir que l'Etat français vient d'engloutir 1,6 million d'euros dans un portail baptisé "france.fr" et censé rassembler une myriade de liens (12.000 plus précisément) pour allumer des étincelles de bonheur émerveillé dans les yeux de tous ces sales étrangers qui n'eurent pas la présence d'esprit de voir le jour chez nous.
A ce prix-là, l'assistance en ligne n'était, semble-t-il, pas comprise et ce dispendieux outil de communication se trouve "momentanément indisponible" depuis son ouverture, judicieusement prévue - la France est décidément le pays des Lumières - le jour de la fête nationale.
Le site du Figaro dont on ne soulignera jamais assez l'insolence et l'esprit de sédition, se moquait hier gentiment des défaillances à trois milliards de dollars de l'énième flop de notre droite décomplexée-à-nous-qu'on-a (pour au moins deux ans encore). Si la saillie contre l'incompétence crasse de nos élites conservait la pondération de bon ton qu'on ne rencontre plus guère, hélas, que dans quelques rares établissements du bord du lac Léman- et encore, ces odieux nouveaux riches sont partout - la langue française ne bénéficiait pas, loin s'en faut, du même respect compassé auquel nous avait habitués le quotidien aux pages saumon. "La France aurait la bonne idée de faire un bon usage des nouvelles technologies et de s'inspirer en cela de l'exemple du Canada, qui est allé au-delà du site Internet pour promouvoir le pays", s'égarait un nommé Guillaume Errard dont la signature annonçait, un peu hâtivement ce me semble, "journaliste, le figaro.fr".
M. Errard me pardonnera, je l'espère, la référence à cette ridicule et négligeable époque où l'on avait le front de prétendre que l'écriture s'apprenait - alors que nous savons aujourd'hui que le talent est inné, il n'y a qu'à voir Guillaume Musso et Marc Lévy - et où l'on croyait assez sottement qu'un journal méritait de belles plumes. Balzac, un petit auteur sympathique quoiqu'un peu léger, aurait dit : "les qualités du journaliste : le brillant et la soudaineté de la pensée". Nous ne saurions nous plaindre : si le brillant et la pensée se sont mystérieusement évanouis, il nous reste au moins la soudaineté. Pschiiiit (comme dirait l'autre).

mercredi, avril 21 2010

London calling

Albert Londres fit en 1922 un séjour en Indochine, alors possession française, et en rapporta un court récit de voyage qui fleure bon le colonialisme "civilisateur", le paternalisme condescendant de la IIIe République à l'égard des gentils sauvages et l'élégante ironie d'un homme de lettres qui sait son latin et en a vu les limites dans les tranchées. Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous deux extraits aussi savoureux que bien écrits :
" Chacun vous dira que si ce n'était pour les convenances, le costume qui conviendrait à Saigon serait une simple corde autour des reins. Or, c'est autour du cou que vous l'avez. Vous vous sentez perpétuellement étranglé sans jamais être définitivement pendu. De l'air ! De l'air ! appelle-t-on.
Les deux gentlemen de ma courte histoire portent, montant trois centimètres plus haut que la pomme d'Adam, un faux col dur ; leur plastron est une cuirasse, ils sont en smoking pincé à la taille. Ils font l'effet de deux soutiers qui auraient revêtu un impeccable costume blanc avant de descendre manier le charbon.
- Très rigolo, dit la galerie le premier soir, c'est une bonne blague, comme dans le temps, ce sont deux joyeux lurons.
On les revit, un deuxième, un troisième, un quatrième soir.
- C'est de l'héroïsme, faisait-on. Il faut leur dire que ça suffit, qu'on a ri le compte et les délivrer.
Hélas ! Ce n'était pas une plaisanterie, c'étaient deux Anglais. Ils faisaient de l'humour sans le savoir."

...
"Jeudi dernier, je partis sur un petit poney avec un monsieur très bien. Le monsieur n'était pas sur mon poney, il en avait un aussi, pour lui tout seul. Ce fier cavalier s'en allait, par là, dans le pays moï pour tâcher de faire comprendre à ces doux Moïs le bonheur sans nuages que doit éprouver un homme à payer enfin l'impôt. Tout le long de la tournée, les chefs moïs répondirent au monsieur très bien : "Quand monsieur tigre paiera, nous payerons".


Rappelons-le, Albert Londres était journaliste. Quel plaisir de voir que la profession contemporaine dispose encore de belles marges de progrès. Un infini champ des possibles s'étale à nos pieds.

mardi, octobre 6 2009

Parce que les Américains, avec eux tu rigoles moins

Comme vous le savez ou ne le savez pas, des fonctionnaires de l'Ohio ont récemment poussé l'incompétence jusqu'à vainement chercher les veines d'un condamné à mort durant deux heures, ridiculisant par là même leur ophtalmologiste et, accessoirement, l'institution de la peine capitale. Le très civilisé, puisque citadin, journal New York Times, s'émouvait peu après de la persistance de la peine de mort dans certains Etats et tempêtait dans son éditorial : "Même après cette effroyable exécution ratée, l'Ohio veut continuer à tuer des gens (...), il devrait à tout le moins déclarer un moratoire de manière à être sûr qu'il possède les compétences techniques pour tuer les gens avec humanité".

Diantre. Tuer les gens avec humanité. Voilà un concept pour le moins stupéfiant. Et pourquoi pas violer avec respect ou torturer avec tendresse ?

On a beau être curieux de son prochain, certains gouffres culturels semblent infranchissables.


''Fiat lux''

vendredi, avril 3 2009

Enfants, voici des boeufs qui passent, cachez vos rouges tabliers (chapter II)

Face à un climat social qualifié de tendu et par la voix de notre Guaino national, génie de la harangue et du plaidoyer, auprès duquel Zola et Jaurès ne sont que roupie de sansonnet, notre président bien-aimé s'est dit "préoccupé" .

Car voyez-vous, les pauvres viennent jusque dans nos campagnes séquestrer les riches entre les portes capitonnées de leurs bureaux designed by Starck.

Où va-t-on ? Personnellement, je ne vous le demande pas un peu, car je m'en contrebats l'oeil, mais une dépêche Reuters de ce jour prenait fait et cause pour les inquiétudes présidentielles et relayait docilement les oracles d'un Henri Guaino subitement réincarné en Cassandre du social. "Nous sommes dans une crise très profonde, très grave qui, fatalement, va nourrir des pulsions violentes, des révoltes, des rancoeurs...", pronostiquait-il. Dame, d'ici qu'on soit obligés d'envoyer la troupe sur les grévistes, il n'y a qu'un pas. Mais il y va de la sûreté publique.

Afin d'illustrer la "radicalisation des mouvements sociaux" dont le patronat français est l'innocente victime, Reuters énumérait des faits récents (deux en fait) d'une insoutenable violence : "quatre membres de la direction de Caterpillar à Grenoble (Isère) ont été retenus pendant 24 heures cette semaine". C'est trop bête, la femme du boss avait prévu un soufflé.
Et surtout : "mardi à Paris, François-Henri Pinault, PD-G de PPR a été bloqué pendant plusieurs minutes dans son taxi par des représentants de la Fnac et de Conforama". Non mais tu te rends compte ? Plusieurs minutes. Mes amis, je pense que le moment est venu de nous battre pour sauver notre pays des hordes de terroristes sanguinaires qui menacent notre culture. Que dis-je ? L'idée même de civilisation.

Quoique. Si tu ramènes à la minute la rémunération annuelle de François-Henri Pinault - dont le salaire 2007 avoisinerait les 2.386.000 € - un petit quart d'heure de séquestration, ça représente déjà une somme. Alors que ces salauds de pauvres ne perdaient que trois francs six sous en désertant leur poste méprisable. Il n'y a pas de justice.


NB : bien que je ne sois, après tout, qu'une journaliste négligeable de seconde zone et, à ce titre, fort peu autorisée à mettre en doute les compétences de l'élite de la profession, je me demande ce que vient faire dans cette galère le tiret planté au milieu de "PDG".

lundi, janvier 26 2009

Wind of change

La vigoureuse tempête qui s'est abattue sur le Sud-Ouest a monopolisé les Une des journaux de notre beau pays. A croire que le vent d'ici disperse les guerres, épidémies et coups d'Etat de là-bas.
Au nom d'une pseudo-interactivité fort en vogue actuellement, le journal Le Monde et son homologue Le Figaro en appelaient au témoignage de leurs lecteurs. Fascinante démarche qui nous permet de profiter de videos consternantes sur le site du Figaro et de témoignages vierges de toute vérification de fiabilité et de toute correction orthographique sur celui du Monde (on ne retouche pas un Boticelli) : "Tous les panneaux indicateurs routiers de la route Minervoise ont été couché par le vent... C'est très impressionnant. (...) Par contre personne ne nous a prévenu à l'avance... Est-il normal de laisser des personnes vivre sous des platanes très haut lorsque l'on sait qu'il y a une tempête ? Je travaille par ailleurs sur un autre bâteau et depuis hier les agents de VNF nous ont prévenu que la navigation serait interdite sur le canal..." Comme c'est intéressant. Quelle rigueur dans l'écriture, quelle maîtrise de la langue, quel édifiant exemple pour toute la profession. J'ai vraiment l'impression de lire un quotidien de référence, ce soir.
Et si nos journalistes à-nous-qu'on-a faisaient tout simplement le boulot pour lequel ils sont (fort bien) payés ? Cher confrère, tu vois la porte de ton bureau, eh bien figure-toi qu'elle ne sert pas qu'à te barrer le soir. Elle te permet aussi de décoller ton séant de ta chaise pour découvrir le vaste monde. Stupéfiant, non ?

J'exerce décidément un bien beau métier.

mardi, décembre 23 2008

J- 2

Cary Grant, dans un commentaire au dernier billet, laissait à notre libre-arbitre le choix de cliquer (ou pas) sur un lien menant vers le site officiel de ces sales gauchistes du Figaro. La dépêche de l'AFP ainsi visée évoquait une sombre affaire de contrefaçon de chocolats mais où va la France si ces salauds de pauvres s'attaquent même aux valeurs les plus sacrées, je vous le demande un peu.
Le secrétariat de rédaction du Figaro s'était livré à une impressionnante démonstration de dextérité digitale en exécutant sans coup férir le splendide enchaînement dit du "pommeC-pommeV" (je pars du principe que ces gens, puisqu'il faut bien leur donner un nom, travaillent sous mac. Toute corrélation avec un métier existant ou ayant existé...).
Or, toute figure comporte ses risques. La preuve : "Cette saisie d'un produit alimentaire solide de grande consommation, contrefaisant une marque très connue mais de très mauvaise qualité, est une première, a précisé à l'AFP la direction des douanes".
Ils vont être très, très contents au service marketing de la marque connue.



Illetrisme : Etat des personnes qui, ayant appris à lire et à écrire, en ont perdu la pratique.

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