Miss SFW

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lundi, avril 16 2012

Japanese whispers

A chacun de mes brefs contacts avec la culture japonaise, je m'étonne toujours davantage qu'il n'y ait entre nous que quelques milliers de kilomètres de terres et d'océans. Il me semblerait plus compréhensible qu'une galaxie nous sépare. Je pense ici à l'effarante dureté du Tombeau des Lucioles dans un pays où l'on teint les caniches en rose bonbon, aux accoutrements stupéfiants et à l'incroyable vacuité artistique de la J Pop ou à cette densité humaine improbable dans laquelle survivent cependant ces surprenants nippons.
Pourtant, je fus ce soir déstabilisée par une civilisation que je croyais ne plus pouvoir m'étonner. Mes valeurs les plus sacrées se sont effondrées et je ne sais quelle sera mon existence après avoir perdu tous mes repères. Tout ce temps, j'ai cru que certains principes fondamentaux relevaient de l'évidence, voire de l'universalité. Que nenni. Le nippon me nargue et me fait la nique.
Que décides-tu, innocent compatriote, lorsque tu rentres fatigué de ta journée de damné de la terre et que tu n'as pas envie de cuisiner ? Tu fais une omelette. Eh bien, frère de coquille cassée, sache que le Japonais est capable de t'attaquer dans tes derniers retranchements et de faire de cette sublime simplicité vespérale un supplice raffiné mais néanmoins odieux à ton âme d'occidental violenté. Et c'est Rousseau qu'on assassine.

mercredi, avril 11 2012

We are golden

Dans le métro je fus, ce jour, témoin d'une conversation qui me rassura quant à l'avenir de l'humour noir et de la politesse du désespoir.
Trois lycéens manifestement issus de milieux aisés mais parvenant toutefois à articuler suffisamment pour que je les comprisse, en dépit de la cuillère d'argent dans la bouche avec laquelle ils étaient nés, discouraient gaiement de leurs résultats scolaires. Cela fleurait bon la crainte de la mauvaise note et le conformisme élégant et somme toute assez lettré d'une jeunesse nantie qui a grandi à l'ombre protectrice des hauts plafonds moulurés d'un appartement haussmannien. Tous trois bien jolis, sans l'ombre d'un bouton d'acné, le cheveu soyeux et la décontraction chic que confèrent des vêtements bien coupés, en vinrent à parler du petit frère de la charmante brunette qui focalisait, bien légitimement, l'attention de ses deux camarades et la mienne :
"Pourquoi, il est pas bon à l'école, ton frère ?
- Chaque année il est à ça de redoubler. Mais bon, il est un peu triso, je crois. Il a vu des milliers de spécialistes. Mais comme il est diagnostiqué hyperactif, on le bourre de médocs, alors il est assommé tout le temps. Sauf le dimanche, on ne lui donne rien parce que ce n'est pas très bon pour sa santé. Du coup, le dimanche, il est insupportable. En plus, ma belle-mère qui est très croyante l'emmène à la messe. Alors après, il chante des psaumes tout l'après-midi. Je te jure, il peut tenir trois heures sans s'arrêter".

Je ne sais pas, finalement, s'il est toujours bien approprié de parler de jeunesse dorée.

jeudi, mars 22 2012

400

Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade (d'infortune en ce siècle nauséabond), tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint. Pour ce 400e billet - comme le temps passe et comme il nous est compté - j'eusse aimé t'emmener au pays des rêves bleus et de la métaphore langoureusement filée sur le métier ingrat mais ô combien ensorcelant de la virtuosité. Pourtant, je n'en ferai rien. Je me contenterai de pousser ma plainte désolée et risible dans le désert (celui-là même au beau milieu duquel tournent en rond les autoroutes de l'information).

Comme tu le sais, les quatre personnes tuées cette semaine à Toulouse ont été enterrées en Israel. Notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, s'est déplacé pour participer aux funérailles et y prononcer un discours. Normal. A cette occasion cependant, notre ministre des affaires étrangères de la République française laïque (mais ni gratuite, ni obligatoire) portait une kippa. Parfaitement. Au nom du pays qui a séparé l'Eglise et l'Etat en 1905.

Quand les couleuvres deviennent des anacondas, il ne nous reste plus qu'à songer avec un pincement d'envie à Clémenceau dont la légende wikipédiesque raconte que, sur son lit de mort et voyant arriver un prêtre, il aurait eu la sublime présence d'esprit de lancer : "enlevez-moi ça".

jeudi, février 23 2012

Tout à un détail près

Alors que je m'engouffrais dans la nuit nevarsinienne au sortir du train qui me ramenait de Paris, je croisai aux abords de la gare une prostituée (importée), arpentant le trottoir sous son parapluie (noir) qui chantait (mal) une (belle) ballade albanaise (triste).

Le diable se niche dans les détails.

mardi, novembre 22 2011

Contes du chat perché

Nantie d'une baguette de pain dans la main gauche et d'un Petit Prince dans la main droite, alors que je me dirigeais nonchalamment vers les caisses de mon supermarché de quartier, slalomant adroitement entre les étals de chocolats qui encombrent l'espace déjà compté de ce genre d'établissement - quand je pense que d'aucuns paient des fortunes pour une semaine de sports d'hiver - quelle ne fut pas ma stupéfaction devant le rayon croquettes. L'Europe va mal, c'est moi qui vous le dis, et notre vieille culture part à vau l'eau. En vue de préfigurer la fin du monde ou de nous la faire espérer, je ne sais trop, Gourmet, marque de pâtée pour félins abouliques, a sorti un calendrier de l'avent pour chats. Une boîte différente pour chaque jour et un cadeau surprise pour Noël. Tel que je vous le dis. Et ce alors que, fêtes de fin d'année ou pas, toutes les six secondes un enfant meurt de malnutrition ou de sous-nutrition.
Pour Noël, je sais ce que je veux. Une grotte.

mercredi, septembre 14 2011

Les grandes espérances

dGuetta.jpg
Le Ciel vous entende.

vendredi, août 5 2011

Take me down to the water*

Il y a peu et dans la plus grande discrétion, ce blog est entré dans sa dernière année d'existence. La vraie vie, quoique fort peu attractive en ce moment, m'a tenue éloignée de ma demeure virtuelle et c'est fâcheux. D'ailleurs, m'étant subrepticement soustraite à la montagne de cartons qui m'attend impitoyablement, je ne sais si la vigilance de mes geôliers pourra rester longtemps assoupie. Ne vous étonnez pas si nous sommes grossièrement interrompus par les exigences de la sotte matérialité. Une fois de plus, chats, livres et bocaux vont devoir quitter leur étagère. Afin d'innover un peu au coeur de nos grises existences de vieux trentenaires, Cary Grant et moi nous sommes lancés un nouveau défi : le déménagement flash (ensemble des préparatifs sous un délai de 10 jours) avec transfert de biens meubles aux alentours du 15 août. On s'amuse comme on peut.
Mais je ne changerai pas de quartier nevarsinien sans vous avoir raconté mon périple en Bretanie. En vue d'attirer ici une foule toujours plus nombreuse, j'ai décidé de sacrifier aux recommandations des agences de conseil media et d'illustrer abondamment mon propos, ne le commentant que de quelques lignes lapidaires. Les fautes d'orthographe seraient un plus apprécié d'une majorité des lecteurs de moins de 78 ans, j'en ai conscience, mais des réductions drastiques de budget ne me permettent pas d'embaucher les plumes d'exception des versions en ligne du Monde ou du Figaro avec lesquelles ne peuvent guère rivaliser que les stagiaires de la police nationale.

voilier.jpg En Bretanie, il fait beau et chaud, sauf les jours en "i" et le dimanche. Dieu et Photoshop merci, la fonction "niveaux" crée une illusion quasi parfaite.


lemu.jpg Ne nous cachons pas qu'à l'instar de leur climat terrifiant, les Bretons paraissent un peu froids. Mais il faut savoir aller au-delà des apparences pour découvrir qu'en fait, ils sont aussi conviviaux qu'un arrêt du Conseil d'Etat.


wallabies.jpg Malgré la qualité d'accueil exceptionnelle, les difficultés économiques ne doivent pas être éludées. Un niveau préoccupant de chômage associé à une prévalence de l'obésité chez les plus jeunes appellent des mesures énergiques.


aubes.jpg D'intéressantes particularités culturelles ne peuvent échapper à l'oeil exercé du globe-trotter. A noter également que les habitants de la Bretanie révèrent avec autant d'enthousiasme les ministres du culte que leurs saints locaux qui sont aussi nombreux que les bulles dans une crêpe au sarrasin. Si vous collectionnez les gisants d'évêques obscurs, n'hésitez plus, la Bretanie est faite pour vous.


chapelle.jpg Très tôt impliqués dans le développement durable, les habitants de la Bretanie ont pris l'habitude de recycler leurs coques de bateaux en toutes sortes d'objets utiles au quotidien et notamment en toits de chapelle. Les procédés de transfert de ces coques du sol au plafond des églises restent un secret aussi jalousement gardé que celui du miracle chimique qui permet aux biscuits bretons de dépasser les 100% de beurre. Comme le prouve la photo suivante, les Bretons sont capables de déplacer des biens apparemment immeubles avec une déconcertante facilité et ce, y compris dans un état d'ébriété avancée que trahit toutefois le rendu un peu erratique de ces expériences.


carnac.jpg


sardine.jpg Durant notre (court) séjour, il s'est passé des trucs incroyables. Les journalistes déchus et déçus que nous sommes caressons désormais le projet d'installer définitivement notre activité professionnelle dans cette région ô combien dynamique et surprenante.


foret.jpg D'ailleurs nous avons trouvé un lotissement très sympa avec des voisins charmants.


*Fiat lux (puisqu'il paraît que d'aucuns cliquent sur les liens que je m'échine à insérer). Fort curieusement, j'ai fredonné ce morceau durant toute notre semaine en Bretanie et mon cerveau gelé évoquait inlassablement la video associée. D'ailleurs, lorsque my own personal Cary Grant sera parti avec une Marilyn Monroe de province, j'épouserai Dan Mangan qui m'émeut infiniment et a l'air de tenir chaud.

mercredi, juin 22 2011

Here comes your man

Ma grand-mère, amusante octogénaire élevée en fût de chêne et issue des meilleurs cépages bordelais, peut s'enorgueillir d'une petite célébrité locale et d'une certaine aura au sein de la famille, renommée qu'elle ne doit qu'à un travail acharné de plus d'un demi-siècle au service de la médisance et du coup de poignard verbal. Conjuguant le talent à la modestie, elle décoche ses traits les mieux ajustés avec ce sourire plein de bonhomie qu'on ne rencontre guère que chez les grands champions au sommet de leur art et aucune manoeuvre de l'adversaire, fût-il spécialiste du domaine sur lequel elle aligne, toute honte bue, une série d'inepties sans nom, ne peut la déstabiliser. Elle sait et cette certitude lui tient lieu de religion. Les contradicteurs ne sont que roupies de sansonnet, voire de sournois francs-maçons dont on ne dénoncera jamais assez la maligne influence.
Récemment, alors qu'elle était décidée- car il faut bien s'occuper maintenant que la Chance aux chansons a été ignominieusement supprimée - à mortifier sa fille, laquelle peine à se remettre d'un divorce particulièrement douloureux à quelques années d'une retraite désormais bien peu désirée, elle entreprit de morigéner d'importance cette sotte femelle quant à son infamant état de célibataire. Une femme ne pouvant se targuer d'aucun statut la liant à un homme est, pour certaines générations et pour ma grand-mère en particulier, un être inconcevable. Elle-même, mariée depuis la fin de la guerre (la deuxième), trouve tout à fait normal, et pour tout dire charitable, de donner quelques conseils de bon aloi aux petites jeunes de cinquante ans qui ne connaissent rien à la vie et se montrent incapables de s'adapter aux mutations du monde moderne.
"Ce n'est pas en passant tes journées à t'occuper du jardin que tu vas trouver un homme", expliquait-elle avec le bon sens qui la caractérise. Et, balayant d'un revers de main une timide objection, elle eut ce mot sublime : "tu n'as qu'à faire comme tout le monde, inscris-toi sur Mystique".

jeudi, mai 12 2011

You're so fucking fabulous and you don't even know it

Je n'aime pas beaucoup les expos. Parfois pourtant, alors que j'y suis venue en traînant les pieds et uniquement pour conforter ma crédibilité de pseudo-bobo-concernée, je suis impressionnée, émue, voire transportée. Je vous rassure, l'art contemporain, pour le peu que j'en ai vu, me laisse aussi froide que le nez d'un hypothyroïdien en goguette sur le plateau du Larzac au mois de janvier.
Or donc, l'amie, que dis-je la muse, des arts et des lettres que je suis vint à honorer de sa magnétique présence une exposition de photos. En l'occurrence des photos de spectacles théâtraux. Et je fus enthousiasmée au point de revenir.
Les semaines passèrent et l'incroyable déferlement d'aventures rocambolesques qui forme la trame de mon existence d'héroïne romantique ne me laissa pas le loisir de penser davantage aux visages sculptés par la lumière qui m'avaient fascinée et j'oubliai jusqu'au nom de leur créateur.
Samedi dernier, alors que je m'amusais follement parmi les dentelles et les fanfreluches des costumes d'un théâtre de Nevarsin, j'avisai un photographe occupé à immortaliser les Joséphine Baker et Catwoman d'un jour qui, comme moi, replongeaient dans les délices enfantins et un peu pathétiques du déguisement. Je l'entendis expliquer qu'il serait le soir derrière son objectif pour le spectacle en résidence de la saison. N'écoutant que mon audacieuse curiosité, je lui demandai s'il était l'auteur de l'exposition qui m'avait tant charmée. Figurez-vous que c'était bien lui. Je lui indiquai alors que j'étais venue deux fois et que ses éclairages à la Vermeer m'avaient conquise. Et là, voilà-t-y-pas mon grand jeune homme dégingandé, avec ses lunettes à la John Lennon, sa barbe de huit jours et ses cheveux en bataille qui, rougissant, balbutiant, bredouillant, me remercie avec effusion et m'explique qu'il adore la peinture et s'en inspire pour ses photos. Ma surprise fut telle, mon étonnement si grand de ne pas recevoir en retour de mes compliments une réponse condescendante et blasée que je ne sus que répondre et partis.
Que pouvais-je faire d'autre ? Je ne suis psychologiquement pas prête à admettre que les artistes puissent se révéler des gens formidables.

Fiat lux

vendredi, avril 22 2011

The good book

Dans le cadre du contrat de travail par lequel j'ai consenti un lien de subordination envers un employeur en échange d'un salaire, j'eus récemment un doute vertigineux qui m'arrêta net dans mon élan littéraire. Je rédigeais en effet un compte-rendu de réunion technique, exercice particulièrement propice à la licence poétique et je m'interrogeai soudain sur la valse de l'accent circonflexe voletant avec espièglerie au-dessus des mots "reconnaître" et "disparaître". Assaillie par l'angoisse, je tapai le mot-clé "dictionnaire" chez Google pour atterrir sur ceci. Or ledit site m'affichait les deux verbes recherchés sans le moindre accent. Un légitime sentiment de révolte s'empara de tout mon être et je me mis en quête d'un dictionnaire papier. Figurez-vous que cet indispensable outil, jadis présent dans n'importe quel arrière-office de la dernière des administrations poussiéreuses, se fait rare et que je finis par trouver un vieil exemplaire, tout rafistolé de ruban adhésif jauni par les ans, dans un bureau du fond du couloir. Ce modeste soutien de l'employé pointilleux d'une autre époque me fit l'immense plaisir de confirmer mon hypothèse. Naturellement, un reconnaître ou un disparaître digne de ce nom ne sortirait jamais sans chapeau.
Je me mis alors en devoir d'agonir de reproches définitifs quoique muets les gueux à l'origine de la grotesque entreprise que constitue un dictionnaire en ligne. Je songeai, avec la douleur qu'engendrent les grandes amours englouties dans la cendre des années, au Petit Larousse illustré qui trônait sur la bibliothèque familiale et que je feuilletai à d'incalculables reprises, de l'école élémentaire à l'université. Je revis sa tranche épaisse et salie par l'usage, qu'interrompait gentiment le rose des pages consacrées aux locutions latines. Je revis sa ribambelle de mots se poursuivant en petits caractères italiques et en abréviations nébuleuses. Je me revis, cherchant un mot et l'oubliant aussitôt, absorbée par la planche des papillons ou celle des poissons, mes huit ans mal assis sur l'accoudoir du fauteuil, inconfortablement penchée au-dessus de ce livre un peu magique qui me donnait l'impression de tenir un monde ouvert sur mes genoux. Je revis tout cela et j'eus un peu pitié de moi aujourd'hui et de ces recherches sans émotion, tendues vers un but précis et vulgaire, utilitaires enfin et coupables de m'apprendre sans m'égarer.

Regrettant cet humble ami, probablement anéanti dans l'autodafé qui suivit la vente de la maison familiale, je revins sur mes pas électroniques pour me persuader davantage de l'infâmie du site précédemment cité et je lui consacrai un peu plus d'attention. Il ne fallut guère plus de quelques secondes pour découvrir que ma défiance m'avait aveuglée et qu'il s'agissait là de la nouvelle orthographe, infligée par d'abominables bourreaux à notre langue à partir de 1990. Soit bien avant l'irruption d'internet dans nos innocentes chaumières. Depuis plus de vingt ans, en somme, je me gardais bien de voir la terrible réalité et je fuyais la désespérante certitude de vivre parmi les faibles, les sans exigence, les lâches du neurone.
Me voici finalement rassurée. Je n'ai pas à subir, jusqu'à mon dernier souffle, un odieux et terrifiant voisinage avec la génération de l'analphabétisme triomphant qui vomit son illettrisme par sms mais avec une société entière.

Nota bene : dans la mesure où j'ai entendu The National dans une cafétéria Casino, je m'autorise à conserver encore un peu de foi en l'humanité.

lundi, avril 11 2011

Casualties of war

Cary Grant, dont la bestialité le dispute à la perversité, m'annonçait vendredi : " pour lundi, je voudrais te proposer un truc bizarre". Tentant de faire taire ma pudeur de mère de famille respectable, je m'apprêtais, l'âme mortifiée et le rouge au front, à souffrir en silence les désirs brutaux de mon mari, en épouse soumise que je suis, comme bien tu t'en doutes, cher lecteur.
J'attendis en tremblant le jour redouté et mes pires craintes se virent confirmées : il m'a fait visiter Oradour-sur-Glane.

(Comme je tiens à préserver le ton léger et quelque peu superficiel de ce blog, je ne vous dirai rien de la molle et bovine quadragénaire, allongée à plat ventre sur un mur écroulé, telle une lectrice de Closer échouée sur une plage aoûtienne, et qui tenait à ses côtés sa rougeaude marmaille tandis que le père photographiait en souriant béatement cette charmante scène familiale, variant les angles depuis cinq bonnes minutes, sous nos yeux médusés.)

vendredi, février 25 2011

Hairspray

Je ne crois pas vous avoir parlé de mon aversion pour le voile et autres pièces textiles destinées à cacher la chevelure féminine du regard forcément concupiscent des hommes. Il faut pourtant bien mal connaître la population masculine pour s'imaginer un seul instant qu'elle accorde une parcelle de son attention aux raffinements capillaires d'autrui.
Curieusement, nos prédécesseurs considéraient la chevelure comme une arme de séduction massive et les descriptions voluptueuses - et hélas interminables- de la coiffure de telle ou telle héroïne ont aidé des générations de lycéens à trouver le sommeil. Les bandeaux d'Emma Bovary ou la lourde tresse retrouvée par un personnage de Maupassant au fond d'un tiroir semblent avoir suscité chez leurs auteurs des émotions dont il serait bien peu convenable d'évoquer ici la nature. Après tout, nous nous connaissons à peine.
Que le septième ciel sur ma pauvre tête retombe, la fille perdue du vingtième siècle que je suis a toujours vainement agité sa chevelure sous le nez des hommes, avec lesquels mes relations furent aussi diverses qu'enrichissantes, sans rien susciter qu'un haussement de sourcil interrogateur. Qui saura dépeindre un jour l'angoissant vertige de l'homme confronté à la complexité et aux complexes de sa douce moitié ? Qui dira les folles terreurs du mâle, cette pauvre créature aux abois, anéanti par le doute et la consternation ? Pourquoi sa délicieuse compagne le regarde-t-elle fixement, que fallait-il dire, a-t-il déjà dépassé le délai imparti pour s'apercevoir de ce changement qui, pour l'instant, lui échappe complètement ? Que faire, où se cacher ? Pourquoi la vie est-elle aussi cruelle ? Comment pouvait-il deviner qu'elle était allée chez le coiffeur et avait troqué la cascade ondulée de Julia Roberts contre la garçonne de Halle Berry ? Quarante centimètres de cheveux en moins, ça se voit tant que ça ?
Comme le marketing n'a décidément aucune vergogne, des publicitaires barbus voudraient nous faire croire que cet homme-là va être emporté par un flot de pensées libidineuses à la vue de la première frange venue. Je suis au regret de constater que leur campagne est d'ailleurs des plus efficaces et que les foulards en viscose moche se vendent comme des petits pains bénis, même à Nevarsin qui n'est pourtant pas un lieu de perdition pour fashionistas compulsives. Comme quoi, il est aujourd'hui possible de lancer n'importe quel produit, y compris le plus disgracieux, avec une bonne couverture médiatique.
Avisant aujourd'hui une jeune femme voilée qui montait dans le bus avec un jean slim assez ajusté pour que je ne puisse la voir s'asseoir sans quelque effroi pour son intégrité physique, je me demandai pour la énième fois si tout cela était bien raisonnable. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises et, quelques heures plus tard, alors que je lisais la composition des 2854 déodorants du supermarché, je fus subjuguée par une scène prodigieuse. Une femme voilée jusqu'au menton était tout entière absorbée par le choix manifestement crucial d'une brosse à brushing.

lundi, février 7 2011

Spanish bombs

Depuis quelques jours et à mon corps défendant, si tant est qu'à mon âge il reste quoi que ce soit à défendre, je compte parmi les quatre millions (et des brouettes) de demandeurs d'emploi de notre beau pays. Ce changement de situation implique que je m'inscrive auprès des services de Pole Emploi, anciennement ANPE, mais toujours aussi divertissants. Je me réjouis d'avance à l'idée de renouer avec ces joyeux drilles qui avaient ensoleillé mon printemps 2010 (rappelle-toi, Barbara). D'autant que nos retrouvailles s'annoncent grandioses. Regarde un peu ce qu'avant même de me rendre à mon rendez-vous j'ai reçu :

enfantCharges.jpg

Il faudra un jour que l'on arrête de stigmatiser les chômeurs. Mon inactivité, que j'espère très temporaire, devrait-elle me réduire à vendre le Petit Prince à d'affreux terroristes recherchant une bombe humaine de moins d'un mètre trente ?

Je veux repartir dans l'autre siècle, celui où les formulaires étaient rédigés par du personnel alphabétisé.

samedi, décembre 25 2010

She was so sweet on Christmas eve


Après avoir dûment sélectionné les quelques vidéos qui ont enchanté vos sens ces derniers jours, j'étais en proie à un léger découragement, comme vous le comprenez aisément. De poignantes interrogations tourbillonnaient en moi, tels de malsains flocons se transformant en désespoir à peine avaient-ils touché mon âme d'artiste. Quel est donc le but de l'humanité ? L'histoire a-t-elle un sens ? Ne sommes-nous nés que pour souffrir cet étrange et douloureux divorce ? Hommes et femmes sont-ils condamnés à vivre sans jamais se rencontrer ? A quoi sert Youtube ?
Enfin, alors que le doute menaçait ma raison, la Lumière m'apparut. La réponse brillait au firmament et me baignait de sa bienfaisante clarté. Je sais désormais à quoi sert Youtube.

 

A me rappeler que tant qu'il restera au fond de ma boîte de Pandore le brûlant regard et l'incroyable sourire de Louise Brooks, j'aurai d'excellentes raisons de croire encore en la noblesse de la chair.

PS : si vous vous ennuyez pendant les fêtes, vous pouvez méditer sur les autres questions.

vendredi, décembre 24 2010

Les pauvres gens

Pour Bidouille et autres indigents, j'ai inséré un lien dans chaque billet de ce merveilleux calendrier de l'avent. Toutefois, je leur recommande d'ajouter un ordinateur sur leur liste au papa Noël. Cette misère me cause par trop de tristesse.

mardi, décembre 21 2010

She was so sweet on Christmas eve (J-4)


L'année se termine hélas, et je n'aurai pas le temps de présenter à vos beaux yeux médusés tous les fleurons de la vidéo musicale à visée de reproduction des préjugés de genre. Cette fin annoncée m'oblige à ne vous livrer que les plus belles pièces d'une collection entamée à seule fin de vous distraire un peu de l'odieuse frénésie de consommation qui règne en cette période.
Ambitionnant également de partager avec vous ma tristesse et mon découragement pour ce pays et ce siècle, j'ai pensé qu'un deuxième exemple de R'n'B français achèverait de vous convaincre de fuir l'humanité pour s'aller élever des chèvres sur le Larzac.

 

L'avantage avec les paroles en français c'est qu'en plus de l'image, il y a le texte. Le bruit et l'odeur du sexisme, en quelque sorte. Comme quoi aussi, chant féminin ne signifie pas féministe.
Chers amis, depuis quelques années nous faisons ce bout de chemin ensemble et je vous en sais un gré infini. Mais arrêtons-nous quelques instants pour méditer sur la vanité de l'existence humaine. Prenons un peu de temps pour mesurer l'injustice du sort et les grotesques gesticulations de notre espèce. Voilà une jeune femme que la nature a dotée d'une beauté lumineuse et de ce don merveilleux que nous envient les dieux, la voix. Que croyez-vous donc qu'elle fît de ces généreux présents ? J'eusse tellement préféré vous répondre : rien. Mais le monde est comme il est et non comme nous voudrions qu'il soit. Cette ravissante demoiselle met son talent et ses attraits au service de la nullité sociologique, du cliché pathétique, du préjugé abyssal.
Que nous explique ce monument de vacuité musicale et textuelle ? Que la femme est un être insupportable et sadique (avec un beau séant). Que la colère va bien à l'homme dont le juste courroux embellit la mâle prestance. Et que la femelle se trouve toute émue quand son compagnon perd son sang-froid.
Avec plus de dix décès par mois dans notre beau pays d'égalité des genres, je trouve que ça fait cher la petite seconde d'émotion.

dimanche, décembre 19 2010

She was so sweet on Christmas eve (J-6)


Bien loin de moi l'idée d'émettre un jugement contraire aux valeurs européennes et de me draper dans un nationalisme étriqué et grelottant. Mais tout de même. Fallait-il vraiment ouvrir la porte à tous ces pays de va-nu-pieds ? Je n'ai rien contre les pauvres, bien sûr, mais enfin ils viennent mugir dans nos campagnes et je ne parle même pas de ces hordes de traîne-savates déguenillés qui envahissent nos carrefours à feux tricolores. Or, ces gens-là ne sont pas comme nous. Depuis que la Bulgarie et la Roumanie ont été intégrées, on ne sait pourquoi, à l'Union européenne, le gueux riverain de la Mer Noire ne se sent plus mendier. Voilà bien les romanichels, on leur tend d'une main gantée et parfumée un bel euro et la prétention leur vient comme le rhume, on les retrouve en train de se moucher dans les plus belles pages de notre culture séculaire.
Ce n'est hélas qu'un début. C'est pourquoi je crois de mon devoir d'avertir les puissants de ce monde (qui sont bien évidemment de fidèles lecteurs) : attention à la Moldavie. Ce petit pays qui paraît risible et pittoresque n'attend qu'un signe de faiblesse de notre part pour venir piétiner notre histoire et nos beaux-arts. Ces gens-là sont capables de tout. Des cosaques, vous dis-je.
Pour preuve, le tristement célèbre leader d'O-zone, non content d'avoir irrémédiablement traumatisé toute une génération avec l'insupportable rengaine "Dragostea din tei", vient d'infliger en un seul coup un cuisant revers à des raffinements culturels aussi divers que le bon goût vestimentaire, l'érotisme, l'art capillaire ou la pop music.

 

Moi aussi, au début, dans un infâme élan de lâcheté, j'ai tenté de me persuader qu'il fallait prendre cette vidéo au quarantième degré. Quelles compromissions avec la vérité ne consentirait-on pas pour sauver sa foi en l'humanité ?

jeudi, décembre 16 2010

She was so sweet on Christmas eve (J-9)


Depuis quelques jours, lecteur aimé, tu découvres grâce à ma grandeur d'âme et mon inextinguible bienveillance pour le genre humain, d'insoupçonnées merveilles musicales. Ne me remercie pas. Tu n'es après tout qu'un pauvre mortel et tu as bien droit de temps en temps, pour tromper le morne ennui de ta grise et mesquine existence, à quelques lambeaux de transcendance flamboyante.
Cependant, avec la petitesse qui trahit les malheureux, tu es prêt à m'attaquer lâchement quant à mon singulier mépris de la nouvelle scène française, dont on ne dira jamais assez le talent et la créativité. Ravale ici et maintenant ta morgue comme tes sarcasmes. Mon amour de la langue de Brel et de Brassens ne pouvait rester longtemps silencieux. Je te propose donc une ode à la femme que n'aurait pas reniée le grand Ferrat et à l'écoute de laquelle tu constateras avec une joie profonde qu'elle sait faire fi des poncifs pour esquisser un portrait psychologique d'une exquise subtilité.




J'attire particulièrement ton attention sur la qualité poétique et le génie introspectif du couplet :
"On a besoin de vous, oh
C’est comme ça qu’on exprime notre amour, oh
On en fait un peu plus chaque jour,
Pour que ça marche on est toujours prête a tout, toujours prête a tout, oh!
"
Rien d'aussi vrai, sans doute, n'avait été écrit depuis le regretté Sardou et son sublime "Femmes des années 80".

PS : On me signale que Michel Sardou est vivant. Alors que Gainsbourg est mort.
Parfois je me demande si Dieu ne frôle pas l'incompétence.

PS2 : Je m'aperçois qu'Universale refuse désormais l'intégration de cette oeuvre immortelle au sein du ci-devant blog amateur. Je vous encourage cependant à réjouir votre sensibilité artistique en profitant de cette vidéo sur Youtube. Vous y bénéficierez en prime des commentaires des internautes débattant âprement pour savoir Sheryfa Louna est belle ou laide. Quel bonheur de vivre ici et maintenant.

mardi, décembre 14 2010

She was so sweet on Christmas eve (J-11)


Poursuivons notre bonhomme de chemin au pays merveilleux de la parité et de l'égalité des genres et évoquons l'accès trop souvent contrarié des jeunes femmes aux métiers dits masculins. Au nom de quel aberrant archaïsme interdirait-on aux filles d'Eve de se consacrer à la mécanique automobile ? Voilà en somme le message de cet artiste attachant et inventif qu'est Taio Cruz.



Le propos est courageux et l'engagement de ce jeune homme pour une société plus égalitaire n'a probablement pas été assez souligné. Pour autant, le documentaire proposé révèle des problématiques que notre droiture nous commande d'affronter, sans langue de bois ni faux-fuyants politiquement corrects.
Si les employeurs ont évolué et manifestent un enthousiasme évident à l'idée d'embaucher des femmes et de les payer à l'égal des hommes, ces salariées sont-elles véritablement prêtes à quitter leur confortable rôle de mère et d'épouse pour prendre leur part à la croissance économique de notre beau pays ? A l'évidence, non.
Que voit-on dans cette entreprise de mécanique qui a fait le choix méritant d'un personnel exclusivement féminin ? Un mépris affiché des consignes de sécurité, un stupéfiant manque de rigueur dans la tenue vestimentaire et le comportement général et, pour couronner le tout, une insuffisance manifeste en matière de travail. Aucune de ces employées ne porte de chaussures de sécurité et aucune n'a fait l'effort de se changer pour endosser la tenue réglementaire. Ne parlons même pas des pauses qui s'éternisent, de la soudure avec des lunettes de soleil et des rave-parties improvisées sur le lieu de travail.
Le malheureux Taio Cruz a beau s'époumoner : " hé ho, hé ho, on a trouvé de la dynamite, quittez votre poste dans le calme et évacuez l'usine", ces sottes jeunes femmes continuent à défier toutes les règles de prévention des accidents du travail comme la discipline dans l'entreprise et le narguent en se dandinant avec effronterie.
Non, jeune homme, vos efforts, pour héroïques qu'ils soient, resteront inutiles. Les femmes ne sont pas faites pour exercer des métiers sérieux, en un mot des métiers d'homme. Laissons-les à leur maquillage, leur shopping et leurs enfants. Ce n'est certes pas leur rendre service que de leur faire accroire qu'elle peuvent transcender leur charmante mais vaine nature pour participer à la marche d'un monde auquel elles ne comprennent goutte.
Rendons-leur leur tranquillité d'âme (certains optimistes prétendent qu'elles en ont une) en les laissant exercer les métiers dans lesquels elles excellent : maman ou putain. Car pour l'amour on ne demande pas aux filles d'avoir inventé la poudre, chantait le poète

dimanche, décembre 12 2010

She was so sweet on Christmas eve (J-13)

Comme je vous l'annonçais précédemment, ce calendrier de l'avent vise à démontrer, string et wonderbra à l'appui, que l'image de la femme relayée par les média de masse à l'intention de nos amis les gens normaux est encore quelque peu perfectible et ne rend pas toujours un hommage vibrant aux combats féministes du XXe siècle.

Ainsi, David Guetta, pourtant l'un de nos plus brillants compatriotes, dont l'oeil vif et la faconde quasi-rabelaisienne ont fait les beaux jours des soirées littéraires, m'a un peu déçue dans une de ses dernières productions cinématographiques. Le scenario, si tant est qu'il y en eût un, ne laisse pas de m'étonner par sa déconcertante approche des relations sociales entre jeunes gens de la même génération.

Je ne voudrais pas donner l'impression que je me pose en juge mais tout de même, quand on embauche des figurantes, fussent-elles lourdement handicapées, on les paie suffisamment pour qu'elles puissent se nourrir. Dans quel monde vivons-nous ?

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