Comme j'ai déjà eu maintes fois l'occasion de vous l'indiquer, j'aime beaucoup Nevarsin dont le charme suranné me permet d'envisager avec un peu plus de sérénité mon existence en ce siècle affligeant. Outre sa médiathèque magique, ma nouvelle terre d'élection propose également un éventail de concerts assez éclectique pour que j'y trouve mon bonheur. Le défi était de taille. Je ne dirai jamais assez de bien de La Fourmi, petite salle à la programmation soignée et au décor industriel du meilleur goût parce que parfaitement authentique (le bâtiment abritait anciennement une manufacture).
Je salue à peu près quotidiennement les choix de la mairie, que ce soit en matière culturelle ou d'aménagement urbain. Hélas, la perfection n'est point de ce monde. L'équipe municipale a commis l'erreur fatale en croyant qu'il ne suffisait pas de faire mais qu'il fallait encore faire savoir. M. le maire de Nevarsin, je vous en prie solennellement : arrêtez la communication. Il faut vous y résoudre, le politique français n'est pas fait pour communiquer. Il s'humilie dans les journaux, s'abaisse devant les caméras et se couvre de ridicule lorsqu'il décide de s'adjoindre les "talents" des chargés de communication pour éditer une feuille de chou aussi coûteuse que grotesque dont les uniques lecteurs sont les rats qui résident au fond des containers destinés aux papiers superflus.
Comme je suis d'un naturel mauvais et que mon âme est noire, je feuillette de temps en temps ces parutions dans le seul but de déplorer l'usage qui est fait de mes contributions fiscales tout en raillant l'incompétence crasse d'une corporation à laquelle seuls le hasard et ma totale absence de relations dans la classe politique et les mafias locales m'ont évité d'appartenir.
Or, que vis-je, à l'avant-dernière page du luxueux magazine destiné aux heureux contribuables de Nevarsin ? Un courrier des lecteurs. O joie. Quelle improbable Mme Dupont de la rue des cerisiers avaient pu enfanter les cerveaux défaillants des chargés de communication de la mairie ? Quelle indécente flagornerie à peine masquée sous le voile d'une interrogation factice allait-on encore nous infliger ? Je ne fus point déçue. Mes petits camarades de la prose servile - je précise à ce stade et pour m'éviter l'indignation pudibonde des défenseurs des damnés de la plume que, malgré ma carte de presse, j'ai probablement été bien davantage chargée de communication que journaliste. Il me semble néanmoins que même la compromission devrait avoir des limites - avaient opté pour la transgression ultime : Mme F., que l'on devine aussi péremptoire qu'imaginaire, s'en prenait violemment à la politique culturelle de M. le maire : "Croyez-vous qu'une exposition de porcelaine, ou des spectacles folkloriques, soient à même d'occuper nos jeunes pendant les vacances ?", tempêtait l'acariâtre (et handicapée de la ponctuation) Nevarsienne, avant d'évoquer la bouleversante image d'adolescents désoeuvrés au pied des barres de béton.
Le maire, tout à trac et imitant fort bien une évidente irritation qui pour être feinte n'en était pas moins légitime, lui rappelait dans sa réponse les efforts faits en direction des jeunes : "Sans être exhaustif, citons les différentes expositions, les journées des danses d'Amérique latine, le festival Cuivres en fête, le Dimanche aux jardins du 18 juillet, les découvertes proposées presque quotidiennement par le service Ville d'art et d'histoire..." Vous verrez qu'il se trouvera encore des esprits retors pour ricaner sottement et arguer du manque d'esprit rock'n'roll desdites animations. Les gens sont méchants.
Autant vous le dire clairement, M. le maire m'a déçue. On ne se laisse pas ainsi bousculer par une moins que rien, fût-elle fictive, quand on est le premier magistrat de Nevarsin. Je ne doute pas de m'attirer une multitude de sympathies et d'intentions de votes en vous révélant ce que j'aurais répondu, moi, si j'avais été maire, mais enfin, il faut bien que les destins s'accomplissent, mon incroyable modestie dût-elle en souffrir.
"Sachez Mme F, que je me moque comme d'une guigne de l'ennui de ces méprisables crétins que l'on appelle les jeunes. S'il faut, pour amuser ces nouilles décérébrées, supporter le stupide vacarme de leurs scooters et l'obscène vacuité de leurs piaillements hystériques, je vous l'annonce sans détour, que la morosité les engloutisse jusqu'au dernier. Leur illettrisme auto-satisfait les condamne à périr aussi bêtes qu'ils sont nés et pourtant l'entreprise relève de l'exploit. Leur inculture crasse n'a d'égale que leur indifférence à l'égard de tout ce qui ne leur est pas exactement semblable. Leur désoeuvrement n'est que la manifestation visible du désert intellectuel qu'ils abritent avec une sotte fierté sous leurs cheveux méticuleusement apprêtés. En vérité je vous le dis, il faut être bien stupide pour prétendre être jeune dans un pays de vieux. Et si, par extraordinaire, leur flasque apathie pouvait s'effacer devant une quelconque volonté de déplacer leur nullité vers des cieux plus cléments, je ne saurais trop leur conseiller d'investir des territoires peuplés de leurs semblables où ils pourront établir d'épanouissantes relations basées sur l'inexistence cérébrale. Mme F. je ne vous salue pas, non plus que ces jeunes que vous prétendez défendre et qui ne posent leurs chaussures grotesques à la médiathèque que pour squatter les ordinateurs et visionner leurs clips débiles (et sexistes), gratifier leurs malheureux voisins des sonneries consternantes de leurs portables avant de leur imposer l'ultime affront à l'évolution humaine de leurs affligeantes conversations."
Tiens, j'ai bien envie de m'écouter "Popular".
Chroniques de Nevarsin
jeudi, juillet 1 2010
L'idole des jeunes
Par Miss SFW le jeudi, juillet 1 2010, 23:07
samedi, mai 29 2010
Elle était brune et pourtant blanche
Par Miss SFW le samedi, mai 29 2010, 15:53
Ceux qui me connaissent dans la vraie vie (mais si, tu sais bien, celle où les gens meurent) ont noté que je ne ne déparerais pas dans la foule barcelonaise (ou madrilène) et que ma ressemblance avec Claudia Schiffer se limite à ce seul point commun : nous avons chacune un nez (et des oreilles).
Dans mon sud-ouest natal, cette ostensible ascendance outre-pyrénéenne est une caractéristique communément répandue et garantit un parfait anonymat de la place du Capitole aux ruelles d'Ax-les-Thermes, où l'on ne se retourne guère que sur les personnes de plus d'un mètre soixante-quinze dont la carnation dite du homard cuit trahit la nationalité aussi étrangère que septentrionale (c'est-à-dire au-dessus de Cahors).
J'ai tendance à oublier que Nevarsin se situe irrémédiablement au nord.
Or, figurez-vous qu'hier, alors que toute mon intelligence était accaparée par la résolution d'une opération particulièrement complexe (0,90 moins 0,56) devant la machine à affranchir de mon bureau de poste, un vieil Arabe, manifestement empêtré dans la perfidie technologique de son téléphone mobile, s'est approché de moi et m'a gratifiée d'un retentissant "salamalekum" auquel j'ai rétorqué un bonjour tout aussi net. Là-dessus, le bonhomme entame un discours dans la langue de ses ancêtres et force me fut d'admettre que je n'y comprenais goutte. Mes yeux écarquillés et ma réponse de haute volée littéraire : "gné ?", plongèrent mon interlocuteur dans une stupeur manifeste. "Quoi, tu ne parles pas la langue arabe ?" me dit-il, incrédule, dans un français impeccable. Cet homme-là a dû rentrer chez lui en maugréant contre la déliquescence de la culture du pays ancestral chez les jeunes issus de l'immigration.
Quant à moi, je me demande si le soleil de ces dernières semaines n'aurait pas porté un coup aussi sournois que fatal au teint d'endive que j'arbore fièrement depuis mon adolescence.
mardi, mai 18 2010
Then i got a new job, climbing the walls
Par Miss SFW le mardi, mai 18 2010, 18:20
Un récent commentaire de Gwynplaine m'a rappelé que je ne vous avais point informés d'une grande nouvelle : je rejoins au mois de juin la horde des damnés de la terre. Je brûlerai pour l'occasion ma carte de presse puisque je vais infliger à la France qui se lève tôt mes talents (?) de juriste en droit social. Comme d'habitude, je défendrai les méchants, c'est tout de même beaucoup plus drôle. I'm always with the bad guys.
Fiat lux
mardi, avril 27 2010
My generation
Par Miss SFW le mardi, avril 27 2010, 13:57
Nevarsin c'est vraiment une autre planète.
Jusqu'à présent, je ne connaissais que les points d'information jeunesse. Mais pour ça, il faut des jeunes.
Edit : Cary Grant m'a trouvée, je cite, "super mesquine" sur ce coup-là. Certes. Mais c'est mon fonds de commerce. On musèle l'esprit d'entreprise, dans ce pays.
mercredi, janvier 13 2010
Life on Mars
Par Miss SFW le mercredi, janvier 13 2010, 20:29
Cher visiteur virtuel,
Je vais bien. J'espère que toi aussi. Je découvre chaque jour ma nouvelle planète et je ne suis pas déçue du voyage. Le guide du voyageur galactique de l'office de tourisme interstellaire m'avait prévenue qu'un choc climatique ne pouvait être exclu. Il m'avait bien mise en garde contre les pluies diluviennes. Par contre, pour les températures polaires, j'ai bien relu le contrat, ce n'est mentionné nulle part, pas même dans les petits caractères en bas de la page. Pour un peu, on se croirait en Aveyron. Note bien qu'on s'habitue. L'autre soir, alors que les magasins menaçaient de fermer, j'étais sortie pour acquérir à titre onéreux le pain gagné à la sueur du front de Cary Grant. "Tiens, ça s'est radouci", me dis-je. Je mets un point d'honneur à n'avoir avec moi-même que des conversations de très haute volée. C'est une question de principes. Or, le misérable boutiquier qui jouxte mon pâté de maisons n'avait pas de choucroute dans ses lamentables rayons. Las, il ne me restait plus qu'à me commettre avec la très grande distribution, puisque même mon supermarché de quartier me poussait dans les bras visqueux et répugnants du crime consumériste. En montant dans la berline familiale, le thermomètre indiquait, inexorable et souverain, une température de -2°C, tandis que le pare-brise s'était déjà couvert de givre.
Outre les particularités météorologiques, la médiathèque nirvanesque et la convivialité compulsive chez les usagers des transports en commun, Nevarsin ça ressemble assez à la Terre. Une créature sans âme (ma mère), m'ayant entraînée dans les allées de Carrefour - ne me demande pas pourquoi, cher visiteur, mais j'exècre cette enseigne comme aucune autre. Ah si, Leclerc. Mais là j'ai des raisons objectives - j'y fus confrontée à la sottise ordinaire que je tente désespérément de fuir depuis un tiers de siècle. En l'espèce, un couple de sexagénaires bien mis et que j'imaginais aisément propriétaires d'une Audi, stationnait devant un bout de gondole. J'entendis le monsieur dire à la dame : "prends de l'huile d'olive parce qu'à trois euros trente-neuf, elle descendra plus". Je suis prête à parier une boîte de lardons bretons que ces braves gens, lorsqu'ils sont confortablement attablés en compagnie de quelques-uns de leurs semblables, vitupèrent d'importance contre l'agriculture industrielle et son cortège de pesticides. On nous empoisonne, c'est honteux, où sont passées les fermes d'antan, tempêtent-ils, entre le fromage et le dessert. Et devant la bûche glacée, ils se désoleront avec leurs hôtes de la baisse tragique de leur pouvoir d'achat, tout en couvant jalousement du regard l'Audi que l'on aperçoit par la baie vitrée.
Ici ou ailleurs, le manque de rigueur intellectuelle de ce siècle m'épuise.
Fiat lux (pour ton information, sache que je n'aime pas David Bowie, par contre je suis très amoureuse de deux personnes dans cette video, ceci t'explique cela).
lundi, décembre 14 2009
Fargo
Par Miss SFW le lundi, décembre 14 2009, 20:44
Après moult péripéties qui feraient une excellente trame pour une chanson de geste à succès, si le genre n'était quelque peu passé de mode, Cary Grant, le petit prince et moi avons débarqué à Limoges, dûment flanqués de nos chats névropathes et de nos trop nombreux bouquins dont la moitié dort désormais sagement au garage. Nous avons sollicité quelques relations pour nous aider à hisser l'autre moitié jusqu'à l'appartement. C'est officiel, depuis l'arrivée du dernier carton au troisième étage, nous n'avons plus d'amis.
Ce matin, j'ai pris le bus, histoire de renouveler cette expérience ahurissante qui m'avait, lors de mes précédents passages dans la capitale du Limousin, donné l'impression d'avoir mangé de la drogue, et pourtant non, je suis au régime. Dans les bus limougeauds, figure-toi, le chauffeur te salue et te dit merci en te rendant la monnaie. Et ce n'est pas tout. Les gens se parlent. Le volume sonore de certains trajets est d'ailleurs à peine supportable. Pas plus tard qu'aujourd'hui, la dame qui attendait à l'arrêt de bus à côté de moi m'a adressé la parole. J'ai regardé derrière mon épaule mais il n'y avait personne.
Fort heureusement, certaines constantes rassurent le voyageur égaré craignant de s'être imprudemment éloigné de la civilisation. Ici aussi, les pintades portent des shorts avec des collants et des bottines, même lorsque la température extérieure fait reconsidérer à la féministe obtuse que je suis son jugement sur la burqa.
J'ai toutefois noté une certaine propension du Limougeaud à se détacher de la réalité (ces gens-là ont une vie intérieure très riche). Ainsi entendis-je le chauffeur du bus, regardant placidement voltiger les premiers flocons devant son pare-brise panoramique, énoncer doctement à un voyageur : "de toute façon, ça tombera pas, y a pas assez de nuages, c'est pas un temps à neige aujourd'hui".