Miss SFW

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jeudi, juillet 19 2012

Je suis venue vous dire que je m'en vais

Bonnes gens, lecteurs fidèles, amis virtuels et camarades de blogosphère, je vous salue bien bas. Au terme de cinq années de forfaits rédactionnels en cette modeste demeure électronique, il me semble opportun et pour tout dire indispensable d'aller un peu plus loin répandre la maussaderie et la mauvaise humeur.
Je ne vous quitterai cependant pas sans vous dire tout le bonheur que j'ai eu à écrire des bêtises et à constater que d'improbables lecteurs s'en amusaient aussi. Voyez-vous, il y a cinq ans, alors que la fête nationale battait son plein dans notre malheureux pays qui venait d'élire qui-vous-savez, j'ai pensé que je ne pouvais rester ainsi les bras ballants et que je me devais d'apporter un peu d'espoir en ce monde en partageant les urnes de méchanceté et de mesquinerie dont mon grand coeur est plein (celui qui déniche la référence gagne une magnifique carte postale de Nevarsin). Durant ce quinquennat de folles aventures au pays des ours puis dans celui où habite la pluie, de déménagements, de péripéties professionnelles, de surprises enthousiasmantes, de déceptions abyssales, de deuils suffocants, d'incrédulités consternées et de tablettes de chocolat dévorées, ce blog a souvent fait office d'entremetteur et m'a permis de rencontrer de nouveaux amis et amies de la vraie vie. Or, les amis de la vraie vie, on dira ce qu'on voudra, c'est quand même pas mal. C'est peut-être même le sens de la vraie vie et qui nous console un peu de la vraie mort.
Le ci-devant blog a donc rempli son office et, ma culture musicale et littéraire étant à peu près épuisée, il était grand temps de changer de formule. Tel le directeur marketing de Danone, je m'apprête ici et maintenant à vous vendre plus cher le même yaourt en changeant l'emballage. Le nouveau blog sera entièrement rose, plus détendu de la plume et comportera des phrases de moins douze lignes car c'est la crise. Avec un peu de chance, il sera classé dans les blogs mode et la rédaction de Elle me suppliera d'accepter une interview et de leur parler de ma passion pour les cupcakes, ma maman, et les imprimés écossais. L'option alternative étant le référencement dans les annuaires porno. J'avoue que j'ai du mal à voir la différence fondamentale. Avec un peu de chance également, je trouverai l'énergie de publier plus d'une fois par trimestre. Mais rien n'est moins sûr.
Quoiqu'il en soit, dans quelques jours, je vous invite à aller voir.
Il ne me reste qu'à vous faire ma révérence de courtisane bien élevée, vous remercier avec effusion d'avoir appris à lire et retourner à mes cartons car ma vraie vie déménage elle aussi.
Je vous salue, marrie.

Edit : Je suis assez fière de ce nouveau bébé. Qui me vaudra probablement de voir ma maison brûlée et mes chats exorcisés par l'association des amis des Beaux-Arts.
Et celui-là aussi : http://henriettedesaintfiel.tumblr.com/

dimanche, mai 13 2012

Falbalas

Quelques-uns d'entre vous, m'ont fait, alors que j'annonçais vouloir changer de ligne éditoriale sous peu, l'honneur de s'enquérir de la forme à venir, non du punk, mais de mes élucubrations.
Puisque je ne puis rien vous celer, je fais fi de mes infantiles cachotteries et vous livre tout de go ce secret jalousement gardé : je vais devenir la première blogueuse mode nevarsinienne influente. Ceux qui me connaissent personnellement ne le savent que trop bien, la nippe est mon oxygène et le style ma raison de vivre. Depuis des années, je frémis dans l'ombre des Garance, Pauline ou Coline et attends mon heure en rongeant la lanière de mon sac Vuitton.
Mais c'est décidé, le changement c'est maintenant et le coming out, c'est tout de suite. En avant-première et pour vous, lecteurs fidèles et bien-aimés, mon premier billet mode. Vous pourrez dire, lorsque je ferai la Une de Cosmopolitan, du Figaro Madame et de Télé Loisirs, "j'étais là". Votre oeil brillera et une larme discrète et pudique fera vibrer les étoiles de votre regard lorsque vous penserez à ces premiers instants magiques que nous vécûmes ensemble. Allons, l'Histoire n'attend pas, savourons tout de suite ce moment grandiose qui va changer nos vies.

En ces beaux jours printaniers, j'ai eu irrésistiblement envie de sortir de mes placards ma tenue préférée pour un look "trendy-randonnée" qui laissa plus d'un pêcheur du dimanche aussi coi que ses carpes.

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- Chapeau de la chapellerie Beyssac, only at Nevarsin (je suis si cruelle)
- Pull corail acheté pour faire plaisir à la vendeuse qui trouvait que l'anthracite n'était pas ma couleur (cette cruche inepte, toutes les couleurs sont miennes)
- Jupe à 5 euros, garantie cousue par des enfants chinois un peu moins feignasses que le mien
- Sur le mollet : fond de teint n°23, "Jarret flamboyant" de chez Dior.



Et le détail qui rend tout simplement irrésistible cette tenue somptueuse : le pied en dedans (pratique pour marcher, infaillible pour donner l'air intelligent, imparable pour changer la société et faire triompher l'égalité entre hommes et femmes).

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Fausses Converse en plastique moches - fabriquées dans l'atelier voisin de celui de la jupe - merveilleusement accessoirisées de socquettes Bleuforêt mauves. Car le mauve va avec tout, en particulier avec la couleur corail. Cette photo est tout simplement sublime.


Mais je ne vous ai pas encore tout dit. Cary Grant, qui partage ma passion dévorante pour la mode et dont l'incomparable goût lui fait sérieusement songer à devenir consultant pour Armani, sera de l'aventure. Enfin un blog mode mixte pour vivre en couple le merveilleux destin des beautiful people. Je sais, c'est trop de bonheur iridescent pour vos minables vies de médiocres.

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(Mon Dieu, mais comment peut-on être aussi beau et élégant, c'est presqu'inhumain ? )
- Chaussures de soirée Nike
- Chaussettes de soie en carrés Hermès recyclés par des enfants Pakistanais unijambistes
- Pied en dedans : Cary-Grant-le-Magnifique


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Casquette édition ultra limitée, griffée Groupama, portée en mode loosy-dandy. Le top ultime de la classe internationale.

Je ne voudrais pas créer une émeute à Nevarsin, the place to be pour tous les modeux et modeuses du monde, mais Cary Grant et moi organisons un vide-dressing très prochainement.


Fiat lux (ce film est une pure merveille, soit dit en passant)

mardi, mai 8 2012

Chronique d'une mort annoncée

Chers camarades,
Vous n'aurez pas manqué de noter que notre président bien-aimé allait céder la place à un autre qui, je l'espère, citera Sartre correctement et, s'il n'a lu La princesse de Clèves, s'abstiendra tout au moins de s'en glorifier. Ce blog cessera donc son activité le 14 juillet, cinq ans après sa première mise en ligne. Non que je quitte notre beau pays dans les valises du président sortant. Malgré ses supplications réitérées, j'ai dû décliner, car je suis une personne très occupée. Il me reste ici des limaces à décimer, des expériences de panification à mener et des parquets à huiler. D'autant que, s'il faut subir Johnny Halliday, Faudel et Enrico Macias dans l'autoradio du jet privé durant les 15 heures de vol entre Paris et Honolulu, merci bien, sans moi.
Je ne quitte pas non plus la France pour aller cacher mon immense fortune en Helvétie et la soustraire à l'avidité des Rouges qui viennent d'être élus par le truchement d'on ne sait quelle manoeuvre du KGB. Non plus que j'aie prévu de sombrer dans le désespoir et d'embrasser en me lacérant les joues le sol que va quitter notre président à nous qu'on n'a bientôt plus, ou que j'eusse la grotesque outrecuidance de considérer le ci-devant blog comme un brûlot contestataire ayant rempli son oeuvre révolutionnaire et s'arrêtant de facto avec le départ du plus illustre illettré du pays. Que nenni.
Il est proprement stupéfiant que j'aie réussi à aller au bout de mon engagement initial. L'élection, il y a cinq ans, de celui dont on ne doit pas prononcer le nom m'avait laissé penser qu'il était temps de donner libre cours à la méchanceté et à la misanthropie les plus mesquines. Je crois avoir rempli ce contrat loyalement quoiqu'irrégulièrement. Dans deux mois, le moment sera venu d'aller étaler mes sarcasmes dans un cadre légèrement différent. Je profite de ces pré-adieux pour remercier les deux lecteurs (et quelques) dont la fidélité n'eut d'égale que la drôlerie jubilatoire qu'ils firent partager au fil de leurs brillants commentaires. N'ayez crainte, si Dieu me prête vie, je ne vous quitterai pas sans un billet larmoyant et reniflant pour saluer l'équipe technique, mon producteur et ce merveilleux public sans qui rien n'aurait été possible.
D'ici là, je compte pousser mon chant du cygne dans les bruits de machines d'un stakhanovisme forcené et rédiger par moins d'un billet par mois. Je sais, c'est déraisonnable.

mardi, décembre 27 2011

Life is unfair (kill yourself or get over it)

Alors que je me laissais submerger par la consternation et la misanthropie dans les embouteillages urbains consécutifs aux réjouissances de fin d'année et à la frénésie d'achats aussi inutiles que compulsifs qu'elles génèrent et que je songeais au message de frugalité et de sagesse qu'avait tenté de nous laisser celui que nous sommes censés fêter, mon après-midi s'acheva en apothéose lorsque j'entrevis sur ma droite un trentenaire au volant de son automobile suffisamment chérie pour qu'elle fût ornée d'une fausse mignonnette d'un alcool quelconque suspendue au rétroviseur intérieur et d'un ballon de rugby véritable sur la plage arrière. Mon découragement fut à son comble quand je réalisai qu'une jeune femme était assise sur le siège du passager. Je songeai alors à tous les hommes célibataires et malheureux de l'être qui ne se pochtronnent pas avec leurs potes avachis devant le match, qui savent lire, se lavent tous les jours, cèdent leur place aux vieilles dames dans le bus et achètent tristement chez Picard des plats pour une personne.
Afin de survivre à cette année 2011 particulièrement fertile en déconvenues abyssales de tout ordre et à l'issue de laquelle je me demande avec insistance si je ne ferais pas mieux d'aller habiter sur une île déserte avec les cendres de mon chien, je décidai lâchement qu'il s'agissait de sa soeur.

Fiat lux.

jeudi, octobre 27 2011

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé

Désormais, il faut affronter l'affreuse réalité et cesser de fuir l'inexorable évidence. Mon papyrus n'est pas heureux avec moi. Ma vie est un échec.

mardi, octobre 4 2011

Like a prayer*

Pour quelques mois encore, j'ai un emploi. Dont le lieu d'exécution se trouve placé dans un très beau bâtiment de verre et de bois, idéalement situé (je prépare ma reconversion vers le métier d'agent immobilier) en haut d'une colline. A côté, la petite maison dans la prairie ressemble à une tour de Sarcelles. Ledit monticule domine la bonne ville de Nevarsin dont je puis, à toute heure du jour, contempler la parfaite immobilité que viennent parfois agrémenter de somptueux embouteillages sur l'autoroute qui relie la capitale de la France à celle du sud-ouest.
Ce matin, alors que je garais la twingo que le monde m'envie sur le parking panoramique, je braillais avec conviction et Christian Wicky : "someday all this will be mine" (titre proprement renversant que l'on ne trouve même pas chez ces gueux de Youtube, dont conséquemment l'existence même me semble sujette à discussion). Je levai alors de mon volant les yeux que personne ne m'envie et, ô sainte terreur, Nevarsin s'étendait à mes pieds.

Quelques minutes plus tard :
"Allo, petit Jésus ? Suite à une erreur de transmission de ma part, ce serait pour annuler une procédure de souhait. Par pitié."


*Regarde donc Madonna courant dans les premières secondes de la vidéo. Tu comprendras instantanément ce que veulent dire les Bloodhound Gang par "you run like a girl".

samedi, septembre 17 2011

Cymbalum vol.4

Alors que je croyais pouvoir mener une existence paisible et retirée au plus profond des solitudes glacées de Nevarsin, il m'arriva une stupéfiante aventure. Pas plus tard qu'hier soir, j'ai assisté un concert de musique expérimentale. Aux plus perspicaces de mes lecteurs qui se souviendraient que je ne suis qu'une vieille punk staliniste, je me dois de livrer une explication. Seule la force de l'amûr a pu me mouvoir jusqu'en ce lieu terrifiant où nulle pédale de distorsion ne pouvait me sauver. Orphée tentant de récupérer Eurydice aux enfers aurait fait figure de pleutre à côté de l'héroïsme dont je sus faire montre en la circonstance. Il s'agissait, voyez-vous, de répondre à l'invitation d'une relation amicale de Cary Grant. Nous avions déjà poliment décliné il y a quelques mois, prétextant un cor au pied ou une panne de gaufrier, je ne sais plus. Face à l'insistance dudit ami, qui nous est suffisamment sympathique pour que nous songions à lui faire plaisir, nous avons courageusement sauté le pas. Hop.

Or donc, il s'agissait d'une performance à base de percussions. Allez savoir pourquoi, j'ai pensé aux Fatals Picards et à Jean-Marc Sauvagnargues pendant une bonne partie du concert (redoutant de vous laisser dans une ignorance crasse, je vous recommande vivement de vous reporter à la chanson cachée à la fin de Pamplemousse Mécanique, à partir de la quatrième minute, je suis une mère pour vous). Un monsieur, probablement charmant mais quelque peu déconcertant, frottait des objets divers sur une grosse caisse posée à l'horizontale, faisait rouler des galets sur la scène ou les frappait avec une injuste sévérité. Alors que Cary Grant s'était endormi contre moi et me bavait un peu sur l'épaule, tandis que le Petit Prince s'était écroulé de sommeil sur l'accoudoir et menaçait de lâcher ses cartes Pokemon entre deux sièges au velours décati, je dus reconnaître qu'il pouvait sortir des sons tout à fait étonnants d'une pomme de pin et d'une cymbale. Et convenir avec mes voisins que, même dans le cadre d'une recherche musicale tout à fait louable, le grincement reste un son particulièrement déplaisant. Contre toute attente, je trouvai tout cela impressionnant voire intéressant.
Il m'aura manqué toutefois, le concours d'un éclairagiste inspiré qui eût pu illuminer le public tout aussi judicieusement que la scène. Se trouvait là tout ce que compte Nevarsin de profs d'art et de cultureux à catogan poivre et sel. Un reste de Big Mac traîtreusement collé sur une dent et inopinément découvert par les autres spectateurs eût pu rapidement virer au lynchage de ma frêle personne et je songeai avec quelque épouvante que je devais être la seule de la salle à ne pas composter mes épluchures de légumes (et à chanter du Indochine avec son fils). Je m'attendais à voir surgir José Bové à tout moment mais il n'a pas dû pouvoir garer son 4X4. Car, croyez-le ou pas, la salle était comble. Ce que je ne tardai pas à déplorer.
Qu'il me soit ici permis, alors que nous nous trouvons entre gens de bonne compagnie sagement accros aux rythmes binaires et persuadés que Ventura représente l'étape ultime du bruitisme progressif, de pousser un hurlement de rébellion et de colère à l'encontre de la pseudo-élite culturelle française dont je dus, bien malgré moi, supporter le voisinage lors de ma brève incartade en direction de l'art contemporain. Mesdames et messieurs les garants du bon goût, je tiens à vous faire remarquer que, si le déodorant et la lessive sont anti-écologiques et favorisent peut-être même le cancer du sida, ils ont l'indiscutable mérite de sentir bon et d'alléger la souffrance olfactive de vos semblables.
Où va-t-on, je vous le demande un peu. Espérant passer une soirée snob et édifiante en compagnie de la fine fleur artistico-prout-prout locale, j'ai fini par avoir l'obsédante impression d'assister à un concert de crust, entourée de punks à chiens. Comme disait ce bon vieux Charles, c'est la chienlit.

mardi, juin 28 2011

Twist and shout

Note pour plus tard : si, patientant au feu rouge dans ta twingo rose, à l'issue d'une dure journée de labeur au service de la patrie, tu t'aperçois que le gentil trentenaire en chemise bleu azur dans la file d'à côté te fixe avec des yeux terrifiés, un constat - douloureux mais lucide - s'impose : tu chantes trop fort (et mal) (sur du Favez, en plus, si c'est pas malheureux).

mardi, avril 26 2011

Meat puppets

Certain soir, au restaurant, je contemplais avec ravissement la très jolie pelle en acier inoxydable avec laquelle le Petit Prince dégustait sa glace. De la bien belle ouvrage, à l'évidence. Le long manche effilé d'une rare élégance, le biseau impeccablement affûté me firent soupirer d'envie devant cet objet digne de la plus somptueuse maison de poupée. Je songeai alors avec une pointe de dépit au bonheur qui eût pu être le mien si, dans les inégalables émerveillements de l'enfance, j'eusse, au pied du sapin, découvert avec l'adorable pelle miniature la boîte de "Barbie fossoyeur".

lundi, mars 14 2011

Parce que les jeunes cons n'ont rien dans le crâne

Minaviz, dans un commentaire au billet précédent, s'étonnait d'importance de mon supposé jeune âge, induite en erreur qu'elle était par les dates de diffusion de Denver le dernier dinosaure, oeuvre immortelle qui aura probablement plus apporté à l'humanité que l'invention du fromage à effilocher, c'est dire.
Or, en fait, non. Je suis vieille. Et depuis longtemps. Il se trouve seulement que je n'ai jamais arrêté de regarder des dessins animés, y compris les plus pathétiques. Grâces en soient rendues à ma jeune soeur puis, plus tard, au Petit Prince qui m'ont innocemment fourni d'indéboulonnables alibis pour détruire mon cerveau à grands coups de pixels.
Il y a peu, alors que je feignais dans un magasin spécialisé de chercher un dvd pour mon fils, l'intégrale d'Albator me sauta au visage. Juste ciel, Albator. Mon premier amour. J'avais encore mes dents de lait mais je savais que son coeur pur injustement condamné n'attendait que moi pour être sauvé. Beaucoup plus tard, la vie - cette chienne - m'a appris que coucher avec les gens pour les aider se révélait souvent contre-productif. Le monde est mal fait. Toujours est-il qu'Albator est resté l'homme idéal et un modèle inégalé en matière de destruction méthodique de toute possibilité de réussite personnelle. Je me jetai donc avidement sur l'article sus-évoqué, telle la dinde parisienne sur sa paire de Louboutin en soldes et me dirigeai prestement jusqu'à la caisse, en espérant fébrilement ne pas me faire racketter sur le trajet par une bande de vieux gothiques japonistes.
Le tenancier de l'échoppe, sympathique garçon dont l'allure me fit aussitôt supposer la trentaine à peine ébauchée, des goûts assez similaires aux miens et, pourquoi pas, soyons fous, une possible pratique des jeux de rôle, se répandit aussitôt en louanges sur l'excellence de mon choix. "Vous faites bien, qu'il me dit, je n'en avais reçu que deux et j'ai acheté l'autre pour mon frère. C'est le genre de dessin animé qui ne vieillit pas." Je lui souris aussi cordialement qu'il m'est possible et acquiesçai avec enthousiasme. J'étais prête à l'inviter à boire un jus de pomme. "Et puis c'est de sa génération". Ajouta-t-il. Ce petit con.
Ainsi, en quelques secondes, une flamboyante amitié comme on il n'en existe qu'une par siècle, un lien aussi sacré et sublime que celui qui unissait Montaigne et La Boétie, parce c'était lui, parce que c'était moi, fut tragiquement étouffé dans l'oeuf. La vie vous joue parfois de bien sinistres tours.

lundi, janvier 24 2011

If James Hetfield can stay straight edge, anyone can*

Je crois avoir déjà évoqué ici mes rapports pour le moins dubitatifs avec les paradis artificiels et les addictions de toute nature. Ce mépris pour la fuite et l'oubli date de fort longtemps et a rapidement succédé à ma courte expérimentation de la traditionnelle biture lycéenne des fins de semaine. Depuis, je traîne comme un boulet cet incurable chagrin de la lucidité que ne saurait pas davantage distraire une bouffée de cannabis qu'une bouteille de vodka. Bien plus tard, j'ai trouvé chez les Strokes les mots qui fredonnaient ce grand malheur de n'avoir pas d'issue de secours : "i don't feel better when i'm fucking around, i don't write better when i'm stuck in the ground". Rien ne peut me consoler d'être ce que je suis.

Vous comprendrez alors la profondeur glacée de ma solitude lors de ces soirées où mes semblables "font la fête". La seule notion de fête m'est inaccessible. Quel mystérieux motif peut bien pousser ces gens que - pour certains - j'aime voire estime, à s'agiter inconsidérément, beugler sans préavis, boire leur poids en bière (avant que de le vomir) et finir la soirée en faisant la chenille sur la musique de la danse des canards ? Oublient-ils ainsi qu'ils vont mourir et qu'avant cela ils auront à affronter toute la misérable laideur d'une existence humaine ? Croient-ils pouvoir fuir, espèrent-ils ne pas se réveiller ? Ou essaient-ils d'oublier avec le rosé à quel point la pizza était mauvaise ? Dans cette dernière hypothèse, qu'il me soit permis d'avancer quelques doutes quant aux chances de succès de leur stratégie. Non parce que bon, le rosé n'a jamais aidé personne à digérer. Mais je m'égare.

Car mon unique but était de vous indiquer la force de ma répugnance lorsque je constatai avec effroi que le seul moyen de lutte biologique à ma portée contre les limaces boulimiques qui saccagent mes pauvres salades restait l'écuelle de bière (je crois vous avoir également parlé de mon potager de deux mètres carré). Imaginez mon trouble lorsque je songeai à ces coupables mollusques se noyant dans l'objet de leur convoitise, gorgés d'alcool jusqu'à l'étouffement avant que de mourir dans les hoquets éthyliques de la dépravation la plus sordide. Je fis pourtant taire mes scrupules. Je déposai l'abject guet-apens entre deux rangs de scarole et attendis, l'âme tenaillée par le remords. Le lendemain, je me dirigeai vers le carré de la honte, prête à me débarrasser des victimes de ma répugnante besogne.
La coupelle trônait, intacte, et je compris alors que la malédiction n'aurait ni fin ni terme. Il a fallu que je tombe sur des limaces straight edge.


* Oui, bien sûr que ce titre existe, pour qui me prenez-vous donc, je n'ai qu'une parole, qu'un honneur et surtout qu'une ligne éditoriale (cependant, pour une raison qui m'échappe totalement, il faut l'ouvrir dans une nouvelle fenêtre).

dimanche, janvier 2 2011

I'll read a story if it helps you sleep at night

Avec cette année toute neuve et immaculée, revient la période des bonnes résolutions. Hélas, je n'y puis participer. Ma perfection naturelle annihile la possibilité même de progrès. Vous ne connaissez pas votre chance.
Cela étant, j'en connais un qui ne doit pas être fier de lui et, à défaut de pouvoir me surpasser, j'ai quelques suggestions à lui adresser afin d'éviter les égarements de 2010.

Cher Dieu,
Je ne voudrais pas avoir l'air de critiquer mais il me semble que tu aurais pu mieux faire ces douze derniers mois. Avec tout ce chômage et la mondialisation, permets-moi de te dire que si tu ne montres pas davantage de motivation, je pourrais fort bien m'adresser à la concurrence. C'est un peu facile de faire tourner la boutique avec la clientèle traditionnelle. Figure-toi que Bouddha m'a envoyé des promotions particulièrement intéressantes et qu'Odin propose une offre très vintage et délicieusement tendance. En outre, tu sais fort bien que je ne dois qu'à ma constance et ma fidélité d'avoir su résister au démarchage insistant du satanisme. Je t'exhorte donc amicalement mais fermement à te reprendre. Un peu de nerf, que diable.
Afin de t'aider, je soumets à ta réflexion une liste non exhaustive des petits riens qui me changeraient la vie et, dans la mesure où je suis peut-être déjà plus proche de la fin que du début, je te saurais un gré infini d'augmenter la cadence de tes bonnes grâces à mon endroit :
- Sans vouloir te commander, je te propose que nous déclarions 2011 comme année sans enterrement. Ni le mien, ni celui des gens que je considère un peu trop jeunes pour claquer (la porte derrière eux). Je sais bien que tu me trouves par trop casanière et que ça partait d'un bon sentiment mais la petite tournée des crématoriums que tu m'as organisée l'an passé m'a paru d'un goût un peu douteux. Je te promets, de mon côté, de réfléchir à d'autres thèmes de sortie.
- J'admets avoir péché en dehors des liens sacrés du mariage. Partant de là, pourrions-nous envisager un échéancier un peu plus raisonnable en ce qui concerne l'expiation que m'impose tous les jours le Petit Prince ?
- Une année me semble bien insuffisante pour changer ce que plusieurs lois et la simple décence intellectuelle n'ont pas réussi à modifier. Cependant, à défaut d'être considérée à l'égal de mes confrères masculins, puis-je au moins être dispensée des raisonnements pathétiques des dirigeants et décideurs divers sur les qualités censément naturelles attachées à chaque genre (dont l'amusante particularité est d'ailleurs de destiner les femmes à des postes subalternes, comme la génétique fait bien les choses).
- A propos de génétique, pourrais-tu empêcher mon père de m'exposer sa vision de la société à chaque coup de fil ? Dans l'hypothèse d'une réponse négative de ta part, te serait-il possible d'envoyer un commando du Front de libération du Quercy saboter son central téléphonique ?
- Et surtout, surtout, serait-ce trop te demander que de ne pas me laisser acheter du papier sulfurisé soi-disant respectueux de l'environnement sur lequel les cookies (aux noix et à la pomme, si c'est pas malheureux) adhèrent irrémédiablement avant que d'être envoyés à la poubelle dans les larmes et les hululements de désespoir ?

PS : Si tu n'existes pas, merci de ne pas me le préciser. J'ai déjà trop de chagrin pour mes cookies.

Fiat lux

lundi, décembre 6 2010

Nous ne faisons que passer dans l'ombre et la lumière (part 2)

Entre mes deux périples parisiens, l'impitoyable destin avait décidé de mettre à l'épreuve l'excellente éducation que j'ai reçue en me confrontant, durant un long week-end, à la famille de Cary Grant, fine équipe particulièrement performante pour me faire sortir de mes gonds et emmenée par un capitaine aussi charismatique qu'efficace en la personne de ma belle-mère.
Ayant réussi à tromper quelques instants la vigilance de mes geôliers pour me réfugier chez le vendeur de presse le plus proche, je revins avec :
Réponse A : Le Monde diplomatique
Réponse B : Le Magazine littéraire
Réponse C : Technikart
Réponse D : Pèlerin magazine

Bon. Assez ri. J'arrivai donc avec Marie-Claire Maison sous le bras, tenaillée par l'angoisse et minée par l'anxiété : le coussin se porte-t-il rond ou carré cet hiver ? Peut-on sérieusement envisager de survivre sans la chaise Panton ? Sir Terence Conran est-il Dieu ?
Accaparée par ces vertigineuses interrogations, je ne posai qu'un oeil distrait sur la publicité ci-dessous reproduite :

artemide.jpg

Comme disait l'autre : regardez bien. Regardez mieux. La légende en bas de page indique : "Artemide allume une lumière pour Mohammed, victime de la guerre civile en Sierra Leone en 2001. Les soldats du RUF ont contraint sa fille (sur la photo) à lui amputer les membres avec une machette. Aujourd'hui, il revoit la lumière du monde.Photo d’Ugo Panella."
J'eus, plus tard, avec mon tendre époux, un long débat relatif à cette publicité. Moi qui croyais encore un peu en l'homme, c'est pourquoi je suis souvent malheureuse, considérais qu'il y avait quelque mérite à utiliser une part de son budget communication pour rappeler qu'en fait, la forme, la couleur ou la marque du lustre, on s'en contrebalance à l'en décrocher de son plafond à moulures. La démarche me paraissait d'autant plus périlleuse venant précisément d'un vendeur de lustres qui plus est, annonceur dans un magazine uniquement destiné à refourguer des objets inutiles et coûteux. Cary Grant, misanthrope achevé, c'est pourquoi il est toujours malheureux, n'y voyait quant à lui qu'une basse démagogie larmoyante, voire un achat d'indulgences moderne. Chacun resta sur ses positions, celle qui croyait aux siens, celui qui n'y croyait pas.
Quelle que soit l'intention des concepteurs de ladite annonce, l'effet que me fit cette image aura dépassé leurs espérances : je fermai le magazine et éteignis la lampe de chevet. Je n'ai, depuis, plus réussi à regarder un canapé sur papier glacé sans songer à l'infini désastre auquel aura abouti la plus miraculeuse des évolutions d'espèce.

jeudi, décembre 2 2010

Nous ne faisons que passer dans l'ombre et la lumière (part 1)

Ces dernières semaines, ma vie réelle a largement empiété sur l'existence toute virtuelle que je mène sur les bas-côtés des autoroutes de la désinformation. Je le déplore amèrement, comme bien vous vous en doutez. La réalité a ceci de déplaisant qu'elle s'impose à vous avec une incorrection et une grossièreté que l'on ne rencontre guère que dans les pages société du Journal du Dimanche.
Je crois m'être déjà amplement exprimée sur mon antipathie viscérale pour la capitale française. Or, il advint que des circonstances aussi diverses que récentes m'y conduisirent à deux reprises en moins de dix jours. Et qu'à près de quarante ans, alors que je ne compte plus mes visites parisiennes motivées par une passion compulsive pour quelques bêtes musées ou parcs et des affections coupables pour une bonne dizaine de gueux inexplicablement attachés à leurs pavés sous lesquels la plage sent le mazout, j'ai enfin compris ce qui me dérangeait dans la ville-lumière.
A Paris, le monde s'immisce dans ta fragile sphère intime, la vérité te crache à la face, la vie réelle, la sordide, te saute à la gorge. La multitude te suffoque avec ses milliers d'odeurs, de mains, de pieds, avec son souffle chaud qui te répète que tu n'es que chair suspendue pour un instant entre poussière et putréfaction. Toutes ces existences autour de la tienne, qui louvoient entre les poubelles, les semelles collées aux trottoirs gras, la tristesse et l'ennui leur dégoulinant du visage te renvoient ta propre image, avec tes rides, tes cernes et ton front gris. La foule est laide et sinistre. Elle t'accepte en son sein sans regimber et tu comprends alors que tu leur ressembles.
Cette fois, Paris et moi, c'est bien fini. Nous avions vécu jusque-là sur un malentendu, en nous laissant croire qu'il pouvait demeurer une pâle étincelle de passion entre nous. Et puis Paris a décidé de rompre d'un coup et m'a jeté au visage un flot d'horreurs brutales, de celles qui ne peuvent être pardonnées. Il y eut tout d'abord cet arrêt prolongé en gare de Lamothe-Beuvron, après deux appels réclamant un médecin. Durant deux heures, nous avons attendu qu'un de nos semblables veuille bien se décider à mourir pour poursuivre notre voyage. Lorsqu'il nous a été demandé de descendre du train pour embarquer dans un autre, les secouristes sont passés tranquillement devant nous, avec les couvertures et le matériel de réanimation. L'urgence avait disparu et leur travail était terminé. La civière avec le cadavre emmitouflé dans un sac de plastique les suivait de près. Dans le nouveau train, un grand jeune homme s'est assis à côté de moi. Il lisait la Bible et m'a demandé si je croyais. Je lui ai indiqué que l'idée même m'était inconcevable. Il m'a dit qu'il prierait pour moi, pour que je reçoive le message de Dieu. Comme il était très gentil, je ne lui ai pas répondu que si Dieu existait, je ne lui conseillais pas de se manifester parce que je risquais de me montrer particulièrement désagréable. Et que faire mourir un homme dans un train, au milieu d'étrangers qui surveillaient leur montre, ne plaçait pas mon premier rendez-vous avec la grâce divine sous les meilleurs auspices.
Et puis il y eut le métro et cet incroyable ensemble à cordes qui jouait dans les couloirs un répertoire classique que mon inculture en la matière ne m'a pas permis d'identifier. C'était beau à pleurer, comme seuls peuvent l'être deux violoncelles, une contrebasse et un aréopage de violons calés sous de studieux mentons rougis par l'austère discipline des conservatoires. D'un quai à l'autre, dans les relents d'urine et de transpiration que charrie l'humanité souterraine, il n'y a pas ou si peu de place pour les bribes de transcendance et je repris ma place dans la marée humaine.
Paris, c'est décidé, je te hais, toi et tes murs suintant la crasse, tes trottoirs gluants où les misérables attendent assis l'aumône des gens pressés, où des clochardes parviennent à dire le plus sérieusement du monde à un des derniers humains qui leur demande de leurs nouvelles : "faut pas se plaindre". Je te vomis, toi et ta honnie gare d'Austerlitz dont l'insipide bar envahi par des pigeons sans-gêne m'avait bien fait rire (et craindre pour mon croissant) lors d'un rendez-vous avec un ami, la dernière fois où je l'ai vu vivant.
Paris, je te quitte et cette fois je sais pourquoi. Je m'en vais de ce pas retrouver les solitudes glacées de Nevarsin et l'enivrante perspective de n'être une part de rien et d'avoir bien plus de deux amours.

mercredi, octobre 20 2010

Cachez ce sein...

Près de 20% des requêtes qui ont mené sur ce blog depuis le début du mois demandaient, sous des formes à géométrie orthographique variable, "les seins de Sophie Marceau". Une sur cinq. Tout de même.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

mercredi, octobre 6 2010

I've got a feeling (that tonight 's gonna be a good night)

Ayant enfin ouvert, trois mois après notre arrivée, le dernier carton de livres et tenté de mettre un peu d'ordre dans le monceau d'ouvrages qui nous contraint à vivre sous la menace toujours plus précise d'une infamante sédentarité, je parcourais ce soir négligemment les tranches reliées sagement alignées sur l'étagère. Depuis plus d'une semaine, Lucien Leuwen gît auprès de ma couche, piètre amant dont les ternes attraits n'auront pas su me retenir. Mon dernier béguin de papier (Kindle sucks and Ipad is evil) remonte déjà au mois d'août. Mais c'était un amour de vacances, il n'y faut plus penser.
Bref, je me résolvais presque à me coucher seule (sans livre, veux-je dire) lorsqu'un volume m'adressa un clin d'oeil aguicheur. Il s'appelait "poésie parnassienne". Comme il n'avait probablement jamais quitté la bibliothèque que pour échouer dans un carton de déménagement, je décidai de lui laisser sa chance et lui enjoignis de monter avec moi.
J'ignorai alors que la soirée ne faisait que commencer car j'avais découvert, avec Sully Prudhomme, un infatigable compagnon de bamboche, un camarade de joyeuses orgies partageant le même esprit festif et le même goût pour la gaudriole. Quel sacré farceur, ce Sully. Jugez plutôt :
"Bleus ou noirs, tout aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l'aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux,
Et le soleil se lève encore."

C'est à en pleurer de rire.

mercredi, septembre 15 2010

I wish i was queer so i could get chicks

Entre les bouleversants remords de Jean-Luc Delarue pour avoir occupé à lui seul 60% de la surface cultivable de la Colombie et le remerciement de Raphael Mezrahi de France Inter, où il n'aura finalement sévi que quelques jours, comme quoi la possibilité d'un dieu de bonté n'est pas totalement exclue, l'actualité de ces derniers jours se sera montrée particulièrement stimulante sur le plan intellectuel.
Jusqu'il y a peu, Cary Grant et moi choisissions avec un soin jaloux nos sources d'information. Las, l'âge avançant et les déménagements s'ajoutant aux déménagements, nous avons lâchement laissé France Inter s'immiscer dans nos douloureux réveils de damnés de la terre. Matin après matin, nous endurons avec courage et la paupière collée les ineptes reportages de la radio-phare du service public. Or, aujourd'hui, à l'heure où blanchit la campagne, les sadiques programmateurs à la solde de Philippe Val (qui était plus rigolo quand il fréquentait des pédophiles) nous infligèrent un "sujet" sur l'homophobie sévissant dans le milieu du sport. A moitié endormie, je n'écoutai que d'une oreille distraite ce futur prix Pulitzer. Si rien ne m'empêche, a priori, de me découvrir une passion tardive pour une ou plusieurs de mes camarades de chromosome, il est plus qu'improbable que cela puisse gêner de quelque manière ma pratique du sport, cette dernière pouvant donner une idée assez juste du zéro absolu.
Cependant, mon altruisme naturel, qui n'a d'égal que ma tolérance, m'amène à tenter de comprendre mes semblables (ou du moins le croient-ils), sans jugement de valeur, car je suis une quasi-sainte, ne nous le cachons pas. Je m'interrogeai donc intensément sur l'incompatibilité entre football et homosexualité. Sauf à se fourvoyer dans de douteux errements vaguement psychanalytiques sur la rondeur du ballon ou la verdeur de la pelouse, je dois avouer que j'eus du mal à cerner le problème. J'en tirai, à mon habitude, une conclusion aussi nuancée que scientifiquement vérifiée : le masculin pluriel est à l'intelligence humaine ce que le climat polaire est à la culture de l'ananas. Disons que la cohabitation paraît assez improbable.
Cary Grant, qu'on ne peut guère, pourtant, soupçonner de sympathie envers les groupes de plus d'une personne, a cru utile de voler au secours de ses frères : "non, mais le problème c'est les douches et les vestiaires". Depuis quand les supporters se douchent-ils ? Au demeurant, ils seraient d'ailleurs bien inspirés de se livrer à de plus fréquentes ablutions, le déodorant (qui contient de l'aluminium) étant fortement soupçonné d'endommager le cerveau. Il n'y a qu'à voir les publicités consacrées à ces produits pour s'en convaincre. Or, le supporter, qui n'a jamais posé son pied délicat et mutin dans une douche du Parc des princes, ne se distingue certes pas par sa largesse de vues en matière de moeurs sexuelles.
Mon cher époux n'est jamais à court d'arguments et n'hésite pas, dans le seul but de me contredire, à recourir aux plus basses manoeuvres (alors que je voulais simplement partager avec lui un mépris de bon aloi envers la horde beuglante des mâles agglutinés, fleurant bon la testostérone et la vieille huile de friture, je me demande où va mon couple), sortit de derrière les fagots ou de sous l'oreiller, une théorie fumeuse à base d'homosexualité refoulée qui pousserait à la haine le vulgaire footballophile.
Bien. Je puis tout entendre. Mais pas à sept heures du matin et en état d'hypoglycémie avancée. Au demeurant, je tiens assez à mon hypothèse de la simple stupidité crasse doublée d'une incroyable prétention. Je suis même prête à négocier sur la question de genre et à reconnaître la mixité du phénomène. J'en veux pour illustration les couinements hystériques et les moues révulsées de mes anciennes collègues (celles d'avant Nevarsin) qui criaient à qui mieux mieux au scandale lors que l'une d'elles narrait un épisode de sa palpitante existence où elle s'était trouvée à moins de dix mètres de femmes sortant d'un bar connu, paraît-il, pour ses accointances avec le saphisme. Elle promenait son chien et l'une de ces lesbiennes putatives l'avait peut-être regardée. Il arrive tous les jours des évènements proprement ahurissants. Je pense que nous avons frôlé l'outrage à la pudeur, voire le viol.
Chacune de mes discussions avec des homophobes (assumés ou non) a été l'occasion de cette stupéfiante constatation : le sujet est persuadé que tout homosexuel du même genre a une irrépressible (et fort peu justifiée, si vous voulez mon avis) envie de s'unir charnellement avec lui, là, tout de suite. Car l'homosexuel serait immanquablement un hypersexuel (doté d'un goût très sûr qui le porterait à succomber aux invincibles charmes de mon interlocuteur imbécile).
Or, rien n'est moins sûr. Je vous parle d'expérience. Moi qui vous écris, au cours de ma presque longue existence, force m'a été de constater et ce, dans les milieux divers et bigarrés qu'il m'a été donné de côtoyer, que je n'ai pas suscité plus d'attirance manifeste chez les lesbiennes que chez les gays. Alors, hein.

jeudi, août 26 2010

You'll be happy to know the situation is worse

J'ai trouvé sur mon répondeur de portable, ce matin, alors que je procédais à l'une de mes trois consultations (parfois deux, voire zéro) quotidiennes avant d'éteindre la machine à tumeur cérébrale, un message de mon père énonçant d'un ton sépulcral : "c'est moi (silence). Bon (silence), je te rappellerai à midi". Sachant que ledit géniteur m'avait déjà parlé la veille au soir et que nous nous accommodons fort bien d'un silence radio de trois mois, voire plus puisque nous n'avons pas tellement d'affinités, je me demandai avec un brin d'inquiétude ce que me valait un appel à 8h24 du matin. Dans la mesure où je n'ai subi pour l'instant que 50% de perte parmi mes quatre grands-parents, et que ces dommages ont été intégralement enregistrés par le camp maternel, il y a tout de même un facteur de risque de ce côté-là. Surtout à quatre-vingt balais. Et particulièrement lorsque l'on se nourrit de cholestérol en croûte de sel depuis un bon demi-siècle.
Je rappelai donc, après m'être dûment assise. La ligne était occupée. "Gasp", me dis-je, car j'aime à enchanter mes monologues intérieurs d'onomatopées fleuries, "voilà-t-y pas qu'il fait le tour de la famille, la situation se corse, vieux frère", pensai-je alors, car j'aime aussi faire preuve de camaraderie virile avec le dedans de mon âme.
Enfin, je parvins à obtenir une sonnerie, puis une réponse :" Oui, je t'ai appelée tout à l'heure, entendis-je. Dis donc, je me posais une question de concordance des temps pour un document technique...".
Faire partie d'une famille pour laquelle les notions d'urgence et de hiérarchie des problèmes restent des concepts très flous peut parfois se révéler fatigant.

Fiat lux.

dimanche, juin 6 2010

Manteau de gloire, manteau d'argent...

Invitée par une mienne et chère amie à la première communion de sa fille, j'ai immolé mon athéisme intégriste sur l'autel sacré de notre vieille complicité pour assister (debout, il y avait foule pour la garden party du Seigneur) à ladite cérémonie. Disons que c'est une expérience. Bien moins renversante cependant que le caquetage stupéfiant de l'une de ses belles-soeurs que l'on avait plantée face à moi lors du pantagruélique repas qui a logiquement suivi la petite heure de recueillement chrétien de la messe.
Ladite belle-soeur, dinde nantie pleine de bonne volonté - de cette espèce irremplaçable qui s'extasie toutes les quinze secondes, confondant dans un flot de petits cris émerveillés politesse envers son hôte et obséquiosité confite - m'avait entreprise sur le passionnant thème de la météo en général et du climat de Nevarsin en particulier. Croyant avoir à me consoler de l'absence de ce soleil poisseux et vulgaire qu'adorent également les beaufs en vacances et les ruines fortunées qui espèrent secrètement que le cancer de la peau prendra de vitesse leur Alzheimer galopant, la petite dame exprima cette étonnante pensée : "au moins quand tu t'achètes un manteau, tu as une excuse pour te faire vraiment plaisir".
Dans toute existence humaine, il est de ces instants, figés entre les haricots verts et la salade, où tu réalises à quel point ton prochain peut t'être étranger. Comment expliquer à cette créature, si semblable et pourtant si différente, qu'aucun manteau n'est en capacité de me faire "vraiment plaisir" ? Je pourrais probablement éprouver une vague félicité après avoir acquis un vêtement qui me semble particulièrement esthétique mais certainement pas s'il coûte un demi-smic. La pensée de son équivalent en paquets de pâtes et filets de pommes de terre me gâcherait la journée.
Par contre, au cas où Dieu lirait ce blog (après tout, je vais bien à ses meetings) et où il voudrait me faire "vraiment plaisir" pour mon anniversaire, ou Noël, ou pour fêter le retour de l'été, je ne suis pas regardante, j'ai quelques suggestions simples et de bon goût : un traitement infaillible contre la leucémie, une pénurie mondiale de flingues ou l'autosuffisance alimentaire de l'Afrique, voire celle de l'humanité s'il a décidé de m'offrir un cadeau groupé avec ses potes du panthéon. Et qu'il ne se formalise pas sur l'emballage, même s'il ne reste plus de ruban doré.

mardi, avril 20 2010

The news from your bed

Du fond de son lit de douleur, Krazy Kitty a bravé la tyrannie de ses sinus infectés et courageusement rampé jusqu'à son clavier pour m'informer de la discrimination dont elle s'estimait victime. En effet, aucun de ses brillants commentaires n'était affiché en devanture de mon fonds de commerce virtuel. L'outrecuidant blog avait encore l'insolence de la reléguer en "file d'attente". Fait-on poireauter Krazy Kitty comme une vulgaire ménagère russe en quête d'un litre de lait ? En vérité, non.
J'ai donc mené ma petite enquête afin de châtier sévèrement les coupables. Il se trouve que Cary Grant, pour me protéger des vendeurs de viagra et colporteurs en jambon épilé, a activé un filtre anti-spam dont les choix éditoriaux se sont révélés bien peu judicieux. Pour un représentant des plombiers parisiens (exemple rigoureusement authentique), une petite dizaine d'habitués s'étaient vus claquer la porte au nez.
Considérant, un peu hâtivement peut-être, que les ordinateurs sont des créatures rationnelles, je cherchai le motif de ce brutal congé. Je lançai l'hypothèse d'un anti-américanisme primaire. Or, parmi les candidats au commentaire rejetés, seule Krazy Kitty arborait la bannière étoilée. Bon sang mais c'est bien sûr, me dis-je, fort logiquement, Spamkiller soumet à ma modération les commentaires accompagnés d'un lien. En fait, non.
A ce stade de mes cogitations, j'ai remis en ligne les notes et remarques injustement déclassées (sauf celles émanant des plombiers parisiens), je demande humblement pardon à mes invités pour la grossièreté de mes subalternes - de nos jours, on ne trouve plus de petit personnel - et je suppute que le cerbère électronique qui est censé protéger ma modeste demeure électronique fonde sa ségrégation sur le port de baskets.


Fiat lux

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