Miss SFW

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J'ai testé pour moi

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mardi, mai 25 2010

Valium, Tranxène, Nembutal, yogurt, acides...

Je vous dirais bien que je réchappe de justesse à une dissertation qui a failli me coûter mes derniers lambeaux d'enthousiasme pour la construction européenne. La vérité est tout autre. Après un terrible épisode, je me remets avec difficulté d'une amère et profonde désillusion. J'ai vécu la plus douloureuse des déceptions, la déception gastronomique.
Songez donc que des esprits retors, des bandits de grands magasins, attirent l'innocent consommateur dans de sombres guet-apens, sans que la justice de mon pays (en laquelle je place pourtant une foi inébranlable) n'abatte solennellement son bras vengeur. Au détour du rayon frais de mon supermarché de quartier, ces vils gredins happèrent ma juvénile candeur en me promettant non le sel au baiser de leur bouche mais une parenthèse enchantée dans ma morne journée de femme au foyer désespérée. Jugez plutôt :

perleDeLait.jpg

Mmmmmh, un fromage blanc à la crème de marron. Bon, le fromage blanc on s'en contrebalance à en inverser le sens de rotation de la planète. Mais la crème de marron... Cette merveille céleste qui laisse à penser qu'un dieu d'amour et de bonté existerait peut-être, quelque part au-dessus des frondaisons des châtaigniers (car le marron n'est pas comestible, ce qui est bien heureux, sans quoi les enfants pauvres, ces sales petits parasites, passeraient leurs récréations automnales à grignoter impudemment des fruits appartenant incontestablement au domaine public).
Persuadée de tenir là l'idée du siècle pour donner un peu de lustre à cette nullité gustative que représente le fromage blanc, j'acquis séance tenante quatre pots de la préparation lactée sus-visée et m'empressai de la goûter dès la porte de mon appartement (de standing) refermée derrière moi. Y eut-il en ce bas monde plus triste révélation que la mienne en cet infortuné instant ? Je ne le crois pas. En gravissant quatre à quatre les marches de mon immeuble (de standing) je craignais un peu que l'aigreur du fromage blanc ne dénaturât l'explosion de suavité de la crème de marron. J'ignorais alors que les infâmes m'avaient ignoblement trompée. Car de la crème de marron, mes papilles endeuillées ne purent jamais déceler une once. On m'avait vendu un vulgaire fromage blanc trop sucré et vanillé à la truelle chimique. J'enrage et les vers de Vigny sont, ce soir, mon dernier rempart contre la douleur insensée qui menace ma raison.
Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Roquefort.

mercredi, mai 5 2010

First you must calm your temper then find a job in the paper

Je suis, depuis quelques mois, une usagère comblée des services de Paul Emploi. Il n'y a pas à dire, la fusion de l'Anpe et de l'Assedic a changé la vie des chômeurs. Lors de mon inscription en décembre, j'avais déjà pu déceler quelques légers dysfonctionnements. Comme j'avais finalement trouvé l'heure et le lieu de rendez-vous, je m'efforçai de n'en pas tenir rigueur à quiconque et de repartir sur de nouvelles bases avec Paul.
J'attendis donc sans a priori le rendez-vous de mars qui m'avait été promis en décembre. Mars passa. Puis avril. Pas le moindre signe de vie de Paul, cet ignoble goujat. Et voilà-t-y pas que dans les premiers jours du joli mois de mai, je reçois un courrier du malappris qui me projette directement et sans avertissement aucun dans les bas-fonds d'un univers kafkaien. Or, franchement, Kakfa je ne suis pas fan. "Vous avez à ce jour actualisé conjointement avec votre conseiller votre projet personnalisé d'accès à l'emploi. Au cours de cet entretien, les éléments constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ont été révisés pour accroître vos perspectives de retour à l'emploi. A l'issue de cet entretien, vous déclarez accepter l'actualisation de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi." Suivait un document intitulé "compte-rendu de l'entretien du 3 mai 2010", accompagné d'une délicate brochure m'indiquant dans un sobre tableau qu'au fur et à mesure du temps passé à profiter honteusement du laxisme de la social-démocratie, j'aurai intérêt à moins la ramener. Ainsi, il m'est gentiment indiqué que le salaire acceptable baissera avec le temps tandis que la distance de trajet maximum domicile-travail augmentera. L'exquise missive du directeur (dont le nom n'est pas mentionné, après tout tu n'es qu'un chômeur, on te met la signature "le directeur", ça va bien, hein) s'achevait sur cette charmante formule : "Je vous informe qu'en cas de refus de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi, je serai contraint(e) (a priori, ils n'ont pas encore déterminé le genre de leur directeur, mais c'est à l'étude) conformément aux articles L5412-1, L5412-2 et R5412-2 à R5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux à six mois."
J'ai donc appelé pour savoir quelle était cette nouvelle facétie et si mon double maléfique avait été reçu à ma place. Parce que je n'avais pas reçu l'ombre d'une convocation quelconque. La dame un peu gênée m'a expliqué que M. Paul ayant désormais l'obligation de me recevoir tous les mois et n'ayant pas trouvé le temps de le faire en avril, éditait des compte-rendus fictifs.
Forcément. Ensemble, tout est devenu possible. Si tu ne peux pas remplir une de tes obligations, tu n'as qu'à siffloter d'un air dégagé et dire que tu as fait ton boulot. Et puis, pour gagner du temps, tu produis un document synthétisant les engagements de tes interlocuteurs fantômes. Les absents ont toujours tort.
J'enrage. Quand je pense à toutes ces heures perdues à réaliser des interviews avec de vrais gens alors qu'il suffisait de laisser libre cours à ma créativité, lovée dans le tiède confort de mon bureau. C'est trop bête, moi aussi j'ai le droit de bénéficier des derniers progrès ergonomiques. Dire que j'ai attendu, pour être enfin informée de cette révolution des conditions de travail, de n'en plus avoir.

Fiat lux

vendredi, avril 23 2010

You will suck the life out of me

Je ne vous dis pas tout de ma vie privée. Il est des pans entiers de ma sordide existence que vous ignoriez jusqu'à ce jour, pour la paix de votre âme. Au plus secret des glaciales nuits de Nevarsin, Cary Grant m'inflige d'ignobles tortures. L'autre soir, par exemple, le regard innocent et le front lisse, cet enfant de Satan me propose de visionner en sa charmante compagnie "un film de vampires". Les épreuves forgent la relation de couple, lui et moi avons enduré ensemble Underworld et Van Helsing, que peut-il nous arriver de plus ? J'opinai donc du chef et l'infâme en profita lâchement pour passer Twilight I.
Il paraît que ce long métrage a remporté un succès commercial conséquent (malgré un budget global avoisinant les 12,50 euros, dont un dixième pour les effets spéciaux et très exactement 20 centimes pour le staff maquillage et coiffure). Pour tout vous dire, j'ai cru jusqu'à la dernière minute que je regardais un téléfilm calibré pour M6. Je suppose qu' à 14 ans, j'aurais bien aimé. Mais cette époque est si lointaine. Il se trouve, hélas, que je ne me souviens même plus de ce qu'on peut ressentir à cet âge-là. Par contre à mon âge, le sentiment était assez net pour évoquer un léger ennui mêlé de condescendance. A l'intention des rares élus qui ne l'auraient pas encore vu, Twilight est un film d'adolescents pour les adolescents où l'inévitable et omniprésente relation amoureuse (hétérosexuelle et entre blancs, je te rassure) est compromise non par la rivalité entre deux familles ou l'immixtion d'un rival maléfique mais par la mortalité de l'une et l'immortalité de l'autre. De nos jours, les gens se font un monde de trois fois rien. Comme d'habitude, les scénaristes sont passés à côté de l'histoire. Le garçon étant issu d'une famille très aisée et la fille de parents divorcés et plutôt beaufs, il y avait une magnifique satire sociale de l'Amérique rurale contemporaine à brosser. En lieu et place, nous avons droit à une interminable litanie sur le thème de "oh oui, je t'aime, mon amûr, mais rien n'est possibleuh entre nous, car nous sommes trop différents". Tout ça parce que le garçon met trop de fond de teint.
Au terme de 120 lignes d'introduction, j'en arrive donc au coeur de mon propos, à savoir le billet de Pétronille sur Twilight II (que j'ai vu quelques jours après, les procédés utilisés dans ce but par Cary Grant ne vous regardent pas). Car enfin, elle a trouvé les mots justes, ceux que j'ai vainement cherchés durant un peu plus de trois heures (c'est long). Voyez-vous, le héros, celui qui fait chavirer le coeur de l'héroïne (vous me direz, il est payé pour ça, on va pas non plus lui décerner une médaille), celui que Pétronille nomme très justement l'homme-endive et auquel elle attribue avec raison le charisme d'un"brocoli fané", incarne à lui seul le concept d'erreur de casting. Vous voyez Cedric Diggory, dans "Harry Potter et la coupe de feu" ? Bien. Remémorez-vous sa trogne affligeante de collégien anglais propret et ennuyeux à périr (et d'ailleurs...), votre joie sauvage et légitime à le voir mourir héroïquement (et très bêtement) à la fin de l'épisode et votre désappointement lorsque son fantôme fait une guest apparition dans Harry Potter IV. Eh bien, le héros de Twilight, c'est lui. Non, pas Cedric Diggory, puisque Voldemort l'a tué, vous n'êtes absolument pas attentifs. C'est le même acteur, censé jouer le rôle d'un jeune vampire atypique, révolté et exhalant par tous ses pores l'esprit du romantisme noir. Alors disons-le une bonne fois pour toutes, ce garçon, probablement sympathique voisin et charmant collègue au demeurant, semble aussi transgressif qu'un François Bayrou confronté à la question de la propriété privée.
Je regrette d'ailleurs profondément de n'avoir pas vu, en compagnie de ladite Pétronille, cette ode sublime et existentielle au lien pur qui peut unir deux êtres innocents (car nos deux malheureux héros ne peuvent pas ziguenoupiloupiler comme n'importe quels adolescents confrontés à un début de semblant d'intérêt pour un individu de sexe opposé mais pas forcément). Nous aurions pu échanger nos vues sur l'oeuvre, ainsi que des recettes de cuisine, des cartes Pokémon, nos numéros de sécurité sociale ou n'importe quoi pour meubler les innombrables séquences où il ne se passe rien. J'aurais pu lui dire "ah non, je ne suis pas d'accord, le brundinet à la bouche-coussin (copyright Beulogue), je lui trouve le regard chafouin - vous aurez noté que je n'ai pas écrit "de fouine", j'attends la jurisprudence pour savoir si c'est une allusion à caractère antisémite ou pas - et puis je ne m'assois pas sur la bouche des gens que je ne connais pas. Par contre, quitte à faire semblant de fantasmer (à nos âges et à l'heure qu'il est, que veux-tu qu'il nous reste d'hormones ?) sur des personnes avec lesquelles on n'aura jamais de sexualité tangible, j'opterais bien pour la petite Alice, histoire d'aller au bout de la démarche."
Ou Aro Volturi, qui m'a suffisamment émue pour que je croie jusqu'au générique qu'il était interprété par Matthew Bellamy-le-chanteur-de-Muse (la seule vue de ce garçon m'a toujours un peu dédommagée de ma consternante hétérosexualité), ce qui eût constitué un choix des plus judicieux. Avant d'apprendre qu'il s'agissait en fait d'un acteur nommé Michael Sheen et doté dans la vraie vie d'un sourire assez niais pour jouer dans n'importe quel film avec Meg Ryan. IMDB est le bûcher des illusions.

Fiat lux

PS (tiens, quand on parle de bûcher des illusions...) : je vous dirais bien qu'une adaptation cinématographique n'est jamais à la hauteur du roman qui l'a inspirée mais j'ai lu la première page du premier tome à la Fnac et je ne vous conseille pas la traduction française, manifestement sous-traitée au Sri-Lanka auprès d'une association d'insertion d'analphabètes.

vendredi, décembre 18 2009

Vous avez trente secondes pour vous pendre

Chers petits amis, si vous avez bien suivi tous les épisodes de notre haletante saga : "La main de l'homme a-t-elle déjà posé le pied à Limoges (et inversement) ?" vous aurez relevé que j'ai perdu, afin de me conformer à l'obligation de cohabitation avec mon époux imposée par le Code Napoléon, mon merveilleux travail. Une tristesse insondable m'engloutit. Que vais-je devenir sans mon bouclage hebdomadaire ? Que sera ma vie loin de ce journal dont j'étais manifestement la seule à me soucier dans l'indifférence même pas polie de mes employeurs ? Et maintenant, que vais-je faire ?
Afin de nous poser la question de concert, M. Paul Emploi m'a invitée à prendre le thé chez lui. Depuis la fusion redoutée tant par les agents de feu l'Anpe que par ceux des assedic, je te prie de croire que les choses ont bien changé. De l'efficacité avant toute chose. J'ai donc téléphoné, il y a peu, aux services réformés ayant la lourde responsabilité de me trouver un poste, si possible passionnant et bien payé, non je rigole. Une dame charmante m'a répondu au bout d'à peine cinq minutes d'attente et d'humiliation durant lesquelles tu espères bien que personne ne t'entend dire bêtement "inscription" à une machine. Elle m'a fixé un rendez-vous dans l'après-midi du 22 sur un site Pole-emploi que nous conviendrons de nommer A. Alors que je lui demandais l'adresse exacte du lieu, elle m'indiqua que tout serait précisé dans un courrier ultérieur avant d'ajouter que mon inscription était d'ores et déjà prise en compte. Cette réactivité ne laissa pas d'alerter la défiance que des années d'expérience en tant qu'usager des services de l'Anpe (oui, je cherche du travail même quand j'en ai, chacun sa névrose) ont solidement forgée.
Quelques jours après, je reçus le courrier promis. Ce dernier me demandait de me rendre sur le site B, avant le 22, impérativement en matinée. Bien. Je vois qu'on est joueur en décembre. Je téléphonai donc derechef à la machine qui oblige les gens normaux à s'exprimer comme des supporters de foot (ou de rugby, si tu veux, point de discrimination en ces lieux). Au mépris des anathèmes de ladite mécanique infernale qui s'entêtait à me répéter toutes les soixante secondes qu'il me restait plus de trois minutes d'attente, une créature humaine finit par me répondre. Elle n'en savait manifestement pas plus que moi mais prit un ton résolu pour m'intimer de respecter le rendez-vous téléphonique. Elle ne put pourtant conserver sa belle assurance lorsque je lui demandai s'il était normal, sachant que j'habitais à 300 mètres du site C de Paul Emploi, de me voir successivement convoquée dans deux agences situées de l'autre côté de la ville. "Euh ben oui, si c'est pour calculer vos droits, c'est possible. Mais bon, demandez à être convoquée près de chez vous pour la prochaine fois." C'est là que j'ai réalisé : je pourrais avoir son boulot à elle. Et j'ai arrêté de me plaindre.

vendredi, janvier 23 2009

La science des ânes

J'éprouve, d'aussi loin que je me souvienne, une défiance confinant à l'aversion pour les correcteurs qui ne boivent ni thé ni café. J'ai désactivé celui de word sans même lui laisser l'occasion de faire ses preuves. Des bouffées de violence me suffoquent lorsqu'un quelconque me vante béatement les mérites de telle ou telle béquille électronique à l'usage des handicapés de l'accord.
Non que je nie à quiconque le droit d'écrire en dépit d'un sens de l'orthographe en coma dépassé - Victor Hugo lui-même commettait de splendides fautes, alors hein, tout est dit - simplement ne venez pas m'asséner qu'une intelligence binaire peut remplacer des siècles de capillo-traction au service de cette langue de sadiques compulsifs qui est la nôtre.

Et là, sous vos yeux ébahis, démonstration. Tapons "correcteur" chez notre meilleur ami Google. En tête de liste, figure le site "bonpatron". Bien, dépassons la raillerie facile, nous savons tous que ce nom est stupide, qu'un bon patron est un patron mort, un peu de munificence mes amis, laissons-leur une chance. Proposons donc au miraculeux logiciel censé guérir les écrouelles grammaticales, une courte phrase truffée de vilenies orthographiques, inspirée par la merveilleuse série intitulée "Shuriken School" que mon fils, quatre ans, me fait subir à l'heure où j'écris ces lignes : "l'épreuve était part trop ardu, il est tombé du toi."
Que nous répond alors notre petit génie de l'orthographe ? Que tout va bien dans le meilleur des mondes, si ce n'est un léger doute sur "part" parce que bon, "si le sujet est féminin, le dernier mot doit terminer par e". Tristesse infinie.

"Saviez-vous que BonPatronPro ne coûte que 15$ (environ 10€) ?", nous annoncent, toute honte bue, ses concepteurs. J'en ris encore.

dimanche, juin 15 2008

Y a plus d'saisons

Ce matin, j'ai lu "Il fera beau demain", un album sorti il y a quelques mois. C'est l'histoire d'un garçon qu'aucune goutte d'eau ne peut toucher qui rencontre une fille dont le plus grand plaisir est de marcher sous la pluie. Poétique, naïf et doucement mélancolique, avec un je ne sais quoi de Bidouille et Violette. Rien que du bonheur à l'heure des croissants.