Ce matin, à l'heure où j'aurais dû me trouver dans mon bureau, je lus sur un crayon de khôl : "respecte les yeux sensibles".
Je ne pus alors que déplorer le manque de discernement d'une espèce qui accorde aux yeux ce qu'elle refuse obstinément aux âmes.
Fiat lux (pour les plus jeunes)
Méditations mystico-gélatineuses
lundi, mars 5 2012
For a pair of brown eyes*
Par Miss SFW le lundi, mars 5 2012, 12:50
mercredi, janvier 4 2012
Here they come, the beautiful ones
Par Miss SFW le mercredi, janvier 4 2012, 21:14
Je ne lis jamais les journaux ou plus exactement jamais en période dépressive car j’ai l’instinct de survie très chatouilleux. Hélas, durant mes rares parenthèses d’euphorie, je ne répugne pas à m’emparer d’un quotidien français ou espagnol, histoire de réaliser à quel point mon espèce est consternante et dans quels abysses sidérants a sombré ma chancelante maîtrise de la langue de Perez Galdos, ces deux perspectives me précipitant dans des affres de souffrance d’égale intensité et me ramenant immanquablement à l’état antérieur de prostration geignarde.
Avant de me rouler de nouveau en boule, je tiens à vous faire part de ma découverte du jour : le docteur Dukan n’est point mort et, en dépit des immenses espoirs placés dans l’escalope de dinde et les bâtons de surimi king size, il ne s’est pas encore étouffé. Pour ceux qui l’ignoreraient, le docteur Dukan est devenu fort riche en prônant l’ingestion massive de protéines, méthode qui n’a pas fait toutes ses preuves pour maigrir mais multiplie sans coup férir votre empreinte écologique par dix. Sur ce dernier point, les résultats sont garantis. Ce monsieur, donc, proposait par l’intermédiaire d’un quotidien humoristique, à savoir le Parisien qui, depuis des décennies, fait du journalisme pour de rire, d’accorder aux lycéens minces des points supplémentaires en vue de l’obtention de leur bac.
Quelle brillante idée. Au passage, M. Dukan confirme que le cerveau se nourrit exclusivement de glucides et non de protéines. Empêchons donc les gros d’avoir leur bac. De toute façon, les bancs de la fac sont trop étroits pour eux et personne ne leur donnera de travail. Parce qu'ils sont gros. Motivons les jeunes et construisons tous ensemble des générations d’anorexiques. Enfin une réponse intelligente à la crise économique et à la surpopulation. Comme ils disent chez Ikea, l'espace ça se crée.
Au surplus (pondéral), vous n’aurez pas manqué de noter la crédibilité qu’un tel aménagement donnerait au bac.On ne le dit pas assez mais les maths, le français et la philo sont scandaleusement discriminants. Des jeunes ratent leur bac au seul motif qu’ils sont mous du bulbe et ont passé leurs cinq années de lycée à tripoter leur smartphone en vue de télécharger des sonneries du meilleur goût. Ne tolérons plus cette injustice. Réformons, mes amis, cette institution inique et mettons à l’honneur les savoir-faire qui révèlent l’esprit éclairé de nos adolescents. Réclamons à grands cris l’option maquillage pour les filles et cartonnage capillaire pour les garçons, la dominante « sms à orthographe créative », le module « ricanement hystérique avec mes crétins de condisciples en prenant toute la largeur du trottoir ». Cessons de vouloir enseigner à tout prix une jeunesse innocente qui ne demande qu’à vivre. Consommo ergo sum, nous crie désespérément cette génération sacrifiée à l’ennui des ouvrages poussiéreux dont nous voudrions l’abrutir, alors qu’au dehors la brise apporte le frais parfum de l’insouciance et que c’est bientôt les soldes. Insensés censeurs que nous sommes, on n’arrête pas le déferlement joyeux et triomphant de la jeunesse. Laissons-les vivre selon leur nature véritable, demandons-leur seulement d’être beaux, minces, bien coiffés et construisons tous ensemble un avenir radieux et enfin photogénique.
vendredi, novembre 11 2011
Jesus came to my birthday party (when i was seventeen)
Par Miss SFW le vendredi, novembre 11 2011, 21:57
Ce brillant morceau d'indie folk que j'écoute en boucle dans ma voiture m'a, l'autre jour, plongée dans les périlleux abîmes du souvenir.
J'avais 17 ans, je n'habitais plus chez mes parents, j'étais en terminale et j'avais décidé que la philosophie allait répondre aux douloureuses questions qui me taraudaient, depuis la dernière année de maternelle pour certaines. Je déployais donc un zèle acharné dans l'étude de cette matière, effort d'autant plus méritoire que je me heurtais à un rapport travail/résultats particulièrement décevant.
Je n'avais commencé à établir un semblant de rapports humains avec mes contemporains qu'en entrant au lycée et encore ces relations étaient-elles demeurées embryonnaires durant l'année de seconde. Hormis quelques rares élus qui trouvaient grâce à mes yeux hautains, je considérais la masse de mes congénères comme nulle et non avenue. Je méprisais préférentiellement les capitaines de l'équipe de football et leurs pom-pom girls version franchouillarde qui portaient pour 2000 francs de vêtements, n'avaient pas d'acné et faisaient rêver la plèbe. Deux mâles alpha attiraient prioritairement mes foudres. Fils de notables locaux, aussi méprisants qu'incultes, ils étalaient bruyamment leur vacuité crasse sur les sièges du fond du bus que je prenais matin et soir. Ces enfants chéris du sort, adulés par leur famille, qui attendaient sereinement leur héritage en végétant derrière leur sourire de star et leur coupe impeccable avaient le don de m'agacer. Je me souviens m'être souvent et copieusement gaussée de l'un des deux, dont l'indigence intellectuelle était particulièrement manifeste, avec un camarade aussi binoclard et helléniste que moi. Nous étions, nous aussi, de petits cons.
Puis vint la terminale et la rétive philosophie. Je m'échinais, ce soir-là, sur une dissertation, dont j'ai oublié le sujet, et je m'interrogeais sur l'existence de Dieu. Ecartelée entre Freud et Descartes, je ne savais quel parti choisir. Mes capacités de réflexion étaient parfaitement dépassées par cette question et je commençais à me demander si la philosophie m'apporterait autre chose que le sentiment d'être fort sotte. Là-dessus, le téléphone sonna. C'était ma mère. Elle me demanda si je me souvenais des deux fils prodigues précités. Je lui dis que oui. Elle m'asséna alors qu'en rentrant de discothèque en compagnie de deux jeunes filles de leur âge, deux soeurs, leur voiture avait quitté la route pour s'écraser dans une vigne en contrebas. Ils avaient brulé vifs, tous les quatre et des témoins les avaient entendu crier. J'ai raccroché. J'ai pensé à leurs vingt ans qu'ils n'auraient pas, à leurs parents, à cette horreur sans nom et j'ai compris qu'il y aurait désormais une question que je ne me poserais plus.
jeudi, mars 10 2011
My beloved monster
Par Miss SFW le jeudi, mars 10 2011, 11:08
Alors que je tentais de distraire un peu mon ennui en traînant sur Facebook, je faillis suivre le lien qui m'enjoignais de m'esclaffer bêtement devant une video de Rage against the machine sur la chanson de Denver le dernier dinosaure. J'ai déjà été traumatisée par les Foo Fighters vs Patrick Sébastien, alors maintenant que l'effet de surprise s'est estompé, il ne me reste plus guère de raisons de visionner ce genre de sottises. Pas même le gris et poisseux désoeuvrement qui, jour après jour, instille son venin.
La présentation de ladite video précisait : "le générique du dessin animé de la fin des années 80, Denver le dernier dinosaure, si il y en a qui s'en rappellent". Premièrement, on élide le "i" à la fin du "si" lorsqu'il est suivi d'un mot commençant par une voyelle ou un "h" muet. Deuxièmement, sachez, Monsieur ou Madame, que ma mémoire est impitoyable, que la malédiction me poursuivra probablement jusqu'au bord de la tombe (la maladie d'Alzheimer, cette fieffée salope, s'attaquant d'abord aux souvenirs récents) et que je suis condamnée à me souvenir prioritairement de mes pires embarras et des plus dérisoires détails d'une existence pour l'instant sans grand éclat. Les paroles de Denver le dernier dinosaure figurent, bien évidemment, en bonne place parmi les souvenirs inutiles qui encombrent mon disque dur interne. Je pourrais donc vous les fredonner sans hésitation, n'était un scrupule bien compréhensible à l'endroit de ma crédibilité punk déjà vacillante.
Or donc, les paroles du générique sus-évoqué me paraissent des plus suspectes, eu égard à la vulnérabilité de leur public. Je cite : "Denver le dernier dinosaure, c'est mon ami et bien plus encore". Nous ne sommes guère éloignés du limpide "je perdis avec lui tout ce que l'on peut perdre" de Marguerite de Valois évoquant la mort de son frère Charles IX, avec lequel elle ziguenoupiloupilait consciencieusement à défaut de joyeusement. Ainsi, au soir du perfide XXe siècle, des adultes pervers tentaient d'influer sur la sexualité future d'innocents enfants en leur insufflant un coupable et désespéré fantasme zoophile pour des sauriens aussi monstrueux que disparus.
Il n'y a décidément aucune sécurité sur Facebook.
Fiat lux
jeudi, septembre 2 2010
The end has no end
Par Miss SFW le jeudi, septembre 2 2010, 23:04
Rhaaaahaaaaaaa, comme dirait une célèbre blonde en monokini. Je viens de terminer mon mémoire de la mort et par là-même mon master-pari-idiot. Vous vous en contrebalancez intensément mais il fallait que je le crie à la face du monde. Or, à cette heure-ci le monde est couché tandis que vous traînez mollement votre indécent désoeuvrement à la lueur malsaine des écrans.
Et maintenant, quelle direction m'indique mon coutelas d'ivoire ?
Je me permets de vous conseiller une nouvelle visite sur le blog de Constantin où est lancé un jeu-concours des plus conviviaux et d'intérêt général visant à produire des slogans pour construire une société plus juste. Vous me connaissez, dès qu'il s'agit de s'engager pour un monde meilleur, mon implication est totale.
mardi, mai 11 2010
You don't know how lucky you are, boy
Par Miss SFW le mardi, mai 11 2010, 21:26
Il y a peu, Cary Grant et moi, en parents méritants que nous sommes, avons sacrifié un vendredi soir au loto de l'école du Petit Prince. Je précise que celle-ci est publique et située dans un quartier que nous qualifierons de populaire nonobstant le haut niveau de standing de la résidence qui a l'honneur de nous accueillir. Tous les matins, en accompagnant mon fils unique et choyé jusqu'au temple de la République qui est censé lui inculquer les valeurs de notre beau pays, je vois la France d'en bas et j'ai parfois un moment d'angoisse.
D'abord tu as les parents qui font peur : celui qui a les dents pourries, qui mesure un mètre quatre-vingt-dix et ne se balade qu'en treillis (on voit beaucoup moins souvent sa femme dont le voile et la tenue traditionnelle témoignent de cette extrême pudeur qui l'incite à rester enfermée chez elle). Celle qui oublie sa jupe tous les matins, se promène avec un pull qui descend juste en dessous des fesses mais bien au-dessus des talons aiguilles et oublie aussi de mettre une jupe à sa fille (de quatre ans). Celui qui semble avoir dix-sept ans (les a d'ailleurs peut-être) et dont le rôle de père ne lui paraît pas incompatible avec les valeurs vestimentaires et comportementales de la racaille cathodique dont M6 abreuve les petits déjeuners de la France profonde. Celles qui s'agrippent désespérément à la culture du pays qu'elles n'ont connu que pendant les vacances, dialoguent devant le portail de l'école dans un inextricable salmigondis de français et de langues diverses mais ne prononcent plus un mot dans la langue de Molière dès qu'elles s'adressent à leur enfant. A cinq ans, ce n'est quand même pas compliqué de parler deux langues différentes à la maison et à l'école.
Surtout, tu as le cercle des parents disparus. Ceux que l'on ne voit jamais, qui confient les déplacements école-maison aux grandes soeurs de dix ans qui courent durant tout le trajet et jettent les petits dans la classe pour arriver elles-mêmes à l'heure à l'école. Je suppose que chacun a ses raisons et qu'elles sont on ne peut plus respectables et compréhensibles mais disons que pour certains enfants, la vie sera probablement plus âpre que pour d'autres. Et que j'aimerais ne pas le savoir.
Cary Grant et moi ne gagnons jamais rien. Il est vrai que nous jouons peu, voire pas, car nous sommes un couple sinistre. Nous partîmes donc au loto avec la gaieté insouciante de ceux qui savent qu'ils ne ramèneront pas dans leur appartement cinq canards gras certes sympathiques mais tout même un peu trop vivants. La volaille sur pied est un grand classique des lotos de ma région d'origine. Il semblerait que les habitants de Nevarsin soient moins portés sur l'élevage. Pour autant, les lots proposés ne suscitaient pas une convoitise immodérée et la soirée s'est passée à distribuer des places pour le parc d'attraction local, des services à café et des fers à repasser. Le Petit Prince, durant la partie réservée aux enfants, entamait un de ces caprices d'enfants gâtés dont il a le secret, au motif qu'il n'avait rien gagné, ce qui était en soi proprement scandaleux. Afin de conserver mon calme et de ne pas le hacher menu, je tâchai de ne pas penser à sa chambre qui ressemble à un entrepôt de JouéClub, ni à l'ordinateur personnel de ce petit monsieur, ni à sa console Nintendo DS Lite et ses divers jeux offerts par un grand-père ayant manifestement perdu le sens de la mesure, ni à sa garde-robe composée de vêtements de marque parce qu'une de ses grands-mères considère que le jean d'un enfant de cinq ans doit impérativement être signé Levi's et son tee-shirt Esprit ou Mexx. Pendant que le charmant bambin geignait spasmodiquement comme un caniche sous acides : "mais pourquoi je gagne jamaiiiis. Je veux gagneeeeeer" , je me concentrais sur les numéros de son carton. Or, nous jouions pour le lot de la soirée, à savoir une télé-lecteur dvd qui suscitait des cris hystériques chez nos voisins de moins de douze ans dès que l'un de leurs numéros était annoncé.
Figurez-vous que le Petit Prince l'a gagnée. Je l'ai donc accompagné jusqu'à l'estrade où elle devait lui être remise. Là, une très belle petite fille de dix ans que je croise tous les matins son petit frère à la main, s'est approchée de moi et m'a dit tristement : "il ne me manquait que trois numéros". De ses grands yeux sombres aux longs cils noirs, cette jeune fleur orientale qui aurait immanquablement inspiré de splendides alexandrins à Victor Hugo, a regardé mon fils et m'a demandé : "c'est lui qui a gagné ?". J'ai répondu par l'affirmative. Elle a fixé le Petit Prince deux secondes et, d'un ton ferme, a décidé : "c'est bien", avant de posément se rasseoir.
Je savais depuis longtemps que le hasard était un pourri mais j'ignorais qu'il fût, en outre, de droite.
Fiat lux (et puisque le destin ne respecte rien ni personne, moi non plus)
jeudi, janvier 28 2010
Peur bleue
Par Miss SFW le jeudi, janvier 28 2010, 10:58
Etant l'infortunée propriétaire d'un enfant de cinq ans, aussi fatiguant qu'un husky hyperthyroïdien mais infiniment plus coûteux en croquettes, j'ai l'immense douleur de subir dans mon salon la pollution sonore que m'imposent ses goûts particulièrement douteux en matière cinématographique.
Or, le chérubin s'est pris de passion pour les dessins animés de mon enfance (la vôtre également, si vous aussi êtes vieux et usés par cette vaine et morne existence dont l'unique joie aura finalement été cet éclair au chocolat dégusté dans la rue en 1992... Mais je m'égare). Barbapapa et les Fous du volant peuplent donc mon quotidien tout comme ces petits êtres bleus qui sont toujours heureux, bien que souffrant d'une terrible addiction à la salsepareille. Comme vous le savez, l'adaptation télévisuelle des schtroumpfs a fait les beaux jours des émissions pour enfants pendant de longues années, au point que plusieurs versions ont été réalisées, les dernières incluant des personnages aussi grotesques que superfétatoires. C'était mieux avant.
L'adaptation des chroniques de la vie en bleu aux nouvelles générations s'est étendue au générique, dont la deuxième version ne restera pas dans les annales du punk-rock. Pour des raisons sentimentales, je me refuse à croire que les dessins animés sont des facteurs déterminants dans l'éducation d'une génération. Il paraît que je pourrais encore vivre trois ou quatre décennies. Dans ces conditions, vous comprendrez que mon âme se révolte de toutes ses forces contre la possibilité, même infime, d'avoir subi l'influence de l'inepte Candy ou du pathétique Goldorak. Je préfère ne même pas évoquer les drogués du Manège enchanté ni Colargol, le pourfendeur de l'éveil musical.
Mais tout de même. Si d'aucuns ont disséqué les contes de Perrault, je me dis que les génériques des dessins animés qui tournent encore, bien des années après, dans nos cerveaux malades doivent bien, par un moyen ou un autre, s'immiscer dans notre inconscient.
Ecoutant vaguement la chanson des schtroumpfs nouvelle version, je faillis perdre une oreille en entendant : "Gargamel et Azrael sont de sacrés casse-pieds, ce qui n'empêche pas les petits schtroumpfs de rire et s'amuser". Voilà qui relève pour le moins de l'euphémisme. Effectivement, je pense que l'on peut, sans craindre l'excès, considérer qu'un individu et son sbire uniquement animés par l'ambition de t'anéantir avec tous ceux de ton espèce sont quelque peu "casse-pieds". Mais bon, si on devait s'inquiéter et interrompre ses aimables sauteries entre amis chaque fois qu'on risque le génocide, où irait-on, je vous le demande un peu. Faut rigoler, comme disait Elie Kakou qui en connaissait un rayon sur la bonne humeur en toutes circonstances.
Et là, je me demande quel est le but secret des paroliers de la chanson des schtroumpfs. Pressentaient-ils la déchéance de notre pays en matière de libertés individuelles comme de séparation des pouvoirs ? Dans une volonté philanthropique, essayaient-ils de préparer les innocents qui seraient bientôt gouvernés par celui dont on ne doit pas prononcer le nom à ce qui les attendait ? "Tu vois mon petit, la garde à vue abusive, la honte sur toi quand tu lis les journaux étrangers, le sentiment qu'on s'adresse à toi comme si tu étais mal-comprenant, bien sûr c'est un peu agaçant. Mais tu sais ce qui serait vraiment casse-pied ? Ce serait d'être exterminé."
Ou alors, une subite réduction des crédits a imposé de restreindre le nombre de versions du générique. Et nous avons hérité de celle destinée aux enfants du Darfour.
mercredi, octobre 21 2009
Long bitch
Par Miss SFW le mercredi, octobre 21 2009, 18:57
Un nouveau lecteur s'étonnait de la longueur des billets du ci-devant espace électronique et insinuait qu'il s'agissait là d'un obstacle à la lecture. Au nom du parallélisme des formes (inutile de ricaner, il s'agit d'une expression juridique, avec tout ce qu'elle implique de morne austérité), j'eusse dû répondre en quelques lignes dans la même rubrique "commentaires". Or, comme il le relevait si justement, la concision n'est pas mon fort.
Je rappelle à votre indulgence que je suis payée pour écrire en d'autres lieux où, vaille que vaille, mon propos doit se contenter des limites étriquées d'une portion de page format tabloïd. L'exercice n'est guère ardu car je n'éprouve pas forcément un intérêt dévorant pour les thèmes qu'il m'est donné de développer. Par ailleurs, l'écriture journalistique, que mon respect absolu du lecteur m'impose, est source de déchirantes frustrations, comme bien vous vous en doutez et un instinct de survie assez compréhensible me commande d'abréger mes souffrances.
Pour autant, je récuse cette superstition fort répandue dans la presse écrite qui sussurre à l'oreille des rédacteurs en chef le chant des sirènes réductrices. Les autoproclamés consultants en communication qui viennent jusque dans nos séminaires nous vanter les mérites d'une écriture toujours plus expéditive voire contractée commencent à me porter sérieusement sur les nerfs (parce qu'en cette saison il n'y plus guère de haricot sur lequel ils pourraient étrenner leurs nike fabriquées par des enfants pauvres).
Car, cher lecteur, sais-tu ce que nous assènent les fameux consultants juste après nous avoir recommandé le minimalisme le plus étroit ? Il faut faire court parce que les gens ne lisent plus. Ils n'ont pas suffisamment de capacités d'attention pour intégrer toutes les informations contenues dans un texte long, ni même de volonté pour s'intéresser à une production écrite dont la lecture les retiendra plus de cinq minutes. Nous journalistes, êtres supérieurement intelligents, devons mixer l'information en tout petits morceaux pour les handicapés du bulbe qui nous lisent.
Voilà pourquoi, quand je suis dans le civil, je n'aime guère que l'on présente à ma lecture un article étriqué. Car non seulement je n'apprends pas grand-chose mais je soupçonne fortement son auteur de me prendre pour une pintade.
Voilà pourquoi aussi sur le présent blog où je me livre à un onanisme littéraire éhonté, je compte bien prolonger mon propos aussi longtemps qu'il m'agréera, quitte à décourager les éventuels lecteurs. Le plaisir, pour solitaire qu'il soit, n'en reste pas moins du plaisir.
Fiat lux
lundi, juillet 20 2009
Motorway to Roswell
Par Miss SFW le lundi, juillet 20 2009, 18:29
Depuis pas mal de temps déjà, je cherche la porte entre deux mondes que nous traversons immanquablement, Cary Grant et moi, quand nous rendons visite à ses parents. Bien qu'invisible, ce passage existe. J'en ai l'indubitable preuve à chaque repas familial que Dieu fait. Encore que j'ignore le nom de la divinité tutélaire qui sévit sur leur planète.
Hier encore, ma sémillante belle-mère a trahi ses origines extra-terrestres en clamant imprudemment : "je ne comprends pas pourquoi ils ont fait un enfant si c'était pour se séparer un an après".
C'est officiel, la mère de Cary Grant a jailli d'une faille spatio-temporelle. Dans sa galaxie à elle, tu décides de ton présent en fonction de ton avenir. Ce qui est quand même, convenons-en, la très grande classe. Mais reste parfaitement inaccessible aux pauvres mortels dont je fais partie. Je sais maintenant pourquoi son regard se fait consterné lorsqu'il se pose sur moi.
lundi, juin 15 2009
GoodCleanFun
Par Miss SFW le lundi, juin 15 2009, 20:10
Hier, écrasés de soleil et de fatigue au terme d'un week-end particulièrement dense, nous allâmes, un ami cher et moi, nous affaler à la terrasse ombragée d'un café toulousain.
Alors que je me lavais les mains au lavabo, je posai machinalement les yeux sur un distributeur métallique à quelque 50 cm de là dont la forme parallélépipédique rectangle et la couleur blanche ne laissaient guère de doute quant à son contenu.
Or, que vis-je, au travers du brouillard qui voilait mon regard épuisé ? Une brosse à dents. Parfaitement. Un cerveau malade a inventé le distributeur de brosses à dents jetables avec monodose de dentifrice intégrée.
Mais qui peut avoir besoin de se brosser les dents, là tout de suite, après son Orangina ou sa tasse de café ?
Au mur, était également accroché un sèche-mains soufflant qui, sous le fallacieux prétexte de faire sa besogne en 10 secondes (c'était écrit dessus), soufflait à 450 km/heure dans le but manifeste de décoller les ongles des honnêtes gens.
Je compris à ce moment-là que j'avais basculé dans la quatrième dimension. En conséquence, je commandai une salade de gésiers confits tièdes et de croûtons à l'huile au plus étouffant de ce caniculaire après-midi. L'adaptabilité est la clé de la survie.
Fiat lux.
mardi, juin 9 2009
C'est une question de réflexe...
Par Miss SFW le mardi, juin 9 2009, 21:07
Comme vous n'avez pas manqué de l'apprendre, débute en ce moment le procès d'une riche et charmante jeune dame soupçonnée d'avoir dessoudé son encore plus riche banquier d'amant, lequel a été retrouvé vêtu d'une combinaison de latex et perçé de plusieurs trous non mentionnés sur les plans d'origine.
Il semblerait que notre tireuse d'élite ait plus ou moins monnayé ses prestations contre une somme rondelette qui correspondait d'ailleurs aux moyens généreux du monsieur.
Hélas, il n'y a pas d'amour heureux et une malheureuse petite phrase aurait mis le feu aux poudres. "Un million de dollars, c'est cher pour une pute" aurait considéré le futur mort (mais qui ne l'est point ?), dûment ligoté et tout prêt à recevoir la fessée attendue dans l'espoir de laquelle il n'avait pas hésité à prendre un avion suisse, alors que ces compagnies helvètes sont si peu sûres de nos jours. Et que croyez-vous qu'elle fit ? Au lieu de fouetter conscieusement le malheureux (qui l'eût été bien moins, du coup, si je puis dire) en lui expliquant que ahlala, il faut bien répercuter ses charges, ces 35 heures ont tué le petit commerce, tout augmente, c'est l'inflation, voilà-t-y pas qu'elle va chercher un revolver et lui colle quatre balles, au risque d'endommager une combinaison toute neuve. Vous voulez que je vous dise ? Tout cela ne me paraît pas très professionnel.
Quelle honte, tout de même. On ne peut même plus discuter gentiment du coût de la vie, du pouvoir d'achat qui baisse, du prix scandaleux des produits de première nécessité sans finir dans un bain de sang. Mais dans quel monde vivons-nous ?
Non, pas de fiat lux sur ce billet. Ne poussons pas mémé dans les sorties, d'autant que selon mes sources, ce groupe parfaitement dispensable sévit toujours sur les scènes de notre malheureux pays.
jeudi, mars 26 2009
La marmaille, y a des filles faites pour ça
Par Miss SFW le jeudi, mars 26 2009, 22:05
Ce billet de Pétronille - auquel je souscris sans réserve - me renvoyait à la face une problématique insoluble qui me poursuit depuis bien des années : veux-je ou ne veux-je point un enfant ? Suis-je capable de supporter ces petits êtres maléfiques et pestilentiels pour le seul bonheur d'avoir des dessins hideux (que je suis d'ailleurs capable de réaliser moi-même, sans aucune aide) accrochés sur mon frigo ?
A mon âge bientôt canonique, je n'ai toujours pas décidé.
Et avec tout ça, mon fils a quatre ans.
mercredi, mars 18 2009
Maybe on monday he got something to say
Par Miss SFW le mercredi, mars 18 2009, 19:21
Au titre de ma participation à la bonne santé du capitalisme (qui va bien, merci), j'ai conclu une floppée d'assurances qui me garantissent - peut-être - que je toucherai le jackpot quand il ne me restera rien d'autre. Je serai bien contente avec mon chèque à la main devant le tas de cendres sis à l'ancienne adresse de ma maison ou en suivant le cercueil de Cary Grant ou encore bien calée dans mon fauteuil roulant après m'être encadré un platane. Ca me fera une belle jambe, pour le coup.
Bref, je verse tous les ans de rondelettes sommes à nos amis les spéculateurs qui, croyant me combler de bienfaits, m'envoient en retour leur feuille de chou mensuelle, prétentieusement surtitrée "votre mini-mag, plein d'infos pratiques et utiles". Alors d'abord, tu es gentil mais on dit "magazine" et "informations". Ou alors on devient journaliste pour le petit écran. Ensuite, cher confrère, je lis dans l'ours que tu es quatre personnes pour écrire 20 pages mensuelles, abondamment illustrées, en format A5. Non aux cadences infernales, camarade. Du coup, je me dis qu'avec tout ce temps devant toi tu as probablement trempé ta plume dans de l'extrait de talent pur en vue de réinventer la langue de Maupassant. Encore un qui a bien fait de mourir avant la fin du XIXe siècle. Il aura ainsi évité de cruelles désillusions. Et l'intolérable torture de ta prose consternante.
D'ailleurs, cher confrère pluriel, Albert Londres n'a pas disparu dans un naufrage. Il s'est immolé par le feu en pleine mer après avoir lu ta copie.
Loin de moi l'idée de juger ton gagne-pain, qui ressemble fort au mien. Simplement, quitte à faire de la daube, essaie de la bien faire.
On ne m'ôtera pas de l'esprit qu'il y a un insondable mystère derrière l'envie manifestement irrépressible qu'éprouvent toutes les institutions, collectivités territoriales et grandes entreprises d'éditer périodiquement une parution aussi insipide que superflue, dont l'unique mais coûteux mérite consiste à offrir un poste à des travailleurs affligés d'une faible employabilité. Certes, l'humanité est une espèce nulle et non avenue mais se trouve-t-il seulement une personne sur trois pour retirer ces consternants fascicules de leur film plastique avant d'expédier emballage et contenu à la poubelle ?
La prochaine fois que mon assureur ou mon président de Conseil général voudra m'envoyer de la lecture, serait-il possible d'avoir un Librio de Racine ou n'importe quel Balzac ? Même un Pif gadget, je suis preneuse.
mardi, décembre 16 2008
J- 9
Par Miss SFW le mardi, décembre 16 2008, 02:47
J'ai réalisé ce matin - avec horreur - qu'être hétérosexuel(le) impliquait de renoncer à la moitié des opportunités. Ce qui n'est pas rien. Peut-on raisonnablement se permettre de diviser ses chances par deux, surtout si l'on dispose au départ d'un faible capital d'attractivité ?
En vérité je vous le dis, l'hétérosexualité procède sans nul doute d'un excès de confiance.
mardi, août 26 2008
Sic transit gloria mundi
Par Miss SFW le mardi, août 26 2008, 20:45
Entendu ce soir, autour de la table en chêne, entre la quiche et la salade :
- On a été voir un organiste dans l'église de F.
- Ah bon. C'était de la musique religieuse ?
- Non, c'était du Bach.
Forcément.
lundi, mai 5 2008
Sociologie du dimanche
Par Miss SFW le lundi, mai 5 2008, 21:16
En ce jour du Seigneur de l'an de grâce 2008, Cary Grant et moi nous ennuyions poliment, avachis sur l'un des bancs du parc, nous tenant cependant fins prêts à bondir à chaque cascade plus ou moins maîtrisée du fruit de mes entrailles sur le toboggan communal. Dans le gargouillis informe qui tient lieu de langage au petit prodige de près de quatre ans, nous comprîmes les mots "fille" et "feu".
De là, la conversation s'engagea sur le terrain de la criminologie pour les nuls. Cary Grant constata qu'il y avait peu de femmes chez les pyromanes. Ce à quoi je répondis que les femmes étaient de toute façon minoritaires parmi les criminels, quel que soit leur domaine de compétences. Par contre, risquai-je, je me demande si les femmes ne sont pas plus souvent dépressives que les hommes (parfois, il faut savoir meubler).
Au coeur des ténèbres de l'ignorance, l'homme de ma vie de maintenant trouva la lumière de la révélation scientifique et proféra d'un ton solennel : "forcément, si elles sont entourées de criminels, c'est quand même un peu anxiogène".
jeudi, mai 1 2008
Comptine existentielle (et/ou politique, tout compte fait)
Par Miss SFW le jeudi, mai 1 2008, 10:52
Voulez-vous que je vous chante
La romance, la romance
Voulez-vous que je vous chante
La romance du muguet.
(...)
Elle finit comme elle commence
La romance, la romance,
Elle finit comme elle commence
La romance du muguet.
jeudi, février 21 2008
Les sentiers de la gloire
Par Miss SFW le jeudi, février 21 2008, 21:03
Cary Grant vient d'activer la fonction "nombre de lectures" sur le présent blog. Je ne comprend absolument pas comment ça peut marcher et je soupçonne fortement que ce soit du grand n'importe quoi.
N'empêche que j'ai l'impression d'être aussi lue que Barbara Cartland. La référence ultime.
samedi, janvier 19 2008
Germanophobie
Par Miss SFW le samedi, janvier 19 2008, 09:42
Je viens d'acquérir un livre, qui a l'air fort intéressant au demeurant, mais là n'est pas mon propos, sobrement intitulé "l'agression".
Son auteur écrivant en allemand, le titre original était : "Das sogennante böse zur naturgeschichte der agression" (je vous fais grâce des majuscules disséminées n'importe où).
Mes bien chères soeurs, mes bien chers frères, prions pour que l'allemand ne devienne jamais l'unique langue officielle de l'Union Européenne.