Miss SFW

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lundi, juin 29 2009

Jail house rock

Cher lecteur, comme tu ne le sais pas encore, le bâtiment dans lequel j'ai la chance inouïe de travailler jouxte la maison d'arrêt départementale. Si le mardi est jour de visites, le vendredi est habituellement l'occasion de barbecues dont nous profitons olfactivement jusque dans nos bureaux, à l'heure où nous enfournons en vue d'un abject micro-ondage, nos infâmes tupperware de coquillettes au beurre. Ventre affamé n'a point d'oreille ni de coeur, nous nous vengeons alors par de basses railleries sur l'inflammabilité du détenu standard. Que celui qui n'a pas vu cette scène insoutenable du type qui brûle enfermé dans sa cellule après sabotage du plafonnier me jette la première allumette.

Aujourd'hui, c'était la boum de fin d'année et un orchestre, particulièrement doué pour les reprises des Gipsy Kings - non, pas de sociologie pénitentiaire de supermarché, s'il vous plaît - nous a gratifiés de deux bonnes heures qui m'ont définitivement confirmée dans mon amour pour la pop geignarde et le hardcore qui tache.
Preuve que le destin est sans pitié, j'ai reconnu l'immense majorité des titres. Je tiens à ce stade à vous faire part de ma consternation quant à la playlist retenue. "Melody, tempo, harmony", "Clandestino", et "Sur la route" (version de Palmas) dans la cour d'une prison, ne frôlons-nous pas la faute de goût ? Pourquoi pas "Envole-moi", tant qu'on y est.

jeudi, décembre 4 2008

J- 21

Je me souviens très bien de ce que je vous ai écrit ce soir-là. Il y a un an. Il y a un siècle. Il y a une éternité. On ira... Heu non en fait.

A l'instar du surfer naze qui sévit régulièrement dans la vie et donc sur le blog de Mme Krazy Kitty, le chefaillon-du-bout-du-couloir dont je vous narrais les irrésistibles traits d'esprit dans les premiers mois d'existence de ce modeste endroit, a encore frappé et je me vois dans l'impérieuse nécessité de vous livrer ce moment grandiose de bonheur au travail.

Ce jeune monsieur est doté d'une secrétaire, raison pour laquelle il s'autoqualifie de directeur de service et pousse le sens de la hiérarchie jusqu'à lui faire comprendre qu'elle n'est pas censée prolonger ses pauses-thé au-delà de cinq minutes ni bavasser dans le couloir alors qu'elle pourrait fort bien être assise en face du téléphone à attendre qu'il sonne.

Notre champion du progrès social a toutefois réussi à me surprendre encore. Un mercredi, alors que sa secrétaire ne travaillait pas - cette feignasse qui préfère s'occuper de son chiard que saisir des factures - notre ami petit-chef-rayon-choucroute a inspecté l'ordinateur de sa subalterne et a purement et simplement effacé tous les liens des sites qu'elle consulte pendant sa pause déjeuner ainsi que tous les documents personnels, photos du susdit chiard comprises, qui pouvaient éventuellement lui rappeler qu'elle avait une vie personnelle. Il va de soi qu'il n'a pas cru bon le lendemain d'expliquer sa petite manipulation ni même de la notifier. Manquerait plus qu'on ait des comptes à rendre aux larbins, maintenant.

Entre la salade et le fromage je racontais, scandalisée, cette anecdote à Cary Grant qui m'écoutait placidement vomir ma détestation de la médiocrité ordinaire en milieu professionnel. Je conclus par un retentissant : "C'est pas un connard, ça ?" Ce à quoi mon cher et tendre répondit avec ce calme imperturbable et sans appel qui lui permet d'élever notre enfant sans sombrer dans la drogue ni le foot : "Non, ma chérie, c'est un triple connard."

Plus je connais les hommes, plus j'aime mon mari.

... Bon, c'est pas tout ça mais on a un morceau à s'écouter.

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lundi, mars 10 2008

Politès, le citoyen

Au bureau ce matin, nous commentions mollement les élections municipales et cantonales. Les électeurs du département ayant renouvelé leur confiance (comme je le dis bien, on va finir par croire que je travaille dans la presse respectable) à la plupart des listes sortantes, il ne régnait pas une grande excitation parmi nous.
Une collègue, cependant, me fit dresser l'oreille en déplorant qu'une ville voisine de chez elle fût restée dans le giron de la droite. Sachant que la demoiselle vote à gauche (c'est-à-dire à gauche du PS, lorsque cela est possible), je ne m'étonnai pas de ce regret et étais toute prête à partager le fardeau de la déception avec elle en levant un poing rageur vers les ennemis du progrès social.

Las, elle ajouta : "comme la belle-mère de mon cousin était deuxième ou troisième sur la liste, elle m'aurait pistonnée pour un poste planqué. Je suis dégoûtée".

Entendons-nous bien. Je suis parfaitement disposée à aimer l'humanité de toute mon âme mais, à l'instar de la gauche, il faudrait qu'elle m'aide un peu.

mercredi, février 13 2008

La chance de ma vie

Je viens de lire cette offre d'emploi : "Suite au lancement d'un magazine dédié à l'univers des montres et luxe associé, recherchons pigistes ayant connaissance du secteur pour intervention immédiate et récurrente."

Enfin, ma vie professionnelle a un sens.

samedi, octobre 13 2007

Panne d'esprit (part II)

Vous avez été des millions (ou presque, de toute façon à l'échelle de l'univers...) à vous passionner pour le premier volet de notre saga du week-end. Ce deuxième et dernier épisode vient clore le suspense insoutenable dans lequel vous viviez depuis quelques heures. Comme dans tout grand succès cinématographique calibré pour inonder les salles US, notre série se termine par un happy end glorieux qui prouve bien qu'à coeur vaillant rien d'impossible et que tout le monde a sa chance, land of opportunity mon pote, c'est pour ça qu'on n'a pas besoin des gauchistes et de leur exécrable Etat-providence. In god we trust, je te ferais dire.

Ce deuxième épisode débute (et se termine parce que, promis, il est assez court) dans un couloir desservant des bureaux tous semblables, décor facile à trouver dans n'importe quel Hollywood de province et trois fois moins cher en Europe de l'Est.
Au crépuscule d'une journée de travail exaspérante comme tant d'autres, je devisais avec mes collègues, histoire d'entretenir les relations sociales plutôt conviviales qui constituent l'un de mes rares motifs pour aller tous les matins au travail (ajoutez le salaire et vous avez fait le tour de la question).

Un voisin de couloir crut judicieux de me demander mon âge exact pour avoir l'immense plaisir toujours renouvelé de me signaler que je suis plus vieille que lui. Le jeune homme en question, plutôt bien fait de sa personne à mon humble avis, semble corroborer la thèse selon laquelle la Nature est de gauche et évite de trop donner à celui qui est déjà nanti. En l'occurrence, ce beau ténébreux se trimballe une suffisance, fort peu fondée selon mes critères personnels, qui découragerait les meilleures (ainsi que les moins avouables) intentions. Beau et con à la fois chantait Brel qui, en l'espèce, parlait vraiment sans savoir.

Pressentant avant même qu'il ait fini sa phrase que j'allais aimer davantage encore my own personal Cary Grant et me féliciter intérieurement de cet excellent choix conjugal dans les secondes qui allaient suivre, je lui répondis en deux mots. Sa question n'en méritait pas davantage. Et là, se fendant d'un sourire épanoui, frétillant d'avance à l'idée de me balancer le mot d'esprit du siècle, il m'annonce : "tu te rends compte que quand j'avais sept ans, tu avais le double de mon âge !".

Je lui lançai un regard lourd de condescendance, espérant que la leçon d'arithmétique s'achèverait là. Mais non, il insistait lourdement le bougre, prenant l'une de mes collègues à témoin de cette brillante démonstration de calcul mental.
Se croyait-il autorisé à me taper sur les nerfs en raison de son statut de directeur de service à 25 balais quand je ne suis rien qu'une pisse-copie de base avec mes sept ans de plus ? Je ne le saurai jamais.

Je me vis obligée de lui rappeler qu'on ne badine pas avec l'austère duègne que je m'enorgueillis d'être et lui répondis sur un ton peu amène : "La prochaine fois que tu auras une divergence d'opinion avec moi, souviens-toi que j'ai eu, un jour, l'âge de te botter le cul".

Je ne suis pas mécontente de moi.

vendredi, octobre 12 2007

Panne d'esprit (part I)

Pour débuter ce week-end et faire sombrer l'audience de TF1, je vous propose ainsi qu'aux 10 millions de lecteurs qui se succèdent chaque jour sur ce blog - comme s'il y avait autant de personnes alphabétisées dans ce pays - une micro-série en deux épisodes destinée à illustrer auprès des plus jeunes combien il est difficile de nos jours d'espérer une vie sociale digne de ce nom si l'on est privé du sens de la répartie. Celui-là même qui fait de vous la star du lycée après que vous ayez laminé le sot qui se gaussait de votre nom de famille ou de vos nouvelles chaussures et qui vous prédispose à être entouré d'une cour d'admirateurs transis buvant vos bons mots sur les bancs de la fac. Ce cadeau des dieux qui vous permettra d'être élu collègue du mois 376 fois de suite et respecté de vos supérieurs tout tremblants à l'idée de provoquer vos railleries vengeresses devant la foule des salariés de l'entreprise dont vous êtes le Spartacus adulé.

Eh bien voilà, ce don magnifique, je ne l'ai pas. Dans le meilleur des cas, je reste pétrifiée face à toutes les attaques et lorsque mon karma sadique s'en mêle, je me défends avec l'esprit d'un animateur de radio pour djeunes et la verve d'un bulot (à moins que ce ne soit le contraire).
L'autre jour mon employeur - sympathique négrier ultra-libéral qui se donne bonne conscience en usant avec ses employées de ce qu'il prend pour du paternalisme old school et n'est jamais, au mieux, que de la condescendance horripilante et au pire du harcèlement sexuel larvé - mon patron donc, m'a poussée dans mes derniers retranchements. Raccrochez donc immédiatement ce téléphone, inutile d'appeler SOS droits des femmes. Un physique particulièrement peu accrocheur et une convivialité de duègne, période "rois catholiques", me garantissent depuis le début de ma vie professionnelle des velléités de mes supérieurs, inférieurs et égaux. Les attitudes déplacées sus-évoquées concernent exclusivement mes collègues féminines.

Bref, quand je vous dis que j'ai été poussée à bout c'est que nous avons parlé d'argent, sujet sur lequel j'ai fort peu d'humour et encore moins de répartie. Il s'agissait d'une sombre histoire d'augmentation liée à mon ancienneté et qui aurait dû m'être versée depuis une dizaine de mois, n'eût été la méconnaissance totale de ma convention collective par le service compta. Il fallut donc que je frappasse délicatement à leur porte pour leur demander avec subtilité si ça leur arracherait la gueule de la lire en entier.

Là dessus, mon délicieux boss m'indique, non pas entre deux portes mais sur le trajet d'un rendez-vous où j'allais une fois de plus gérer avec lui un dossier qui ne relève pas de ma mission, que bon l'augmentation de salaire il n'a pas le choix mais que pour l'arriéré il préfèrerait que je m'assoie dessus, même si j'y ai indubitablement droit, parce que bon je suis quand même limite une malhonnête de ne pas lui avoir dit lors de mon entretien que j'avais déjà un peu de bouteille.
Comment aurait-il pu le deviner, le malheureux innocent, alors qu'il avait mon cv dans les mains, qu'il a contacté mes anciens employeurs pour s'assurer que je n'étais pas une mythomane ou pire, une feignasse et qu'il m'a embauchée justement pour mon expérience ? C'est vrai ça, j'aurais pu prévenir quand même. Que j'allais coûter l'astronomique somme de 30 euros de plus au bout de quelques mois.

Face à une aussi ridicule péroraison, savez-vous ce que je fis ? J'argumentai. La honte m'engloutit quand j'y repense.
Je m'indignai sottement que l'on pût me reprocher mon salaire, somme toute fort raisonnable, quand j'occupe deux postes pour le prix d'un. Quelle gourdasse. Je me hais.

Alors que j'aurais pu me draper d'un sublime dédain et, brandissant bien haut l'étincelante devise de la couronne britannique, lancer au grossier personnage, dans un haussement de sourcil princier : "Dieu et mon droit. And I fuck you."

samedi, juillet 14 2007

Morticia style

Hier, j'ai décidé (de l'audace, toujours de l'audace) de libérer partiellement mon opulente et honnie chevelure ondulée, ultime vestige d'origines espagnoles, voire maures, irrémédiablement balayées par des générations d'intégration à la française.
Ce que voyant, mon collègue-de-deux-étages-en-dessous, X. (qui ne s'appelle évidemment pas X et a un vrai patronyme que notre exquise délicatesse nous interdit de dévoiler à la morne populace qui traîne son désoeuvrement de blog en blog), fruit d'un improbable croisement entre le grand Duduche et Droopy, aussi loquace qu'un bulot et primesautier qu'un huissier de justice, s'enhardit à exprimer son enthousiame face à mes circonvolutions capillaires.
X : Ah, ça te va bien les cheveux lâchés
Moi : Merci. Hi, hi.
X : Ca te donne l'air moins dur.
Moi : ...