Dimanche dernier, dans le train qui nous ramenait de Laponie, non pardon, de Paris (qu'y puis-je si un vent tout droit venu de Scandinavie soufflait sur la ville des Lumières et conséquemment du caillage ultime ?), Cary Grant et moi somnolions mollement en attendant de retrouver cette bonne ville de Nevarsin. De l'autre côté du couloir, une jeune femme fort élégamment vêtue d'un pantalon de jogging blanc aux écritures dorées et de baskets - directement importées de la faille spatio-temporelle entre les années 80 et nous - aux mêmes couleurs d'un indiscutable bon goût, amenait dans notre wagon un peu de ce chic des banlieues françaises que le monde nous envie. Les inévitables mèches blondes éclairant ses longs cheveux châtains clairs et le blouson en cuir près du corps sur une veste de molleton à capuche complétaient cet atendrissant tableau que n'aurait pas renié Fragonard.
Bien que ne sachant pas m'habiller, si ce n'est pour me protéger du froid et du regard de mes semblables, je n'éprouvais que peu d'empathie pour ma voisine qui d'ailleurs se souciait bien peu de mon opinion, tout occupée qu'elle était à pianoter sur son mobile, indispensable accessoire de la vacuité relationnelle de notre triste époque.
A Chateauroux, trois jeunes gens dont j'aurais parié qu'ils s'habillaient chez le même fournisseur que la blondinette, descendaient honorer la patrie de George Sand de leur indispensable présence. Le premier d'entre eux arrêta son jogging et sa casquette d'apprentie racaille berrichonne à hauteur de ma voisine, la fixa droit dans les yeux et lui cracha à la face : "bi-atch" avant de continuer paisiblement son chemin. La fille eut un regard surpris qui ne dura qu'une fraction de seconde puis feignit n'avoir rien entendu et son visage reprit son impassibilité. Le temps que je me persuade que je n'avais pas rêvé, nos trois aspirants mâles alpha ricanaient déjà sur la plateforme. Ma stupéfaction eût-elle été de plus courte durée, je ne serais de toute façon pas intervenue. Je déteste me faire casser les dents. En outre, il était bien trop tard pour informer la mère du petit génie de son droit à l'avortement.
Ma première réaction fut de plaindre l'infortunée et désormais moins antipathique bimbo puis de bénir la miséricorde des dieux qui m'avait autorisée à naître à une époque et dans une classe sociale où je n'avais pas à essuyer ce genre d'insulte. On ne devrait jamais réfléchir plus loin que le bout de son autosatisfaction. Va savoir pourquoi, j'ai repensé à ces dizaines d'occasions où j'avais eu envie de jeter mon bloc-notes à la face de mon interlocuteur (car je ne porte point de gants) qui venait d'outrager à la fois mon honneur et mon professionnalisme en échangeant avec un de ses semblables une remarque censément amusante et visant à souligner son contentement d'être interviewé par un individu de sexe féminin. La lourdeur de l'élu politique, du leader syndical ou du président associatif atteint parfois des profondeurs difficilement concevables pour le commun des mortelles. L'intéressé ( à défaut d'intéressant) serait d'ailleurs parfaitement indigné de se voir taxé de sexisme quand il croit faire preuve d'esprit et de bienveillance pour la pauvre créature que Dieu a tirée de la côte d'Adam et qu'un sot féminisme a éloignée de ses rôles immémoriaux de maman ou de putain. Car même sous le couvert d'un paternalisme un peu tordu, l'idée est toujours là : le terme "professionnel" n'existe au féminin que pour désigner une pute. Dans mon entourage social, on a le sens de la parabole, on est poli, rien à voir avec les barbares des honnies banlieues. On n'en pense pas moins pour autant.
Eh bien, cher rappeur raté, cher élu de la ruralité profonde, cher cégétiste libidineux, en un mot comme en cent, il va falloir changer de registre. Au risque de vous stupéfier, permettez-moi de vous dire que vos grands-pères traitaient déjà leur voisine de pute. Que si ce "métier" est censé être le plus vieux du monde, je crains que l'insulte associée ne l'ait suivi que de peu. Qu'enfin, votre assimilation de la gent féminine tout entière (sauf votre vénérable mère, bien sûr) à ladite profession est so 2009. La honte sur vous. Le train de la trendy-fashionitude vous a abandonné sur le quai de votre consternante ringardise. A l'époque où l'on change de portable tous les six mois, de canapé tous les cinq ans et de conjoint tous les dix ans (voire moins pour les plus vigilant(e)s, le chauve se démode si vite), je ne saurais trop vous conseiller de renouveler votre stock de lieux communs et d'imprécations. Je vous propose donc désormais d'affirmer sans crainte que toutes les femmes sont des tourneurs-fraiseurs, de lancer impitoyablement à vos adversaires :" ta mère c'est rien qu'une conductrice d'autobus" et de décocher aux voyageuses du Paris-Limoges : "barrister" (ba-rrister si vous tenez vraiment à ajouter une touche personnelle). Ca nous fera des vacances.
* Camarades, fiat lux sur l'album entier où figure ce morceau. Va toucher les nuages du bout des doigts ici et là.
Riot girl
dimanche, février 21 2010
That sinking feeling*
Par Miss SFW le dimanche, février 21 2010, 20:55
vendredi, novembre 27 2009
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Par Miss SFW le vendredi, novembre 27 2009, 18:27
En plein débat sur l'identité nationale, cette question m'a récemment agressée de façon tout à fait inattendue. Il se trouve que je porte un patronyme aux sonorités ibériques évidentes. Il se trouve aussi qu'il ne me reste rien d'autre de ces lointaines origines d'outre-Pyrénées, si ce n'est un type à l'évidence méditerranéen. A la fin du XIXe siècle, un Aragonais parmi tant d'autres avait cru judicieux de s'installer en France et de ne s'y "intégrer" aucunement tout en gardant cette curieuse coutume qui consistait à engendrer un nombre incalculable d'enfants dont l'un d'eux devint fortuitement mon grand-père paternel, peu après avoir épousé une fille de paysans français pur jus. Fin de l'histoire espagnole. Adieu le chorizo, bonjour la blanquette de veau.
Cary Grant, dont l'ascendance ardéchoise - attestée depuis la fin du moyen-âge dans un périmètre n'excédant pas la taille d'une place de village - mériterait une AOC, m'inflige régulièrement son consternant sens de l'humour et croit spirituel de brocarder le mélange douteux de terroirs auquel je dois mon ADN. Le dernier épisode de cette monotone saga consistait en l'échange suivant :
- Oui, alors toi, l'Espagnole...
- Tout le monde n'a pas la chance de descendre d"une lignée ininterrompue d'obscurs cabaretiers jamais sortis de leur village de péquenauds.
- En tout cas, moi je ne partirai pas par le prochain charter.
Hormis ces sympathiques joutes verbales, rien ne me rappelle jamais que ma nationalité puisse susciter l'interrogation. Porter un patronyme espagnol dans le sud-ouest est à peu près aussi banal que considérer le canard comme un aliment de base. Naguère, il m'a même été asséné par une Aveyronnaise certifiée que mon nom lui paraissait très rouergat.
Or, il advint que dans ma recherche d'un toit limougeaud (quelque chose me dit que le camping en Limousin et en décembre est classé parmi les sports extrêmes), je contactai la propriétaire d'une maison qui, en peu de phrases, me rappela irrésistiblement la Tatie Danielle de Chatilliez. Après m'avoir gratifiée de ses préventions contre les chats - peut-on raisonnablement envisager une relation, fût-elle contractuelle, avec quelqu'un qui n'aime pas les chats ? A l'évidence, non - elle me demanda mon nom en vue de fixer un rendez-vous. Je le lui indiquai derechef, préparée par de longues années de déconvenues devant les enveloppes à moi adressées, à l'épeler, lorsqu'un silence pesant interrompit la conversation. Au bout de quelques secondes, cette immonde créature sortit de son mutisme et demanda : "et le prénom ?".
Durant un bref instant, je fus fort contrariée par le manque d'esprit de mes parents qui m'ont affublée d'un prénom on ne peut plus français. Et je décommandai la visite en expliquant que, tout bien réfléchi, sa maison n'était pas assez bien pour mes chats adorés.
vendredi, octobre 9 2009
Creeping out Sara
Par Miss SFW le vendredi, octobre 9 2009, 23:39
Entendant fort mal la langue de Shakespeare et encore moins celle de Joe Strummer (qui soit dit en passant n'aurait guère de leçons à donner en la matière - pour peu qu'il fût vivant - le titre "spanish bombs" constituant à lui seul un motif valable pour le lancement d'une deuxième invincible armada à l'assaut des côtes de la perfide Albion), j'éprouve toujours une joie sans partage lorsque je comprends les paroles d'un morceau anglo-saxon. Cette joie se mue en euphorie quand il s'agit d'un groupe de punk (il y a toujours quelque mérite à parler le langage des sangliers) et en exultation ultime si par chance lesdites paroles ont un quelconque intérêt. Vous m'excuserez mais face à un miracle, il me paraîtrait malséant de bouder mon plaisir.
Il y avait donc de l'enthousiasme dans l'air lorsque le morceau "Creeping out Sara" des Nofx tomba dans mon oreille. Il s'agit en substance du récit - dont on notera la portée aussi autobiographique que tragique - d'une tentative de séduction particulièrement calamiteuse. L'histoire commence (et finit) dans un concert où Fat Mike, dans un état d'ébriété avancée, aborde Sara (de Tegan and Sara) et parvient à se rendre odieux en moins de dix phrases (rien ne remplace le talent) évoquant assez peu finement l'homosexualité de la jeune dame, cette dernière conservant manifestement une courtoisie proprement stupéfiante face à l'adversité. Fat Mike est un garçon plein d'humour et je me gaussais intérieurement tout en l'écoutant s'auto-flageller en rythme.
Lorsque soudain, je saisis toute l'intensité dramatique du propos. Dans un effort (inconsidéré, à son âge) d'autocritique, le frontman de Nofx levait le voile sur un des mystères les plus insondables de l'existence : pourquoi les gros lourds sortent-ils de chez eux ? Pourquoi adressent-ils la parole aux vrais êtres humains ? Pourquoi sont-ils les seuls à ne pas être embarrassés dès qu'ils profèrent ce qu'ils croient constituer une phrase mais qui n'est en fait qu'une succession de borborygmes creux ?
Si par extraordinaire l'un d'entre eux tombait sur ce blog et avait l'incroyable vivacité d'esprit de s'interroger sur l'impression qu'il a pu produire lors de cette soirée où il était tellement beurré qu'il ne se souvient plus de rien (comme quoi la miséricorde existe), il me semble de mon devoir de l'éclairer.
Que peut bien penser une personne de sexe féminin ambitionnant vaguement de passer une charmante soirée voire de rencontrer des gens intéressants (petite utopiste), lorsque Raymond, puant la bière à dix mètres à la ronde, s'approche pesamment d'elle pour lui poser cette question sublime : "comment tu t'appelles " ?. Grâces en soient rendues aux autoroutes de la désinformation, je vais enfin pouvoir, après des années de frustration, répondre à ces légions de répugnants mollusques avinés qui peuplent les discothèques, les concerts et même les soirées chez certaines relations décidément peu sélectives.
"Cher Raymond,
J'espérais un peu que tu allais aborder ma copine car la solidarité féminine a des limites mais je vois que le sort s'acharne. Tout d'abord, évite de me tutoyer car nous ne nous connaissons pas et je ne demande pas mieux que de prolonger cette situation dont je saisis mieux à présent tous les avantages. Tu conviendras cependant qu'avec ton regard vitreux, ta lèvre pendante, ton rire stupide et ton haleine de chacal, il paraîtrait déplacé, voire ironique d'employer à ton bien piteux endroit le vouvoiement. Je te remercie également de ne pas parler trop près de mon visage, car au-delà de l'odeur d'éthanol, un simple postillon sur ma joue me ferait probablement basculer en positif en cas de contrôle d'alcoolémie. Pour ton information, non, je ne suis pas flattée que tu m'aies distinguée entre toutes mes comparses pour me faire profiter de ta brillante conversation, voire plus si je suis assez gentille. Je suis assez lucide, figure-toi, pour deviner que tu choisis tes victimes en estimant tes chances de réussite et que tu penses, un peu sottement je dois t'en prévenir, qu' il est plus facile de convaincre une femelle affligée d'un physique que tu juges médiocre plutôt que sa voisine alpha. Donc non, vraiment, ça ne me fait pas plaisir et non, je ne veux pas boire un verre. Tu auras d'ailleurs la bonté de noter que j'ai un sac à main avec de l'argent dedans, celui-là même que je gagne en travaillant au lieu d'attendre que le chasseur ramène le gibier dans la grotte. En outre (mouhaha), ta simple présence sous mon regard consterné représente un message de prévention des plus efficaces contre l'abus d'alcool. Je devrais d'ailleurs te remercier car mon hétérosexualité me pesait chaque fois que je voyais Drew Barrymore (et Salma Hayek). Ma décision est désormais prise et tu y es pour beaucoup. Je ne saurais trop te conseiller de boire encore un peu avant de prendre le volant puisqu'il paraît évident que seuls les platanes pourraient avoir envie de t'embrasser ce soir. Pour ma part, je vais rentrer chez moi où je suis attendue par mon poisson rouge dont la conversation me manque singulièrement depuis que tu te tiens en face de moi.
Dans l'attente de ton départ que j'espère imminent, je te prie de bien vouloir agréer l'expression de mes salutations pressées (non, on ne se fait pas la bise, j'ai bien du gel désinfectant dans mon sac mais, c'est trop bête, j'ai oublié mon chalumeau et mon autoclave à la maison)."
Fiat lux.
lundi, mai 18 2009
Around the fur
Par Miss SFW le lundi, mai 18 2009, 22:03
Je viens de découvrir l'existence sur Facebook d'un groupe bucoliquement intitulé : "anti putes à fourrures". L'illustration montre une dame blonde vêtue d'un manteau, de fourrure donc.
Méfions-nous des généralisations hâtives. Toutes les putes ne portent pas de fourrure. Et d'ailleurs, a contrario... Non, rien en fait.
Fiat lux
mercredi, janvier 28 2009
... Sauf maman
Par Miss SFW le mercredi, janvier 28 2009, 18:05
Ceci est une publicité. Censément amusante.

Remarque, pour vendre de l'or et des diamants, il ne faut déjà pas beaucoup de face.
dimanche, janvier 25 2009
Pretend we're dead
Par Miss SFW le dimanche, janvier 25 2009, 21:26
Comme je l'indiquais au sieur Constantin, j'ai récemment profité des programmes de qualité des chaînes dites musicales. Ce qui est un évènement en soi dans le cours serein et somme toute heureux de ma vie sans télé. Or donc, j'eus la joie ineffable de m'informer des dernières tendances en matière de chanson à destination de ceux qui paieront peut-être ma retraite, si je le leur demande gentiment. Autant vous le dire tout de suite : je ne suis pas rassurée.
Je fis, à cette occasion, connaissance avec Sheryfa Luna, chanteuse actuelle manifestement relookée par la même copine bien intentionnée que Diam's. Le morceau que j'eus l'heur de découvrir, poétiquement intitulé "Ce qu'ils aiment", offrait une analyse sociologique subtile des relations hommes-femmes dont le fond comme la forme ne manquèrent pas d'éveiller un vif intérêt pour l'amatrice de belles lettres et de sciences humaines que je suis. Chers amis, régalez-vous, n'ayez pas peur, cliquez, mouhahaha (rire démoniaque). Comme quoi, les correcteurs en ligne sont vraiment les meilleurs amis de l'homme.
Je ne dirai mot concernant l'insondable vacuité des paroles, que celui qui n'a jamais braillé Canary Bay dans sa douche lui jette la première pierre, je m'interroge seulement sur l'image de la femme véhiculée par les chansons pour djeunes. Je préfère d'ailleurs en rester à l'interrogation parce que je sens bien que la réponse va m'aider dans le développement harmonieux de mon ulcère. Coincée entre le clip du dernier rappeur à la mode dont les danseuses te font tout à coup penser que tu ne laisserais jamais sortir ta fille habillée comme ça, même si elle était pute, et celui d'une quelconque bombasse américaine qui secoue ses cheveux et ses seins au-dessus d'un piano pour te faire croire qu'elle sait en jouer (du piano), la petite Sheryfa Luna confirme que la crise est partout, y compris dans le textile. Dotée, pourtant, d'un physique pour le moins difficile elle s'évertue durant trois bonnes minutes à jouer les femmes fatales, rôle aussi improbable que celui de lauréat du prix Nobel de physique pour Brad Pitt.
Parce qu'au XXIe siècle si tu es laide, tu n'as pas le droit de chanter. Tu n'as pas le droit de passer à la télé. Tu n'as pas le droit d'exister. Aux chiottes, les Edith Piaf, les Ella Fitzgerald, les Oum Kalsoum. Alors, bravant le ridicule, des Sheryfa Luna se torturent pour tenter de faire illusion parce que leur existence est dans le regard des autres ou n'est pas. Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson, ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson, ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare*. Je leur pardonnerais presque de polluer mon espace sonore. A ces imbéciles.
En vérité je vous le dis, toutes ces manifestations de suffragettes, ces bûchers de corsets, Simone Veil insultée par les représentants du peuple, ça valait le coup les filles. Vous avez bien fait d'en baver pour les générations suivantes. Haut les coeurs. Haut-le-corps, aussi.
*Tu n'imagines tout de même pas que je suis capable d'écrire ça.
lundi, décembre 22 2008
J- 3
Par Miss SFW le lundi, décembre 22 2008, 02:48
Mes chers frères et soeurs,
Avant que nous nous dispersions dans le tourbillon des festivités pailletées où nous attendent des monceaux de chapons ruisselants de graisse, des montagnes de chocolats pur beurre de cacao (on ne plaisante pas avec ça), des océans de foie gras, de bûches aux marrons glacés, de dattes à la pâte d'amande, de truffes, de calissons, d'omelettes norvégiennes... Avant donc que nous savourions ces moments sublimes malencontreusement hypothéqués par la présence aussi saugrenue qu'encombrante de l'inévitable parentèle, j'aimerais que nous ayons une pensée pour tous ceux et celles, surtout celles, qui ne mangeront pas en cette période de fêtes. J'aimerais qu'ensemble nous unissions nos voix pour leur envoyer ce message de paix et d'amour :
- Mais mange donc, pauvre abrutie, tu vois pas que tu es moche ? Tu vois pas que c'est une chance incroyable d'avoir de quoi se nourrir ? Tu vois pas que tu nous gonfles avec ta phobie des lipides ? Tu vois pas que tu pollues ma boîte mail avec ta maigreur sottement revendiquée et tes doigts au fond de la gorge quand des millions de tes semblables se battent pour manger ? Alors tu dégages maintenant, va mourir plus loin. Tiens, prends une truffe avant. C'est Noël, quand même.
Puis arrête les photos de lingerie, tu ne rends pas service à tes soeurs et tu vas rater ton bac avec ces conneries.

vendredi, décembre 5 2008
J- 20
Par Miss SFW le vendredi, décembre 5 2008, 06:48
Alors que Mme Jolicoeur s'étonnait hier de ce qu'une firme spécialisée dans la fabrication de collants la prenne pour une grosse gourde en lui expliquant comment enfiler ces accessoires démoniaques, il m'a paru impossible de vous celer plus longtemps la haine viscérale que je voue à tous ces morceaux de textiles censés habiller les femmes et uniquement destinés à les maintenir dans une situation d'infériorité sociale.
Appelle-moi paranoïaque si tu veux mais je suis intimement persuadée que le port de certains vêtements tels que les collants ou la jupe est une atteinte à la dignité. Je ne parle même pas des talons hauts. Sinon, je vais m'énerver. Comment veux-tu avoir l'air compétente quand tu te tortures à longueur de journée pour t'asseoir sans qu'on voie jusqu'à ton périnée ou pour marcher sans te vautrer minablement. Pas moyen, tu ressembles à une cruche intimidée. C'est l'objectif. Le fauteuil du patron n'existe pas en taille fille.
Cette vieille rancoeur contre les codes vestimentaires en entreprise n'est pas sans évoquer une discussion récente avec un jeune homme qui rappelait à ma mémoire sélective l'incompréhensible existence de la jupe crayon. En vérité, je vous le dis, la jupe crayon est une insulte au bon goût tout comme à l'intelligence des femmes. Hélas, trois fois hélas, il se trouve en ce bas monde décidément navrant, des créatures pour défendre cette ignominie.
Sur l'excellent (c'est bon de rire parfois) site du magazine Elle, cette cruciale question est posée sans tabou : comment porter la jupe crayon ? C'est vrai, ça. On se demande bien. Là, comme ça sans réfléchir, j'aurais tendance à répondre : pourquoi porter la jupe crayon ? Mais je suis hors sujet. Le magazine Elle, par le truchement d'une rédactrice que nous nommerons Linda D. pour que vous ignoriez jusqu'à votre dernier souffle qu'elle s'appelle Linda Degand, nous répond sans détour (je cite) : "C’est beau, c’est féminin, ça rend les minces impériales et les rondes bombesques. La jupe crayon un brin rétro fait son come back. On la porte noire, avec un simple t-shirt gris chiné et surtout, avec de somptueuses chaussures à talons haust (sic), pour élancer la silhouette. Le truc en plus ? Exhiber un sac mythique en bandouillère (sic bis), comme un Chanel, par exemple." Cette petite merveille d'article était illustrée par une photo de Victoria Beckham aka Skeletor.
Sans déconner. Quand je pense que je suis assez vulgaire pour préférer investir dans des études ou de la nourriture qui fait grossir plutôt que dans un sac de bourge, la honte et la confusion m'engloutissent.
Bon Linda, autant te le dire tout de suite, tu n'es pas invitée à prendre le thé chez moi. D'abord, chez moi on se déchausse en entrant. C'est comme dans Totoro, tu vois, t'as le choix entre les pantoufles, les pieds nus ou marcher sur les genoux. Et à genoux en jupe crayon, t'es pas rendue pour arriver jusqu'à la cuisine. Où l'on voit mal ce que tu viendrais faire car, en un mot comme en cent, je ne donne pas dans le menu "ana pride".
Je ne sais pas où je puise la volonté d'être encore féministe.
dimanche, octobre 19 2008
J'en ai rien à foutre du nouveau président*
Par Miss SFW le dimanche, octobre 19 2008, 12:11
A la Une du Journal du Dimanche, cette feuille de chou nauséabonde, démagogique, désespérérement sotte et autoproclamée "journal", vibrant éloge à la médiocrité rédactionnelle ambiante, qui ne peut même pas, pour des raisons d'hygiène évidentes, servir à emballer le poisson:
"Exclusif : on a piraté le compte bancaire du Président"
Réponse du berger à la bergère :
Exclusif : on s'en fout.
Pensez-vous que je puisse encore faire annuler mon mariage avec Cary Grant pour dissimulation de lecture du JDD ?
*Tiens, culture-toi, un peu.
dimanche, septembre 21 2008
Desperate fight (*)
Par Miss SFW le dimanche, septembre 21 2008, 19:06
Alors même que je vous promettais (un peu inconsidérément, je m'en aperçois à présent) des lendemains qui chantent et des billets plein d'amûr et de tendresse, l'affreux Destin s'interposa et balaya toutes mes bonnes intentions philanthropiques. Je feuilletais il y a peu un magazine de décoration - assise au milieu du salon et faisant face au désastre, je commence à me demander si le magazine de décoration n'est pas à l'esthétique des intérieurs de ses lecteurs ce que la revue pornographique est à la sexualité de ceux qui l'achètent - lorsque je tombai là-dessus :

A la base, le magazine Marie Claire se voulait féministe. Ca nous fait déjà un point commun. Seulement on ne doit pas en avoir la même définition.
Par exemple, si j'étais une vraie femme selon Marie-Claire, j'irais tout de suite à l'essentiel et je m'écrierais en voyant la couverture ci-dessus : "Hiiiiiiiiii, le fuseau avec des escarpins !!! J'adoooooooooore !!! Je ne pourrai plus jamais rien porter d'autre. Hiiiiiiiiiiiiiiii".
Si j'étais une vraie femme, je ne pourrais décemment pas être féministe et défendre le droit d'être considérée. Ca tombe bien, parce que les vraies femmes ne sont pas féministes, elles savent rester à leur place, elles. Entre la rubrique beauté, les pages cuisine et la chronique enfants.
* : Pour ceux qui l'ignoreraient (à peu près tous les gens normaux, en fait), Desperate Fight Records est un micro-label suédois spécialisé en hardcore qui tache. Leur compilation "straight edge as fuck II" m'avait permis de découvrir les richesses insoupçonnées de la Suède - Refused et Shield en particulier - et, accessoirement avait changé ma vie. Comme quoi, il y avait un peu d'amour dans ce billet.
dimanche, juillet 13 2008
Les suprêmes dindes
Par Miss SFW le dimanche, juillet 13 2008, 21:32
Ce week-end j'ai accédé, telle une altière infante couverte de passementeries et de pierres précieuses concédant la vue de sa blanche main à l'adoration du vulgaire, à la prière muette que m'adressait l'oeil de cocker de Cary Grant. J'ai donc sacrifié deux jours à la visite quasi-mensuelle à mes beaux-parents. Alors même que j'étais en plein chaos pré-menstruel. Vous conviendrez que j'ai fait preuve d'une mansuétude peu commune tandis que Cary Grant prenait des risques inconsidérés. Une fin de repas a d'ailleurs failli tourner au pugilat entre belle-maman et moi mais c'est une autre histoire.
Pour des raisons que n'importe quel individu doté de beaux-parents comprendra aisément, lorsque je rends visite à ce sympathique mais ô combien différent couple de jeunes retraités, je lis beaucoup. Sans discrimination. Me voilà donc embarquée dans le Femina de cette semaine. Oui, mes beaux-parents lisent la Détresse du Midi. C'est bien triste.
Emma de Caunes, sémillante presqu'actrice qui s'est faite presque toute seule occupait la une de l'hebdomadaire censément féminin sus-cité. La citation en gros caractères qui voisinait avec son minois photoshopé en disait long sur la profondeur quasi-métaphysique de l'interview précieusement enchâssée dans les pages suivantes : "je rêve d'incarner Elvis Presley". Avec 30 kilos de plus au compteur et en se laissant pousser les rouflaquettes, c'est jouable. Bon après, il faut aimer les talons compensés et les pattes d'eph pailletés qui, avouons-le humblement, n'avantagent pas toutes les silhouettes. Précisément, la suite de la "rencontre" avec Mademoiselle-la-fille-de évoquait sa passionnante existence au coeur du monde impitoyable de la mode. Et là, qu'apprends-je (sans aucune mise en condition psychologique, vous imaginez le choc) : pour préparer sa montée des marches à Cannes, Emma de Caunes a enchaîné les essayages de robes, les rendez-vous chez le coiffeur et autres activités visant l'auto-dépassement pendant plus d'un mois, obéissant scrupuleusement à un inflexible emploi du temps dénué de la moindre oasis de répit, s'extasiait la journaliste. Quand je pense qu'il y a des femmes qui ont la chance de travailler à la chaîne à l'usine - et donc de pouvoir s'habiller chez Tati sans se soucier de l'implacable regard des cameras - qui osent encore se plaindre... J'en frémis d'indignation.
Je poussai plus loin ma lecture afin de me distraire de cet accablant constat quand j'abordai la rubrique cuisine de Julie Andrieu, délicieuse créature qui est à la gastronomie française ce que le couteau est à la purée (copyright Fatals Picards). Celle-ci expliquait comment préparer un plat à base de canard dont j'ai oublié jusqu'au nom (le nom du plat pas celui du canard qui s'appelait Charles-Henri, comme tout le monde) et indiquait doctement que le fin du fin, messsieurs-mesdames, c'est le canard étouffé. C'est meilleur, paraît-il. Et là, tout de suite, je pensai au roman autobiographique de Cavanna "l'oeil du lapin" à la fin duquel il raconte sa stupeur horrifiée face à ces gens qui saignent un lapin en lui arrachant l'oeil, "parce que c'est meilleur". Notre Julie Andrieu nationale s'auto-absolvait en ces termes charmants (citation approximative, je n'apprends pas par coeur la rubrique cuisine de Femina) : "un peu cruel mais vos invités vous en seront reconnaissants".
Et mon pied dans ton cul refait de cagole du seizième, la patrie m'en serait pas reconnaissante, par hasard ?
mercredi, juin 18 2008
Le charme discret de la bourgeoisie
Par Miss SFW le mercredi, juin 18 2008, 19:01
Aujourd'hui j'ai reçu ça dans ma boite aux lettres électronique (Excalibur mon amour, pardon de n'avoir pas su te protéger) :

En fait, c'est une galéjade d'une rare élégance pour vendre des jantes ou des roues de voitures (je n'ai pas cherché à en savoir davantage) à une clientèle dont on ne surestime manifestement pas les capacités intellectuelles ni la distinction.
Dans la vie, certains choix sont plus difficiles que d'autres : cocktail Molotov ou feu grégeois ?
jeudi, février 14 2008
Is he (for) real ?*
Par Miss SFW le jeudi, février 14 2008, 19:11
Bien chères Killer Queen, Krazy Kitty, Pétronille et autres estimables demoiselles qui hantez ce blog, pour cette Saint-Valentin, je tiens à vous offrir un somptueux présent, que la divine providence a placé sur mon chemin alors que je cherchais "prestige de la République" chez Google : dix bonnes minutes de plongée dans le monde quasi-irréel du sexisme (et du racisme, ne boudons pas notre plaisir) poussé jusque dans ses ultimes retranchements. Enjoy.
* Merci à Krazy Kitty pour cette expression flambant neuve extirpée de ma sacoche à formules classieuses.
vendredi, février 8 2008
Diamonds are a girl's best friends
Par Miss SFW le vendredi, février 8 2008, 18:00
Jamais auparavant je n'avais remarqué qu'il y eût un tel battage publicitaire autour de la Saint-Valentin. Soit que mon contact somme toute assez intermittent avec la réalité se soit débranché chaque année vers cette période, soit que les grands chefs des départements marketing aient subitement décidé de faire raquer les non-célibataires, il est impossible depuis quelques jours d'échapper à cette déferlante de messages vantant la rémunération des sentiments.
Le sexe tarifé, rien de nouveau, l'humanité connaît depuis un moment déjà, depuis si longtemps d'ailleurs que l'on est en droit de se demander si nous n'avons pas été un peu vite en besogne en nous autoproclamant comme l'espèce la plus évoluée de cette planète. C'est un autre débat, que nous n'aborderons pas ce soir, des footballophiles cuvée 2006 ou même des pseudo-libertins s'étant peut-être égarés dans ces colonnes.
Après la peur du cancer et celle du chômage, les publicitaires nous poussent dans nos derniers retranchements (ah, les acculés) et brandissent sous notre nez le spectre affreux de l'abandon. Figure-toi, qu'alors que tu galopes comme un hippocampe magique dans les plaines riantes de l'insouciance, tu pourrais perdre la santé, ton boulot ET ta femme.
Victime comme vous, malheureux citadins surexposés à la propagande mercantile, de ce terrorisme affectif, je reçois dans ma boîte électronique quantité de messages visant à me faire acheter le poids de Cary Grant en bouquet de roses (auquel cas je vous conseille d'investir rapidement dans des actions Meilland, le cours va monter en flèche).
Ma bonté me perdra, je vous ai gardé le meilleur. A la fois mesquin, grossier, sexiste, démago, stupide, laid et culpabilisant.
Je ne sais pas si vous me méritez.

Bo de circonstance : Valentine des Get up kids (avec un montage amateur emo-kitsch, je ne vous dis que ça).
mardi, février 5 2008
Le fruit de nos entrailles
Par Miss SFW le mardi, février 5 2008, 21:00
Dans le cadre du métier-qui-me-fait-vivre, je cherchais désespérément de quoi remplir ma rubrique "vie pratique" avant que ne sonne le glas d'un bouclage qui s'annonce particulièrement douloureux. Dans un moment d'égarement, je me dis que les services de communication des différents ministères, généreusement appointés par nos impôts pour nous inonder de leur prose obséquieuse inspirée de leurs frétillements compulsifs contre la jambe de leur maître, me devaient bien un petit coup de main en ce moment difficile. Depuis des années, je supporte sans sourciller (enfin des fois je pique un fou rire, mais c'est dans le secret de mon bureau en close space) leurs dossiers de presse d'une insondable vacuité, j'espérais donc, vainement comme je le compris par la suite, trouver dans leur abondant dégueulis de léchouilles serviles, une petite information qui me permettrait de finir ma colonne et me consacrer au compte-rendu d'assemblée générale pleine page que j'étais censée rendre accessible, digeste, voire distrayant.
Quand tout à coup, au détour d'une page d'archives de communiqués du ministère de la santé, je tombai sur ça :
Regardez bien la photo. Regardez mieux.
Outre la posture à pleurer de rire du médecin (d'ailleurs, au passage, on dit UN médecin et UNE infirmière), je suis restée subjuguée par les jambes de la parturiente. Impeccablement épilées, fuselées et satinées par un léger gloss pour le corps, ça c'est de l'accouchement glamour.
Informée par les services secrets du jeune âge de la plupart des deux lecteurs de ce blog, je me fais un devoir de leur indiquer que le miracle de la naissance est un moment incroyablement répugnant, douloureux, angoissant et humiliant jusqu'à la moelle des os. Et qu'une femme enceinte ou qui vient de l'être se transforme assez souvent en repoussoir obèse et flasque.
Dans son infinie sagesse, Dame Nature s'est arrangée pour que la femelle fécondée ne fasse pas perdre son précieux temps au mâle reproducteur et pour qu'il se détourne instinctivement d'elle. En un mot comme en cent : Dame Nature est une infâme connasse.
Plusieurs heures après, je reste stupéfixée par cette illustration ministérielle qui laisse à penser que le service communication est entièrement composé de célibataires de moins de trente ans. J'hésite entre l'attendrissement (mais qu'ils sont naïfs, ces jeunes) et la consternation devant le terrorisme de la perfection physique et ce qui pourrait bien être une énième pierre de la muraille de Chine qui confine les femmes dans leur second rôle de poupées ô combien jetables.
Voici donc ma réponse aux auteurs de cette carte et à ceux qui les emploient. Je vais t'en donner, moi, de l'élan.
lundi, janvier 7 2008
"La détestation de ce qui est petit, de ce qui est médiocre..."
Par Miss SFW le lundi, janvier 7 2008, 20:27
Et dans la catégorie "excellence et exigence intellectuelle", le gagnant est :

Clap, clap, clap.
Pour le rayonnement de la culture française, ne nous voilons pas la face, c'est pas gagné.
jeudi, janvier 3 2008
Double peine
Par Miss SFW le jeudi, janvier 3 2008, 20:14
A l'occasion des fêtes de Noyel, j'ai (re)-découvert avec effroi le monde réel. Lors de la visite obligatoire chez mes beaux-parents (pour que le petit ait ses cadeaux. C'est vrai ça, au cas où il se trouverait à court de jouets au beau milieu de sa chambre qui ressemble davantage à un magasin Toys'r'Us qu'à la pièce où un enfant dort), je feuilletais distraitement le supplément à la Détresse du Midi destiné aux heureuses propriétaires de deux chromosomes X.
Cette feuille de chou hebdomadaire que l'on vous refile gratuitement avec votre quotidien dominical et dont l'existence ne se justifie que par les coquettes recettes publicitaires qu'elle génère, est une source inépuisable d'enseignements pour l'humble journaliste que je suis. Me voilà donc, me pâmant devant le professionnalisme conjugué de la maquettiste et de la journaliste, l'une agrandissant à mort des photos sans intérêt pour remplir le vide sidéral, l'autre réussissant à pondre ses deux pages de rédactionnel sans la moindre info. Quand je serai grande, je veux faire rédactrice à Version Fémina.
Las, mon enthousiasme s'en fut bien vite, emporté par la bourrasque de mon indignation. L'article s'intitulait : "Réveillon, le bon timing". Les deux pages suivantes se proposaient d'établir un compte à rebours permettant à la lectrice disciplinée d'être à la fois une parfaite maîtresse de maison et une bonnasse que le mâle serait fier d'exhiber auprès des parents et amis.
D'aucuns se récrieront et penseront que je force le trait. Pas le moins du monde. D'ailleurs, je ne force personne. Mais on ne me défie pas en vain et je me mets en devoir d'étayer mes dires par un florilège d'extraits de cet article.
Je cite : "9h-9h20. Gommage et shampooing sous la douche. Un seul mot d'ordre : se faire plaisir vite et bien (note de votre servante : déjà, ça part mal. C'est vite OU bien) avant de mettre le turbo pour la maison (ben oui, faudrait voir à pas oublier l'essentiel, Bobonne). Commencez par une légère exfoliation du visage avant de savonner votre corps avec une formule double action : hydratante et gommante à la fois. C'est un gain de temps idéal pour se faire la peau toute douce en insistant sur les talons (non mais franchement, qui vous regarde les talons le soir du Réveillon ? Ca existe les filles qui se déchaussent pour poser les pieds sur la table à la fin du repas de Noyel ?), les coudes (même observation : c'est plutôt rare de balancer des coups de coude dans la tronche des gens pendant les fêtes) et le contour des ongles (alors là, on touche le fond du bocal. De toute façon, je ne permets pas que mes invités se pointent chez moi avec une loupe). Si vous n'êtes pas fan des 2 en 1 (en réalité je ne me suis jamais posé la question mais maintenant que vous en parlez...), choisissez un duo lavant et gommant. Poursuivez avec votre shampooing habituel assorti d'un produit ciblé, lissant ou bouclant, en prévision du coiffage (j'ai déjà oublié le début de la procédure). Et surtout, rincez minutieusement vos cheveux à l'eau fraîche pour en resserrer les écailles et leur assurer une brillance maximale (mais oui, bien sûr, je vais risquer la crise cardiaque et me laisser couler de l'eau froide jusqu'aux chevilles pour avoir les cheveux brillants, compte là-dessus. On m'a déjà fait le coup pour la cellulite et je préfère te dire que j'ai vite choisi : je garde mon gras)."
De 10h à 10h20 (et d'ailleurs que se passe-t-il entre 9h20 et 10h ? Insondable mystère.), c'est l'heure du masque "super-hydratant" et là, coup de grâce de la journaliste : "profitez de ces vingt minutes de pause pour concocter quelques petites choses en cuisine."
Le reste est à l'avenant et la journée s'égrène au rythme des corvées ménagères et des tortures variées, également appelées soins de beauté, que les femmes s'infligent avec abnégation pour se punir d'être nées. Sur les photos, un mannequin quelconque et squelettique (je m'insurge, il y a maltraitance, quand on veut des animaux on s'en occupe et on les nourrit correctement) sourit bêtement avec ses bigoudis sur la tête et son pinceau de vernis à ongles à la main. Vers 18h, la rédactrice qui possède, à n'en pas douter, un solide sens de l'humour, conseille "d'effacer les traces de fatigue avec un soin lisseur instantané". Effectivement, vu le planning de la journée la petite dame aura sans doute envie d'aller se coucher vers 21 h. Mais à cette heure-là elle se devra encore d'être la femme parfaite, celle qui a préparé sans moufter son dîner avec son masque sur la tronche pour faire honneur au petit mari dont on se demande bien ce qu'il fichait pendant tout ce temps.
En vérité je vous le dis, chères camarades, il y a du boulot. En particulier, dans nos rangs. Et comme diraient de jeunes et talentueux poètes urbains : fuck the world, fuck'em all.
Bo de ce billet : Beirut (aaaagh trop du bonheur ; quelque part entre les waterboys, divine comedy et yann tiersen) et Madee.
lundi, décembre 10 2007
Les temps changent (paraît-il)
Par Miss SFW le lundi, décembre 10 2007, 20:33
Si tu lis à peu près l'anglais et que ta pizza t'est restée sur l'estomac, voilà qui devrait t'aider à vomir copieusement.
Notons au passage le nom de domaine particulièrement, même si involontairement, savoureux.
vendredi, novembre 30 2007
Travail, famille, menteries
Par Miss SFW le vendredi, novembre 30 2007, 22:09
Dans son dernier billet, notre tête chercheuse préférée, j'ai nommé Krazy Kitty qui, malgré un cursus éminemment scientifique, a le bon goût de chasser à courre et tous les jours de la semaine la faute d'orthographe, s'interrogeait sur la valeur de l'argent. La valeur morale, j'entends. Pas celle qui fluctue au rythme des lubies de quelques traders cocainomanes ou pire, cocavanillomanes (pardon, je n'ai pas pu résister).
Et la jeune demoiselle de noter que le nouveau culte du Veau d'or semble avoir submergé nos sociétés.
Quant tout à coup, au détour d'une innocente phrase, qu'apprends-je avec effarement ? Ni l'école, ni ses géniteurs ne lui avaient transmis les clés de la réussite. Affublée de parents irresponsables, il s'en est fallu de peu que tu ne finisses communiste, mon petit. Je vois d'ici le genre : "fais ce qui te plaît, éclate-toi dans ton métier, rends-toi utile à la société et garde un peu de temps pour toi et ton épanouissement personnel". Ah, quelle inconscience criminelle ! Si je les tenais, ces bourreaux d'enfant. Mais que fait l'aide sociale ? Dieu et TF1 merci, la Vérité te tend une main embagousée. Sauras-tu la saisir ? J'aurais tendance à dire que non. Du coup, tu restes invitée à venir voir mes estampes berrichonnes.
Ton billet m'a fait penser à l'égalité des chances, à ce qu'on doit à ses parents, aux repas en famille, tout ça quoi. Tu vois, pour le rapport à l'argent, j'ai été bénie des dieux (pour le reste aussi mais je ne veux pas accabler les lecteurs qui n'auront jamais la chance de me rencontrer).
J'ai eu une éducation privilégiée entre deux parents même pas divorcés, qui avaient pris l'ascenseur social au bon moment et y voyaient l'aboutissement de leur existence. On m'a bien appris que rien ne comptait que le chiffre écrit sur ta feuille de paie à la fin du mois, que la vie ce n'est pas siffler mais gagner, avoir la plus grosse bagnole du quartier pour emmerder les voisins, passer six mois de l'année à flipper sur le montant de ses impôts et les six autres à vociférer contre ces salauds d'assistés qui font rien qu'à nous pomper nos sous gagnés à la sueur de notre front, qu'il faut bien travailler à l'école pour bien travailler plus tard pour son patron, que celui qui est assis sur le gradin d'en dessous tu dois le mépriser, qu'on ne s'amourache pas d'un garçon qui n'a pas fait d'études et/ou qui ne veut pas devenir chef et que tout s'achète.
Alors si tu veux une deuxième chance dans la vie, je te donne le numéro de portable de mes parents (qui sont maintenant divorcés parce qu'à force de compter leur argent, ils ont dû oublier de s'aimer), tu peux les prendre avec tous leurs accessoires. Moi je n'en ai plus l'usage depuis longtemps.
BO de ce billet : Last of the believers, With honor, Elliott Smith
jeudi, novembre 22 2007
"C'est bien plus beau qu'une victoire, une bataille perdue d'avance"
Par Miss SFW le jeudi, novembre 22 2007, 20:41
Par la présente j'entends rappeler à la raison mon confrère bloggeur et néanmoins ami, qui se laissait aller avant-hier à des considérations du plus mauvais aloi sur la récente et désormais moribonde grève des transports publics.
Mon petit Spalax, avec toute l'amitié qui nous lie, permets-moi de te dire que sans les grévistes qui foutent la merde dans notre beau pays des droits de l'homme, tu alignerais encore les CDD d'un jour et tu te pointerais chaque matin au boulot sans savoir si tu n'es pas devenu chômeur dans la nuit.
Alors oui, je sais que tu faisais de l'humour (au moins un peu) mais quand même. Je n'allais pas rater l'occasion de dire tout le bien que je pensais de gens qui font abstraction de leurs fins de mois difficiles et s'en vont perdre plusieurs jours de salaire, en sachant d'avance qu'ils n'obtiendront rien, pour le seul plaisir de dire merde aux vrais nantis dont les privilèges ne seront jamais inquiétés et aux neo bien-pensants qui lèchent les pompes de leurs maîtres avec la servilité des clébards bien dressés.
D'aucuns m'objecteront qu'il m'est facile de soutenir un mouvement social qui ne vient pas pertuber mon petit quotidien provincial. Je leur répondrai sans aménité que, pour m'apercevoir de la grève du transport public dans ma campagne, encore faudrait-il qu'il y en eût un.
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