Miss SFW

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lundi, décembre 10 2007

Les temps changent (paraît-il)

Si tu lis à peu près l'anglais et que ta pizza t'est restée sur l'estomac, voilà qui devrait t'aider à vomir copieusement.
Notons au passage le nom de domaine particulièrement, même si involontairement, savoureux.

vendredi, novembre 30 2007

Travail, famille, menteries

Dans son dernier billet, notre tête chercheuse préférée, j'ai nommé Krazy Kitty qui, malgré un cursus éminemment scientifique, a le bon goût de chasser à courre et tous les jours de la semaine la faute d'orthographe, s'interrogeait sur la valeur de l'argent. La valeur morale, j'entends. Pas celle qui fluctue au rythme des lubies de quelques traders cocainomanes ou pire, cocavanillomanes (pardon, je n'ai pas pu résister).

Et la jeune demoiselle de noter que le nouveau culte du Veau d'or semble avoir submergé nos sociétés.
Quant tout à coup, au détour d'une innocente phrase, qu'apprends-je avec effarement ? Ni l'école, ni ses géniteurs ne lui avaient transmis les clés de la réussite. Affublée de parents irresponsables, il s'en est fallu de peu que tu ne finisses communiste, mon petit. Je vois d'ici le genre : "fais ce qui te plaît, éclate-toi dans ton métier, rends-toi utile à la société et garde un peu de temps pour toi et ton épanouissement personnel". Ah, quelle inconscience criminelle ! Si je les tenais, ces bourreaux d'enfant. Mais que fait l'aide sociale ? Dieu et TF1 merci, la Vérité te tend une main embagousée. Sauras-tu la saisir ? J'aurais tendance à dire que non. Du coup, tu restes invitée à venir voir mes estampes berrichonnes.

Ton billet m'a fait penser à l'égalité des chances, à ce qu'on doit à ses parents, aux repas en famille, tout ça quoi. Tu vois, pour le rapport à l'argent, j'ai été bénie des dieux (pour le reste aussi mais je ne veux pas accabler les lecteurs qui n'auront jamais la chance de me rencontrer).
J'ai eu une éducation privilégiée entre deux parents même pas divorcés, qui avaient pris l'ascenseur social au bon moment et y voyaient l'aboutissement de leur existence. On m'a bien appris que rien ne comptait que le chiffre écrit sur ta feuille de paie à la fin du mois, que la vie ce n'est pas siffler mais gagner, avoir la plus grosse bagnole du quartier pour emmerder les voisins, passer six mois de l'année à flipper sur le montant de ses impôts et les six autres à vociférer contre ces salauds d'assistés qui font rien qu'à nous pomper nos sous gagnés à la sueur de notre front, qu'il faut bien travailler à l'école pour bien travailler plus tard pour son patron, que celui qui est assis sur le gradin d'en dessous tu dois le mépriser, qu'on ne s'amourache pas d'un garçon qui n'a pas fait d'études et/ou qui ne veut pas devenir chef et que tout s'achète.

Alors si tu veux une deuxième chance dans la vie, je te donne le numéro de portable de mes parents (qui sont maintenant divorcés parce qu'à force de compter leur argent, ils ont dû oublier de s'aimer), tu peux les prendre avec tous leurs accessoires. Moi je n'en ai plus l'usage depuis longtemps.



BO de ce billet : Last of the believers, With honor, Elliott Smith

jeudi, novembre 22 2007

"C'est bien plus beau qu'une victoire, une bataille perdue d'avance"

Par la présente j'entends rappeler à la raison mon confrère bloggeur et néanmoins ami, qui se laissait aller avant-hier à des considérations du plus mauvais aloi sur la récente et désormais moribonde grève des transports publics.
Mon petit Spalax, avec toute l'amitié qui nous lie, permets-moi de te dire que sans les grévistes qui foutent la merde dans notre beau pays des droits de l'homme, tu alignerais encore les CDD d'un jour et tu te pointerais chaque matin au boulot sans savoir si tu n'es pas devenu chômeur dans la nuit.
Alors oui, je sais que tu faisais de l'humour (au moins un peu) mais quand même. Je n'allais pas rater l'occasion de dire tout le bien que je pensais de gens qui font abstraction de leurs fins de mois difficiles et s'en vont perdre plusieurs jours de salaire, en sachant d'avance qu'ils n'obtiendront rien, pour le seul plaisir de dire merde aux vrais nantis dont les privilèges ne seront jamais inquiétés et aux neo bien-pensants qui lèchent les pompes de leurs maîtres avec la servilité des clébards bien dressés.

D'aucuns m'objecteront qu'il m'est facile de soutenir un mouvement social qui ne vient pas pertuber mon petit quotidien provincial. Je leur répondrai sans aménité que, pour m'apercevoir de la grève du transport public dans ma campagne, encore faudrait-il qu'il y en eût un.

mardi, octobre 30 2007

Le travail libère (c'est scientifiquement prouvé)

L'une des joies ineffables de la province, c'est d'évoquer un sujet longtemps après que tout le monde (c'est-à-dire Paris et éventuellement Lyon) ait épuisé sa salive sur ledit thème.
Or donc, je voulais m'esclaffer bruyamment et si possible en votre compagnie sur l'augmentation de salaire de notre président bien-aimé qui voudrait nous faire croire qu'il est capable de gérer un pays alors qu'il n'est même pas fichu de se débrouiller avec 6.000 € d'argent de poche mensuels. Ca coûte si cher que ça, les shorts Nike ?

Vous vous demandez bien pourquoi je vous enquiquine avec ça maintenant, alors que j'aurais pu gloser et me gausser toute la journée avec mes charmantes collègues sur ce thème, comme vous l'avez tous fait, libérant ainsi votre soirée pour des considérations plus élevées.

C'est que, voyez-vous, aujourd'hui je n'ai pas vraiment eu le temps de me pencher sur le sort présidentiel. J'étais bien trop occupée à passer les mouchoirs en papier aux susdites collègues qui sont au bord de la dépression parce qu'un vague administrateur de la boîte nous fait une crise de despotisme, également connue sous le nom de pinochisme. Le personnage en question a décidé que les salariés (surtout les salariées) se géraient comme du bétail, qu'il était parfaitement admissible de les insulter en réunion (et en leur absence), de mépriser leur investissement personnel indéniable et de raconter tout un tas de saloperies aussi mensongères que dégradantes sur leur compte, et ce dans l'indifférence absolue de nos dirigeants qui préfèrent regarder ailleurs et rire sous cape des crises d'hystérie de l'énergumène que de prendre parti.
Je vous rassure, je fais partie du lot des souffre-douleur et je suis même en toute première ligne, c'est juste que je suis trop vieille pour pleurer sur des sujets aussi futiles que ma vie professionnelle.

Donc voilà, au lieu de m'amuser sainement comme tout le monde avec le dernier épisode de Elysée Story, je tentais de faire la forte qui n'a peur de rien, même pas des cons imbus - et Dieu sait s'ils me terrifient pourtant - et d'amuser mes compagnes de chaîne en égrenant des blagues à deux balles sur le caïd du dimanche dont le seul agrément dans la vie semble être la destruction méthodique d'employées qui ont besoin de travailler pour payer le crédit sur 30 ans de leur pauvre maison de prolo.

Quand je pense qu'elles sont en train de se bousiller la santé pour l'équivalent d'un jour de "travail" de Sarkozy, je me dis qu'elles sont quand même un peu sottes. Alors qu'il suffisait de naître riche pour le rester toute sa vie. Faut pas qu'elles s'étonnent, après.

vendredi, octobre 26 2007

Ma muse est en RTT (aux Maldives, où elle explose son crédit carbone)

Pas d'envie, pas d'avis, ce soir.
Mais je vous recommande toutefois ce prodigieux billet de chez M. Fontenelle.

J'en ris encore.

mercredi, octobre 24 2007

Ministère Amer (de rire)

Dans le cadre du métier qui me fait vivre (mais, paradoxalement, sans lequel je vivrais encore mieux), je rédigeais récemment une page à destination du troisième âge, lectorat exigeant et peu glamour mais dont la démographie sur le point d'exploser incite à la plus grande sollicitude (voire obséquiosité). Je consentis donc l'ahurissant effort de me documenter sur les nouveaux abattements fiscaux en matière de donation et de succession, un sujet pour lequel j'éprouve autant d'intérêt que pour le rugby, à la différence que personne ne s'offusque de mon dédain affiché pour les libéralités et autres actes de disposition à titre gratuit.

Pour des raisons probablement ésotériques, les vieilles gens, eux, s'intéressent énormément à ces questions, ce qui peut paraître curieux dans la mesure où :

  1. Ils ne seront pas là pour voir leurs inépuisables connaissances en droit successoral mises en pratique par les vautours qu'ils ont enfanté
  2. Ils n'ont rien à gagner dans l'histoire
  3. Il y a quand même plus réjouissant que de se plonger dans la lecture de "Epatez votre notaire - Tout savoir sur les successions", même quand on est vieux.

Quoiqu'il en soit, j'entrepris vaillamment mon ouvrage, sans plus me soucier de mes doutes et interrogations, ambitionnant d'écrire avec toute l'objectivité et la froideur de la professionnelle de l'information que je suis. Manifestement, le Ministère de l'économie, des finances et de l'emploi (Minefi pour les intimes) avait décidé de me compliquer la tâche. Déjà, la page web s'intitule : "Programme confiance, croissance, emploi". Comment voulez-vous garder votre sérieux ? C'est pas ma faute m'sieur, c'est Minefi qui fait rien qu'à me faire des grimaces pour me faire rire.

Je n'étais pas au bout de mes peines, la page suivante débutait par cet irrésistible gag : "Afin d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages tout en privilégiant la croissance, la plupart des Français doivent pouvoir transmettre le fruit de toute une vie de travail et d’économies en franchise de droits." Je promets sur la tête de mon cobaye que je n'invente rien.

Je ne m'étendrai pas ici (ni ailleurs, bande de mal-pensants), sur la notion de pouvoir d'achat, ni vous ni moi n'avons le temps ce soir. En outre, la perfection du grotesque de la formule constitue un merveilleux sujet de billet que je répugne à déflorer céans. Par contre, je me permets d'attirer, ici et maintenant, votre attention sur ce mot sublime : "le fruit de toute une vie de travail".

Durant toutes ces années perdues (pour le budget de mes parents) à l'université, j'ai sottement cru que le droit administratif était une matière glaciale réservée aux handicapés de l'émotion. Que nenni. Dans la France d'après, les hauts fonctionnaires ont des allures de poète dont l'élan lyrique vous propulse une bête circulaire au rang d'ode enflammée à la famille (française, de préférence, faudrait pas exagérer non plus).

La suite m'apprit que la taille du fruit de toute une vie de travail était quand même un concept très fluctuant. Pour illustrer mon propos, je vous propose l'exemple cité par mon pote Minefi : "M et Mme X sont mariés sous le régime de la communauté légale, ont deux enfants et sont propriétaires d’un seul bien commun, un immeuble estimé à 1 500 000 €."
Non mais, ils sont combien là-dedans ? Quatre, vous dites (enfin, trois maintenant) ? Est-ce bien raisonnable... Si M. et Mme X avaient le même niveau de revenu (tout à fait correct, au demeurant) que Cary Grant et moi, leur bicoque serait le fruit de 50 ans de travail et ce, sans manger, se chauffer, s'habiller, se déplacer... Une belle leçon d'épargne.

Attendez, le spectacle continue : "M. X décède, l’actif successoral est de 750 000 €. La totalité de l’actif successoral revient en usufruit au conjoint survivant, âgé de 65 ans, (40 % de la valeur de la pleine propriété) : 300 000 €. Chacun des enfants recueille la nue-propriété de la succession, soit 225 000 €".
Là, je sens bien que le suspense est insoutenable, vous vous interrogez avec angoisse : "Mais que vont devenir ces pauvres gens ?". Rassurez-vous, la fin est heureuse : grâce à la nouvelle réglementation, l'épouse n'a rien à payer à la collectivité (manquerait plus que ça, déjà qu'elle s'est cognée Charles-Henri pendant toute une vie...) et les deux enfants devront s'acquitter d'une redevance de 13 300 euros chacun, au lieu de 30 300 euros. D'ailleurs, où auraient-ils trouvé une somme pareille, les malheureux ? Tout est bien qui finit bien.

Epilogue : "L’économie d’impôt résultant de la réforme des droits de mutation à titre gratuit s’élève à 72 170 €". J'en ai les larmes aux yeux.

Epilogue de l'épilogue : M'sieur, m'sieur, Minefi, il m'a empêchée de me concentrer sur mon article en me racontant la blague de l'abolition des privilèges.

mercredi, octobre 10 2007

Coup bas

Sur les ondes d'une radio que mon honneur m'interdit de nommer - quoique je vous aie déjà révélé cette manie honteuse d'écouter des stations pour pré-adolescents quelques billets plus bas - une quelconque idole des jeunes, genre rappeur gentil, qu'ils auront tôt fait d'oublier dès que leur poussera un peu de sens critique, répétait à l'envi dans un élan de contrition stupéfiant : "you can put that blame on me".

Donc, ces mots peuvent sortir de la bouche du porteur d'un chromosome Y.

Wow.

dimanche, septembre 23 2007

Dégage, Jennifer

Malgré un lent et insidieux glissement de mon cerveau vers une indulgence coupable à l'endroit de la soupe radiophonique, il est des compromissions qui me restent inacceptables.
Vendredi dernier, encore et toujours dans ma machine à polluer (mes deux fidèles lecteurs vont commencer à se demander si je n'y vis pas ; je me pose exactement la même question), je subissais donc les effets de l'âge et du ramollissement cérébral en prenant un plaisir modéré, certes, mais blâmable à écouter en alternance un groupe d'emopop américain (Aiden, enième ersatz yankee de pop teenagephile vaguement saturée, j'ai honte) et les Blaireaux, enième avatar (je viens de vérifier dans le petit Robert, vous serez bien aimables de le lire au sens figuré du XIXe siècle) de néo chanson française aux mélodies éculées mais redoutablement efficaces et aux textes plutôt bien écrits.

Afin d'éviter toute erreur d'interprétation du paragraphe précédent, en général je vomis l'emopop californien (même quand le groupe vient de Seattle) et je m'ennuie ferme à l'écoute des quelques joyeux drilles censément festifs/désopilants/gouailleurs/neo-réalistes (rayer la mention inutile, attention, il y a un piège, elles le sont toutes) qui se targuent de sauver le verbe de notre malheureux pays.
Et pour ceux qui seraient tentés d'emporter mon adhésion en alignant quelques poncifs du genre "la chanson française, c'était mieux avant", autant se mettre d'accord tout de suite, je ne suis pas capable d'écouter d'un seul trait un album de Brel, pour Brassens c'est négociable, du moment qu'il interprète les textes des autres. Quant à Ferré, j'ai essayé, mais c'est comme pour la cigarette, mes aspirations à la rebellitude n'autorisent pas tous les sacrifices.

Tout ça pour arriver à la conclusion suivante : je parviens, après des années d'entraînement intensif à écouter Aiden et les Blaireaux dans ma voiture, signe évident de ma décrépitude intellectuelle qui, cependant, n'est pas assez avancée pour m'anesthésier tout à fait. M'approchant de la capitale régionale, j'allumai le tuner et le bloquai sur Le Mouv', histoire de voir ce qu'on écoutait chez les urbains (très) gentiment rock'n'roll. Et là, horreur et stupéfaction, cette radio financée par de l'argent public et qui se veut rock diffusait - à un horaire de grande écoute où que les petits y pouvaient tout entendre - la dernière médiocrité enfantée par Superbus, les immortels auteurs de : "Lola lit dans l'eau delà Ma jolie Lola....Boum boum boum boum boum boum boum boum boum, Lola c'est osé". N'est pas Gainsbourg qui veut.

La grande escroquerie du rock'n'roll n'aura donc ni fin ni terme. Depuis plus de dix ans, on essaie de nous faire avaler qu'Indochine était un groupe de rock (pourquoi pas de punk, tant qu'on y est) et maintenant on voudrait nous faire croire que Superbus c'est pas de la variété pop. Alors là, non. Point trop n'en faut. Ou alors Niagara, c'est du trash-metal.

Nous vivons une époque formidable où se maquiller le tour des yeux en noir et tortiller son bassin (taille 34) devant un micro au design rétro suffit pour devenir égérie rock. Où s'autoproclamer "la Gwen Stefani française" constitue un alibi béton pour faire sa pouffe en gardant une pseudo légitimité artistique. Où rappeler à tout bout d'interview qu'on a feuilleté un dico de latin pour trouver le nom du groupe vous fait passer pour un puits de science (avec de longues jambes). Où être la fille de Chantal Lauby vous ouvre toutes les portes que votre absence évidente de talent vous aurait violemment claquées à la face.

En vérité je vous le dis, Jennifer Ayache n'est pas plus la Gwen Stefani française que mon Yorkshire de 16 ans n'est le Rintintin des montagnes. Gwen Stefani a chanté dans un vrai groupe de ska avant de devenir une pétasse générique* même pas r'n'b et elle était plutôt enthousiasmante avec ses abdos en plaquettes, ses épaules de déménageur, son maquillage qui coulait sur scène et ses sauts de brute peroxydée en rangers. Et surtout, elle n'aurait pas fait honte à son pays en racontant à Elle : "La scène, surtout, c'est dur. J'ai toujours un trac monumental. Des crises d'angoisse. On a annulé des dates de concert tellement j'avais de maux de ventre. Une fois, même, je me suis évanouie."

A compter d'aujourd'hui, si les pintades pouvaient se cantonner aux styles qui leur permettent de montrer tout le talent qu'elles ont entre les clavicules et les rotules, nous leur en serions fort reconnaissants.
Est-ce que je vais griffonner dans la collection de La Pléaide, moi ? Non. Bon, alors.

* : copyright Giant Panda.

mercredi, septembre 19 2007

Reviens, Simone

Au hasard de pérégrinations ouebesques, je tombai sur le blog d'un montagnard (à temps partiel, d'après ce que j'en compris) qui se scandalisait des tenues légères et inappropriées portées par de très jeunes mannequins. Mais pour bien comprendre il faut aller .
Et revenir après, sinon je me retrouve plantée là comme une imbécile ("avec mon p'tit billet, j'avais l'air d'un con ma mèèère...").

Outre la jalousie bien naturelle suscitée par les 32 commentaires à cette note, j'éprouvai une curieuse impression de cynisme blasé. Je ne m'expliquai cette absence d'étonnement, devant une publicité parfaitement nauséabonde et objectivement choquante, qu'en me remémorant une célébrissime sentence de Mme de Beauvoir : "on ne naît pas femme, on le devient". Dans la peur et les larmes, ajouterais-je.
Alors autant s'habituer dès le plus jeune âge à ne se voir que dans l'oeil d'autrui et à porter des tenues dégradantes.

Il paraît que les animaux nés en captivité souffrent moins de leur aliénation.

mardi, septembre 11 2007

Après vous (encore et toujours)

Ce soir, alors que nous allions gravir l'escalier menant au studio dans lequel j'inflige bimensuellement à mes comparses d'émission et à la planète entière des groupes interdits par la Convention de Genève, l'un de mes charmants compagnons d'antenne attendait patiemment que je passe devant lui, dans un réflexe de galanterie qui reflète parfaitement son adorable personne. J'entrepris alors de lui expliquer que son geste pouvait être mal interprété et le troisième larron, apportant la preuve par l'exemple, monta l'escalier, exposant ainsi son séant exactement à la hauteur de nos yeux.
Pour bien parfaire cette leçon de savoir-vivre (totalement incongrue dans le contexte) il ajouta : "c'est comme quand tu vas dans un restaurant avec une fille, tu entres toujours en premier". Avec cette sotte naïveté qui me caractérise trop souvent, je demandai : "Ah bon ? Pourquoi ?"
"Pour éviter que tout le monde zieute ta gonzesse et qu'ils comprennent bien que le premier qui la regarde tu lui casses la gueule", me répondit-il, non sans humour.

J'avais seulement oublié le côté obscur de la galanterie. Ca m'apprendra à poser des questions.

mardi, août 21 2007

Encore un gag signé "Le Monde"

Pénurie d'infos aoûtienne oblige, le quotidien Le Monde s'intéressait il y a quelques jours au partage des tâches ménagères au sein de la famille française moyenne.
Le choix d'un des deux couples qui illustrent l'article est proprement hallucinant : Yves Salesse, conseiller d'Etat, accessoirement porte-parole de José Bové durant l'élection présidentielle et sa compagne Isabelle Bremond, productrice de cinéma expliquent leur organisation familiale fondée sur l'alternance des corvées de linge et de courses (a priori, l'aspirateur, le passage de serpillière, les vitres, le récurage de baignoire et autres joyeusetés ancillaires sont sous-traités à l'extérieur, en tout cas il n'en est pas fait mention).
Au quatrième paragraphe, la journaliste admet que oui, bon, leur fonctionnement n'est pas représentatif de celui esquissé par la dernière étude de l'Insee (où la femme se coltine en moyenne 80% du boulot, cette gourde).

C'est juste que ces braves gens ne sont pas représentatifs du tout, ma bonne dame. Ni leur niveau de revenu, ni leurs choix de vie, ni que dalle. Ils appartiennent certainement au même microcosme que vous, mais figurez-vous qu'ils ne ressemblent pas tout à fait au Français moyen. Ca doit bien se trouver, pourtant, un couple de sympathiques middle-class qui partagent les tâches ménagères. Même au fond de mon improbable campagne, j'en connais.

Je l'avais relégué au rang des légendes urbaines mais manifestement il n'y a réellement plus personne dans Paris, au mois d'août.

mercredi, août 1 2007

Land of opportunity

Au terme d'une harassante journée de travail, je rentrais chez moi au volant de ma machine à polluer, lorsque mue par un élan de philanthropie aussi spontané que peu coutumier, je m'arrêtai sur le bas-côté pour prendre en stop trois personnes que mon oeil averti (et élevé au préjugé concentré par mes parents petits-bourgeois de gauche) identifia immédiatement comme de jeunes "bénéficiaires des minima sociaux en voie de socialisation". A priori qu'ils confirmèrent aussitôt en me demandant si je pouvais les amener jusqu'au Lidl et en montant dans mon véhicule pour y répandre une entêtante odeur de vieil alcool, de clope froide et surtout de chaussette sale.

La fille s'assit sur le siège passager et engagea gentiment la conversation. Elle avait la moitié des dents cassées, le ventre proéminent de la malnutrition, les mains bouffies et marbrées de bleu que j'avais déjà remarquées chez certains alcooliques confirmés (et ce n'était pas le froid, on était au mois d'août, je vous rappelle). A la voix quasi juvénile, j'aurais parié qu'elle n'avait pas dépassé la trentaine.

Sympa, la fille, elle me posait quelques questions polies, histoire de meubler les 5 minutes de trajet (qui leur faisaient gagner une demie-heure à pied, m'expliquait-elle). Elle me demande si je suis depuis longtemps dans le département, où j'étais avant... Je lui réponds que j'arrive de l'Aveyron. "Ah, ma mère habite à Rodez", lance-t-elle mais, curieusement, elle semble ne pas bien connaître la ville. Et puis du ton de celle qui trouve qu'il fait chaud en ce moment et qu'il n'y a plus de saisons ma bonne dame, elle ajoute "vous connaissez Villefranche ?"
"Euh, oui..."
"J'avais une famille d'accueil là-bas" me dit-elle avant d'enchaîner paisiblement sur le climat de ce froid pays.

Lisant régulièrement la presse parisienne, j'ai bien compris que le déterminisme social est totalement has been par les temps qui courent. Mais je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression qu'il n'était pas complètement neutre dans le fait qu'arrivées à l'âge adulte, c'était moi qui étais bien calée derrière mon volant et elle qui se confondait en remerciements pour l'avoir laissée à 15 mètres d'un supermarché pour pauvres.

Egalité des chances, mon cul.

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