Miss SFW

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The world is not enough

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mercredi, juillet 28 2010

L'adieu aux armes

Ma vie est un océan de félicité ponctué d'îlots de béatitude. Je lisais aujourd'hui un article du Monde consacré à la future interdiction de la corrida en Catalogne espagnole. Car vous n'ignorez pas qu'il existe également une Catalogne française, tout aussi fière que sa soeur outre-pyrénéenne de sa culture et de sa langue, d'ailleurs étudiée, à l'époque de mes années collège, par la quasi-totalité des élèves, au détriment du latin et du grec qui ne pouvaient, du coup, pas être enseignés de pair chez ces gueux. Mais que voulez-vous : il n'est de culture que régionale, c'est bien connu, d'ailleurs ces Grecs en jupette ne me paraissent pas tout à fait catholiques. Je n'ai donc pu me repaître de latin au lycée, en expiation de deux pauvres années passées chez les danseurs de sardane, ils me devaient bien une petite compensation. Je me considère aujourd'hui dédommagée, non pas tant par la nouvelle qui me ravit, pourtant, que par les cris de désespoir des partisans de ce rituel de mort, de sang, de pseudo-virilité exacerbée et de chapeaux ridicules. Les commentaires des lecteurs du Monde ont ensoleillé ma journée. Toutefois, répugnant à jouir de plaisirs solitaires, j'ai voulu partager avec vous ce grand moment de joie et ai sélectionné, en pensant à vos petits coeurs purs et vos grands yeux pleins d'étoiles, trois réflexions qui m'ont semblé éminemment réjouissantes. Le hasard a voulu qu'elles se suivissent sur le site du Monde afin que le bonheur devînt exultation. Thanks God.

Corrida
28.07.10 |12h47
Suivante : la chasse. Ensuite les ruraux.

MCR
28.07.10 | 12h4
… et signe par la même l’arrêt de mort des taureaux, qui iront rejoindre les bœufs qu’on mène à l’abattoir. Grande victoire en effet ! Pfff !

Ga
28.07.10 | 12h40
En ce jour, Hemingway et Picasso ne sont pas catalans. Il fallait assurément un Parlement régionaliste pour abolir cette pratique aux valeurs universelles, qui parlent au plus grand nombre, au-delà des frontières : le sacrifice, la cérémonie, le combat, la grandeur, la puissance, la beauté, l’héroïsme, la mort. Mais encore, pour l’homme qu’elle célèbre : se mesurer à l’animal, modeler sa charge brute, la ralentir, la canaliser, en diriger les assauts, défier le hasard, ruser avec la violence…


O joie sans partage, ô plaisir céleste, ô douce musique du verbe, la belle brochette d'andouilles que voilà. Toute petite déjà, alors que je ne lisais guère que Ok-Podium, je rêvais de répondre au courrier des lecteurs. J'ai bien fait d'attendre un peu pour passer l'arme à gauche (pour cela et pour tout un tas d'autres raisons, en fait), mon voeu est enfin exaucé :

Chèr(e) Corrida,
Je pense que vous avez vu juste. Très prochainement, une loi sera votée pour interdire les ruraux. Je salue votre perspicacité politique autant que votre robuste sens des réalités en matière de production législative. Vous pourriez d'ailleurs mettre vos compétences au service de l'Etat français, qui n'est plus à ça près.

Chèr(e) MCR,
On ne souligne pas assez, vous avez parfaitement raison, les desseins charitables des organisateurs de corridas. Des esprits chagrins préfèrent ne voir que la bouteille à moitié vide et stigmatiser l'issue fatale de ce noble art qu'est la tauromachie. Alors que le torero n'a qu'un credo, éviter au taureau une horrible fin à l'abattoir. Les gens voient le mal partout.
Pour votre information, cependant, les boeufs que l'on mène à l'abattoir ne sont guère nombreux et habituellement réservés à quelques bouchers particulièrement pointilleux, l'immense majorité de la viande bovine que vous ingérez provenant de la "réforme", c'est-à-dire l'élimination des vieilles vaches ou des génisses impropres à la reproduction. Quant aux taureaux destinés aux "ferias", il faut avoir de bien curieuses idées et un palais en acier renforcé pour seulement songer à les consommer.

Chèr(e) Ga,
Quel choix judicieux, vous citez le nom d'Hemingway dont la convivialité, la constance, la sobriété, l'amour inconditionnel de la vie et de ses semblables font un ambassadeur idéal pour présenter la tauromachie sous son meilleur jour. Je regrette toutefois que vous n'ayez pas mentionné ce mot sublime de Ségolène Royal, pourtant rappelé par votre quotidien préféré : "la corrida est un spectacle magnifique". Sinon, et sans vouloir concurrencer ma collègue de la rubrique "comprendre mon corps (qui change)", pour ce qui est de "modeler sa charge brute, la ralentir, la canaliser, en diriger les assauts", ce n'est qu'une question de concentration, ne perdez pas espoir.

Bien à vous,
Miss SFW


La semaine prochaine, notre courrier des lecteurs sera consacré à deux thèmes d'actualité : la contribution tristement sous-estimée des grands groupes pétroliers à un monde plus juste et l'obsédante présence de la culture classique dans le discours politique français (de mai 2007 à nos jours).

mardi, février 9 2010

We don't need no education

En attendant que le petit prince ait terminé ses cabrioles nanties dans l'aire de jeux du Flunch local, je lisais tranquillement Le Monde, au-dessus des reliefs d'une grande assiette de légumes dans laquelle le vert avait brillé par son absence. Le buffet de légumes de ce respectable établissement proposait ce jour-là frites, purée et pommes dauphine. Si tu voulais autre chose, il fallait venir plus tôt. Avant 12h15, donc.
Bref, l'estomac repu et la conscience tranquille (les pommes de terre représentent une source de glucides lents d'excellente qualité, garants d'une alimentation équilibrée pour la grande sportive que je suis), il me sembla éminemment judicieux de m'informer de la menace de famine au Sahel, article qui se trouvait suivi d'un intéressant propos sur la scolarisation dans le monde. Figure-toi que 72 millions d'enfants ne sont pas scolarisés et que "l'accès à l'école primaire a ralenti ces dernières années". Certes, mais l'école, ça coûte, inconscient utopiste. Les pays riches déboursent déjà 2 milliards d'euros par an pour alphabétiser quelques-uns de ces crève-la-faim et il faudrait dilapider presque six fois plus pour que ces hordes d'incultes puissent aller à l'école primaire. Soit près de 2% "des montants mobilisés pour sauver seulement quatre grandes banques des Etats-Unis et du Royaume-Uni", note un de ces dangereux gauchistes toujours prêts à saper les fondements de notre culture. Il fait quoi dans la vie, ce guignol plein de bons sentiments ? Ah oui, c'était le directeur général du rapport mondial sur la scolarisation piloté par l'Unesco. C'est bien ce que je disais. Encore un artiste. Il ne peut pas comprendre. On n'a pas le droit de laisser périr les banques, ce serait hypothéquer notre avenir, nous livrer pieds et poings liés au désastre économique, étrangler le progrès dans son berceau. Tandis que là, vous voyez bien que votre programme d'aide à la scolarisation est un puits sans fond (ni fonds, d'ailleurs). Vous voyez bien que tant qu'il y aura des hommes, il faudra toujours remplir le tonneau des Danaïdes de l'alphabétisation. A quoi bon ? Ils n'iront même pas à l'université.
Faut dire aussi que chez ces gens-là, on fait trop d'enfants, de là vient tout le problème. A croire qu'ils ne savent pas lire une notice de préservatif.

vendredi, juillet 31 2009

This used to be my playground

Madonna, la célébrissime femme d'affaires, devrait très prochainement se produire à Saint-Pétersbourg, sous réserve que la scène ne s'écroule pas, bien sûr. Et que Vladimir Poutine n'y voie pas d'inconvénient, auquel cas nous ne saurions trop conseiller à Mme Body-building de rentrer toutes affaires cessantes à Londres pour semer des capucines dans ses plates-bandes à elle. On dira ce qu'on voudra du jardinage mais si Anna Polistovskaia et Natalia Estemirova avaient songé à leurs potées d'hiver au lieu d'embêter leur riant et primesautier caudillo, leurs rebords de fenêtre auraient été bien plus gais à Noël, ne nous le cachons pas.

Mais revenons-en à nos haltères. Le décidément irrésistible parti communiste russe, toujours aussi farceur et ce, malgré une baisse de faveur notable en plaine ô ma plaine, aurait enjoint à Musclorette de modérer ses déhanchements (autant demander à un chat d'être utile ou à Scarlett Johansson de lire un livre) ainsi que de porter un béret, un tee-shirt rayé et un drapeau rouge tout en entonnant la Marseillaise ou l'Internationale. A ces drastiques conditions, les militants pourraient assister au concert. Il ne manquerait plus que ça. Les choeurs de l'armée rouge et l'amicale des joyeux moustachus géorgiens reprenant au premier rang le refrain de Like a virgin. J'ai un vertige métaphysique, tout à coup.

C'est à se demander si ces gens ne seraient pas un tout petit peu autoritaires et si de bien mauvaises habitudes n'ont pas été prises. Un parti qui dicte sa conduite à un artiste, comme c'est curieux et exotique. En vérité, je vous le dis, ces Russes sont gens bien étonnants.

mardi, mai 26 2009

Strawberry fields for ever

Michelle Obama a décidé de se lancer dans le potager bio. Lecteur bien-aimé, si tu penses qu'il s'agit là d'une non-information et que tu t'en contrebats l'oeil avec une vigueur qui ne laisse pas d'inquiéter ton ophtalmologue, nous voici nantis d'un point commun qui, pour être anecdotique, n'en porte pas moins la possibilité d'une longue et fidèle amitié dont ceux qui nous suivront sur cette terre entrapercevront sur nos tombes jumelles la féérique lumière. Mais je m'égare.
Toi et moi, que les velléités potagères de la première dame des Etats-Unis laissent froids comme la main d'un banquier, ne pouvons comprendre. Car enfin, Michelle Obama dans la robe de Laura Ingalls, folâtrant dans les coquelicots et les bleuets, n'est pas du goût de tout le monde. La MACA, association des plus grandes entreprises d'agrochimie, dont Monsanto - si tu dois me pondre 120 lignes de résumé approximatif du "monde selon Monsanto", tu seras gentil de ne pas commenter, parce que bon j'ai beau être une péquenaude, je l'ai lu aussi, t'es gentil, et d'ailleurs je n'ai pas vécu un grand moment d'extase littéraire - s'est émue - on ne dira jamais assez leur sensibilité à fleur de peau - de l'image négative de l'agriculture conventionnelle que relayait Mme Obama.
Et les voilà-t-y pas nous assénant, scandalisés (hymne américain en fond sonore, merci) : « si les Américains devaient encore cultiver eux-mêmes des produits de première nécessité pour subvenir aux besoins de leur famille, les Etats-Unis seraient-ils les leaders dans les domaines scientifiques, de la communication, de l’éducation, de la médecine, des transports et de l’art ? ».
Et là, je me prends à rêver d'un Harry Truman et d'un Carl Spaatz qui ne seraient jamais sortis de leur champ de patates, d'une Christina Aguilera absorbée par la culture du topinamour ou d'un Vin Diesel monopolisant ses deux neurones au service du semis de courgettes... Aaaah, je touche les nuages du bout des doigts.

samedi, janvier 24 2009

Les Flamandes dansent sans sourire

Le journal Le Monde prouve une fois de plus son indéniable suprématie en matière de traitement de l'info en rapportant, suite à la tuerie perpétrée dans une crèche belge, les propos du procureur chargé de l'affaire : "c'est un Belge de 20 ans, pas d'origine étrangère. Il ne s'est pas évadé d'une institution psychiatrique. Il n'était pas sous l'influence de l'alcool ou de stupéfiants".

Parce que les origines étrangères de quelqu'un font partie des facteurs d'explication du passage à l'acte criminel, sans doute.

Décidément, on en apprend tous les jours.

samedi, décembre 6 2008

J- 19 (Titre alternatif : Kao Bang)

Quid ? Qu'apprends-je ? La Chine se fâche tout rouge et menace la France de jeter un grand froid sur leurs relations commerciales ?

Mes amis, l'heure est grave. Nous risquons de manquer de jouets au plomb pour Noël.

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mercredi, mai 21 2008

Et les Shadoks pompaient...

Comme vous le savez, ma vie de recluse loin de toute forme de civlisation et l'absence, somme toute peu douloureuse, de télévision au sein de mon foyer me laissent dans l'ignorance absolue des soubresauts de notre société déliquescente. Quelques âmes charitables me font, de temps à autre, l'amitié de m'informer des faits marquants de la semaine. Aujourd'hui j'appris donc, quelques heures après avoir matutinalement approvisionné ma machine à polluer d'essence sans plomb 95, me réjouissant d'être seule à la pompe et de gagner ainsi quelques minutes à l'orée d'un bouclage qui s'annonçait très serré, que la France profonde se massait avec anxiété dans les stations service afin de remplir au ras du bouchon le réservoir de sa Peugeot. De quoi rouler au moins 200 km de plus que les copains si on nous refaisait le coup de mai 68. Il y a des jours où j'hésite entre la franche misanthropie et la tendresse condescendante.

Je me pris alors à songer à ce qu'il adviendrait de moi si j'étais temporairement privée de ma voiture. Rien de spécial en fait. Je ferais les interviews par téléphone et j'aurais toujours un bouclage par semaine à assurer mais depuis chez moi. Parce que si tu crois que mon boss va me dispenser de travail sous le fallacieux prétexte que le reste de la France se noie dans la chienlit, que l'ordre (?) mondial s'écroule et que le système solaire est sur le point d'imploser, tu te fais des illusions sur le genre humain, permets-moi de te le dire. J'assure une mission essentielle, figure-toi et c'est pas une petite apocalypse qui va nous empêcher de distribuer le journal en temps et heure.

N'empêche, juste pour voir, j'aimerais bien que ça dure un peu les petites facéties des marins pêcheurs. Quelqu'un a l'adresse pour leur envoyer des paniers-repas et des grilles de sudoku ? Ah, on me signale que c'est déjà fini. Pas moyen de se divertir, dans ce pays.

mercredi, avril 16 2008

C'est une maison bleue...

La presse française est un gisement inépuisable de motifs pour se gausser. Prenons par exemple le numéro d'avril du "Journal de la maison". D'aucuns s'étonneront et ne manqueront pas de rendre publique leur surprise de me voir feuilleter un magazine populaire de décoration intérieure en lieu et place des Inrockuptibles ou du Monde Diplomatique. Je leur répondrai qu'il y a tout autant matière à rire dans la presse féminine que dans les grands journaux sérieux. Dès lors, pourquoi se priver de ces précieux instants de gondolage ? Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, comme disait l'autre.

Les magazines de décoration ont ceci en commun avec les journaux de référence qu'ils suivent aveuglément les modes, hurlant plus fort que les loups parmi lesquels ils se sont invités. Depuis quelques mois, leur lecteur subit un véritable raz-de-marée d'écologisme niais et béat. C'est à celui qui fera la Une la plus verte, la sélection d'articles les plus bio, le reportage le plus écologiquement correct. L'exercice donne lieu à des titres consternants : "so biotiful", "my déco is écolo"... J'en passe et des pires.

Dans le salmigondis idéologique de la boboïtude décomplexée, on mélange hardiment convictions écologistes, préoccupations sociales et quête spirituelle. Allez, je vous fais un lot, chère madame, on l'a aussi en panier-cadeau pour offrir. Amis de la rigueur intellectuelle, passez votre chemin. Et tant que vous y êtes, changez de siècle parce que là, vous gênez le passage de la branchouille conscientisée.

Le Journal de la Maison consacrait donc une double page à la consommation "responsable" qui consiste en substance à jeter toutes vos anciennes babioles irrémédiablement entachées de non-écologitude pour les remplacer par de tous nouveaux, tous beaux et surtout irréprochables objets estampillés AB. Ou Max Havelaar si vous êtes droitier ou astigmate. L'article s'intitulait "une déco éthique" ( joli travail sur les sonorités, bravo) et débutait par :"Recycler c'est bien, acheter bio aussi, mais si l'on veut vraiment faire une différence et donner une chance à notre planète, il va falloir aller encore plus loin" (note de la mesquine de service : Euh, genre sur Mars ?).
A ce stade de ta lecture, tu te dis que là, il va y avoir de la méchante orthodoxie écologique et tu te prépares déjà à culpabiliser avec tes brioches industrielles aux pépites de chocolat emballées individuellement dans le placard. Manquerait plus qu'il y ait une descente de la milice verte et tu es fait comme un rat, un bol de pop-corn OGM dans la main droite et un gobelet en plastique jetable dans la main gauche.
Inexorable, l'article poursuit : "La pensée écolo (...) c'est aussi s'opposer à la surconsommation et favoriser la production qui a un sens en encourageant le savoir-faire des artisans du Pérou, d'Afrique du Sud ou autre" (note de la mesquine de service : moi j'aurais mis "ou d'ailleurs", ça faisait moins condescendant, enfin bon, j'dis ça hein...). Pour la surconsommation je vois bien le lien avec l'écologie, jusque-là je suis.
Par contre, pour l'artisanat old-school-c'était-mieux-avant... Je suis peut-être un peu basse de plafond mais je ne vois pas pourquoi surexploiter les gens, les faire travailler quatorze heures par jour ou attacher des enfants de cinq ans aux machines pour qu'ils n'aillent pas jouer ce ne serait pas écologique et ça menacerait la planète. On peut très bien le faire dans une usine aux normes iso-trucs, qui n'utilise que des produits recyclables et plante un eucalyptus en Indonésie chaque fois qu'un de ses employés de moins de douze ans perd un bras dans la machine. Donc là désolée, mais je ne vois pas l'enchaînement logique. Mais bon, le titre de l'article est un fourre-tout, alors ne chipotons pas.

Je note toutefois que je ne suis pas la seule à m'être pris les pieds dans les circonvolutions du contorsionnisme éthico-bio-correct. Dans la sélection d'articles (ah ben oui, le but c'est quand même de vous faire acheter des objets inutiles), tout à coup mon oeil fut frappé (ailleuh) :



Ah ben dis donc, moi qui croyais que dans un monde éthiquement correct les enfants allaient à l'école au lieu de travailler... Non ça c'est valable pour les vrais enfants, les nôtres. Pas ceux de la rue du bout du monde qui sont quand même mieux à fabriquer des cabas qu'à traîner dehors.

J'avais bien compris que les grands rêves de fraternité des chrétiens-sociaux à la grand-papa étaient définitivement obsolètes mais enfin à ce point...

dimanche, février 10 2008

Singing in the shower

My own personal Cary Grant me demandait récemment ce qu'était la simulation de noyade, dont tous les journaux nous parlent depuis quelques jours comme d'un sujet parfaitement normal (et dont ils se gardent bien d'expliquer clairement de quoi il retourne). Après tout, ce n'est que de la torture, la pire atrocité inventée par une espèce déjà passablement pourrie. Mais intellectualisons un peu et considérons qu'il s'agit là d'une forme de créativité dont le génial cerveau humain a le secret. Oui, chers amis, profitons pleinement de nos possibilités de prendre un peu de hauteur sur les questions d'actualité tant que nous ne recevons pas de gros poings velus dans la tronche ou pire ailleurs.

D'ailleurs, nos contemporains ne se sont pas trompés sur l'importance de dépassionner le débat sur un thème finalement purement technique et je recevais il y a quelques heures les résultats d'un sondage réalisé par l'Internaute (mais où vont-il chercher tout ça ?) dont la question était : "La Maison Blanche a annoncé que ses agences pourront utiliser à l'avenir la simulation de noyade pendant des interrogatoires de personnes soupçonnées de terrorisme et si une attaque semble imminente. Trouvez-vous justifiée cette utilisation de la torture ?". Sur un peu moins de 2.000 personnes (enfin "personnes", je m'emporte peut-être un peu), 55% avaient répondu oui.
Il y a des jours où l'on espère sincèrement que l'estimation de 10% de la population illettrée (qui ne comprend donc pas les questions qui lui sont posées par écrit) est largement sous-évaluée. Ou qu'il y a davantage de parkinsoniens qu'on ne le pense parmi les internautes.

Quoiqu'il en soit, je dois avoir l'air d'une doctorante ès torture (perspective infiniment agréable) et mon époux faisait appel à mes lumières en la matière. Je lui répondis donc qu'à mon avis il s'agissait, comme dans tous les films/téléfilms/séries Z évoquant le sens artistique nazi, d'attacher un homme (et pourquoi pas une femme, non au sexisme) sur une planche et de lui plonger la tête dans une baignoire que l'on aura préalablement remplie d'eau, sinon il (ou elle) se cogne, ce qui peut également être une forme de torture mais pas celle qui nous occupe présentement.
D'ailleurs, avant l'avènement des directeurs de communication il me semble que l'on parlait du supplice de la baignoire. Simulation de noyade ça vous a quand même une autre allure. Ce qui ne manqua pas d'étonner mon cher et (très, en l'occurrence) tendre : "ah oui mais dit comme ça, ça fait sophistiqué et propre, genre nouvelles technologies. Pourquoi ils appellent ça simulation de noyade, alors ?"

Tant de naïveté et d'innocence à près de 35 ans.
J'aimerai toujours cet homme.
Y compris après que nous nous serons envoyé tout le service même pas de mariage à la tête.

vendredi, novembre 16 2007

Totalement désopilant

"Ce n'est pas en faisant partir le dernier rempart de la démocratie dans ce pays que vous allez faire avancer les choses" déclarait Christophe de Margerie, directeur général de Total, sur RTL, à propos du rôle politique de la firme française en Birmanie. "Nous avons été actifs mais de manière discrète dans ce domaine, c'est-à-dire pousser la junte à s'améliorer - ce n'est pas difficile - et très certainement à faire en sorte que nous puissions rester en respectant notre code de conduite".

Leur code de conduite c'est aussi de se faire construire (en France, ils sont irréprochables vous dis-je) des plateformes pétrolières sur lesquelles certaines zones sont réservées aux blancs et d'autres aux indigènes. Hé oui, bonnes gens il faut penser à tout quand on dessine des plans.
Et je laisse l'un des fidèles lecteurs de ce blog, qui se reconnaîtra, compléter mon propos sur cette entreprise qui fait notre fierté dans les pays en voie de développement où elle apporte le progrès social et les valeurs morales du pays des droits de l'homme.

"Regarde en l'air,
Le mur de l'hôtel de ville.
Trois mots dans la pierre."

vendredi, octobre 19 2007

Bite the bullet

France Culture est une station des plus désopilantes. Un peu avant 7 h ce matin, nous fûmes réveillés Cary Grant et moi par un cours magistral de "l'Université de tous les savoirs". Nous avons pris l'habitude de réinvestir la réalité, chaque matin, avec ces conférences, toutes plus hallucinantes les unes que les autres. Ca cause souvent géopolitique, littérature, psychologie et, nimbés encore des vaporeux voiles du sommeil, nous n'y comprenons pas grand-chose mais les propos, en général parfaitement hermétiques, forment un ronron amical et bienveillant qui nous permet d'accepter l'idée que, quelques minutes plus tard, le journal va débuter.

Ce matin donc, nous saisissions çà et là, entre deux lambeaux de sommeil, des bribes de phrase. "On le bouche, on le remplit et on le réchauffe", entendis-je. Ce qui ne manqua pas d'attirer mon attention.
Il ne s'agissait pas de la recette du chapon farci, en prévision des fêtes de fin d'année, mais d'un exposé pratique sur la méthode du "damage control", procédure médicale destinée à conserver en vie un blessé par balle passablement mal barré. L'hypothèse (hélas pas d'école) c'est qu'il y a eu un carnage infâme, et qu'on ramène dans des structures pas forcément adaptées tout un tas de gars bien amochés. A priori, l'expérience prouve que si on opère les plus salement touchés à leur arrivée, on a de la perte et c'est quand même embêtant.
Grâce à un vingtième siècle particulièrement fécond en massacres par balles de tailles diverses, on en sait aujourd'hui un peu plus sur la meilleure méthode de conservation de la viande perforée. Et donc, nous expliquait doctement le professeur durant cet appétissant aperçu de la chirurgie en temps de guerre, il faut boucher les artères qu'elles font rien qu'à saigner et à vous vider le gars, ensuite vous transfusez proprement et vous stockez le malheureux bien au chaud histoire de voir s'il tient le choc et si ça vaut la peine de l'opérer. L'autre avantage de cette méthode étant, indiquait ce joyeux drille, le gain de temps. Eh oui, on n'a pas que ça à faire, il y a d'autres massacrés qui attendent.

Je vous rappelle qu'il était fort tôt et que cet enthousiasmant exposé était prononcé dans le cadre d'un cours magistral, avec le ton distancié et solennel qui sied à ce genre de performances.

A côté de moi, je sentis un soubresaut, puis une série de spasmes.
Cary Grant était pris d'une incontrôlable crise de fou rire.

lundi, septembre 24 2007

On m'a parlé de ton pays, comme d'une sorte de jardin fleuri*...

Ce matin, réveillée par le très sérieux journal de France Culture, j'appris que la Birmanie était secouée par d'importantes manifestations contre la junte militaire. Du genre où la seule solution envisageable est d'appeler en urgence Bernard Lavilliers. Et la journaliste de rappeler qu'en 1998 de précédentes manifestations avaient été violemment réprimées, l'intervention de l'armée engendrant plus de 3.000 morts. La situation actuelle faisait donc craindre le pire.
D'ailleurs, concluait-elle sans rire, les dirigeants avaient alerté le personnel des hôpitaux pour qu'il se tienne prêt à accueillir un grand nombre de blessés.

Gouverner c'est prévoir, dit-on.

* Grand jeu de la rentrée (ben oui, pendant que d'autres se font massacrer la tronche, on a bien le droit de jouer un peu pour oublier le désagrément que cette idée occasionne, on est sensibles nous les Occidentaux) : retrouvez le titre et l'interprète de ce morceau. Les pandas n'ont pas le droit de jouer. Parce que sinon, ils gagnent tout de suite.


Note additionnelle, supplémentaire et presque aussi inutile qu'un album de Superbus : mon chéri officiel, fasciné par le mystère insondable de mon parcours musical d'avant lui, avait très envie d'être le premier à deviner qui était l'auteur de ce titre. J'indique aux plus jeunes que les membres de la Souris Déglinguée, pour ambigus qu'ils soient dans leur discours politique (en clair, je n'ai jamais su si c'était des gros fachos ou non) revêtaient pour moi une authenticité rock-français-alternatif indubitable. A la demande de mon Cary Grant à moi j'ai donc fredonné les premiers vers de "Tambour et Soleil".
"Ah ben ouais, j'ai trouvé, c'est Indochine". Qu'il me dit. Le cuistre.

mercredi, septembre 5 2007

Glory, glory, alleluiaaaaaa

On se souvient toujours de sa première fois. Ca y est.

Mon premier commentaire. Juste quelques lignes au-dessous de celles-ci.
Et d'où croyez-vous qu'il vient, ce premier commentaire sur une note exaltant la douceur de vivre de la France profonde ? Tout simplement de l'autre côté de la planète. Ben oui, la première fois, je préfère que ça ait du style.
Car en plus d'être allemand (déjà, ce n'est pas facile), mon ami Udo a choisi les antipodes pour infliger au monde du travail le fruit de ses interminables et nébuleuses études (dont je n'ai toujours pas compris le thème).

Mais examinons plutôt cette récente photo le montrant en compagnie de souriants jeunes gens dont nous saluerons l'infatigable bonne humeur, même lorsqu'il fait froid, en altitude, à quelques jours de la reprise du travail.
Ils sont sains, ils sont sportifs, ils n'ont pas peur des défis, ils ont l'humilité des pauvres mortels face aux paysages grandioses, en un mot : ils sont la fierté de notre vieille civilisation.
Le regard droit et le front altier, ils balaient d'un revers de main la médiocre nécessité et n'hésitent pas à charger des joyaux de notre culture un sac déjà trop lourd pour les brandir, dans un geste sublime et désespéré, à la face de l'orgueilleuse Dame Nature.

Ils auraient pu céder aux symboles faciles des générations perdues et poser en compagnie d'un traité de Lao-Tseu, d'un drapeau européen, d'un portrait du Che.
Non. Fi de tout cela. Ils emportèrent avec eux de la bière (en bouteilles de verre pour qu'elle pèse lourd à l'aller ET au retour).

Pour la mondialisation des cultures, c'est pas gagné.