Mon chéri, opposant intégriste à tout forme de coquetterie, a récemment jeté ses principes aux orties pour investir dans un cosmétique masculin dont il serait parfaitement déraisonnable d'envisager le prix au litre, censé adoucir les barbes les plus agressives.
L'élu de mon coeur est, en effet, affligé d'une pilosité faciale classée dans la catégorie des armes de guerre, dont le développement est inversement proportionnel à celui de sa chevelure. La perversité du système pileux masculin me plonge dans des abîmes* de perplexité.
Nous prîmes donc courageusement le chemin de la parfumerie sur les marches de laquelle je l'attendis non moins courageusement. Ces temples de la superficialité me rappellent cruellement tout le chemin (de croix) qu'il me reste à accomplir pour devenir une créature conforme à l'image communément acceptée de la Femme (avec une majuscule). Disons que je suis une athée de la cosmétique.
Mon conjoint ressortit de là, un sourire amusé sur le visage, malgré le chèque exorbitant qu'il venait de signer. La petite merveille de chimie dont il était depuis quelques secondes l'heureux propriétaire s'intitulait sobrement "Rêves d'Homme".
Le plus savoureux nous attendait une fois arrivés chez nous, lorsque nous nous penchâmes sur la notice dudit produit. Attention, séquence émotion : "la meilleure façon de ne plus s'entendre dire "tu piques" quand on aimerait entendre "je t'aime"".

Notre erreur provenait sans doute de cette nuance lexicale. Mon chéri ne "pique" pas, ça c'est pour les petits joueurs. Il serait plus approprié de dire qu'il m'écorche la face chaque fois qu'il m'embrasse. Toujours est-il qu'après une semaine d'utilisation scrupuleuse, les faits sont là. Modérer la capacité de destruction (massive) de la barbe de mon cher et tendre relève effectivement de l'onirique.



* Je ne peux plus guère utiliser ce terme sans une légère appréhension suite à une joute peu glorieuse et néanmoins amicale avec un autre chevalier de l'orthographe, au cours de laquelle je fus désarçonnée par mon adversaire. Prenez cinq minutes (après tout, votre vie n'est pas si exaltante), penchez-vous sur les différentes orthographes du mot et la vérité apparaîtra devant vos yeux effarés : le français est une langue de sadiques compulsifs.