Voilà plus d'une semaine, je promettais à au moins deux lecteurs une démonstration de mesquinerie ricanante à l'endroit de notre président bien-aimé et de sa prose à visées pédagogiques.

Avant toute chose j'aimerais faire remarquer la qualité littéraire dudit document (non pas ce billet, la lettre adressée aux profs, suivez un peu et reconnaissez au passage ma munificence) et saluer le travail de celui qui l'a écrit (qui peut-être n'importe qui, excepté celui qui l'a signé. Ca s'appelle l'organisation administrative). J'entrevois deux hypothèses :

  1. Pour la circonstance notre président bien-aimé nous a sorti son normalien de service, celui qui a eu le bac avec mention et écrit presqu'aussi bien qu'un titulaire du certificat d'études cuvée 1932.
  2. Après la pression insoutenable des élections et son cortège de discours écrits à la va-vite, le monsieur-qui-écrit-à-la-place de notre président bien-aimé et qui ne m'avait jamais vraiment convaincue sur la forme (pour le fond, je préfère ne pas m'exprimer ici, on ne sait jamais des enfants peuvent me lire) a enfin eu le temps de se reposer. Une nourriture saine et équilibrée, un maître de bonne humeur et un emploi stable (c'est pas mal quand même, un CDD de 5 ans), ça vous requinque un plumitif.

Toujours est-il que j'ai réussi à lire la lettre adressée aux enseignants (et envoyée la veille aux petits copains journalistes. A tout seigneur, tout honneur) et je ne regrette pas mes efforts. Moi qui adore le désuet, le vieillot, les délicieux effluves de la IIIe République (pas la fin, hein, bande de mal-intentionnés), j'ai été servie au-delà de mes espérances. Au coeur des considérations générales et assez oiseuses de notre président bien-aimé comme quoi l'école c'était mieux avant, le respect se perd ma bonne dame, ah ces jeunes générations ce qu'il leur faudrait c'est une bonne gu... - heu, non, j'ai rien dit - se nichait une véritable perle, une madeleine de Proust qui me rappela mes plus kitschissimes lectures.
Moi qui vous écris, j'ai ingurgité en mon jeune temps la quasi-intégrale de la Comtesse de Ségur (il faudra que j'en parle à mon analyste, ça pourrait le faire avancer). Pour ceux qui ont oublié les longues pages de morale bien-pensante de grenouille de bénitier qui jalonnent son oeuvre, vous trouverez tout cela sur Gallica.

Toujours est-il que grâce à son interventionnisme éducatif (rien que l'idée m'amuse), notre président bien-aimé m'a replongée pendant quelques minutes dans la grâce surannée de mon enfance anachronique. Jugez plutôt :
"Récompenser le mérite, sanctionner la faute, cultiver l'admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai, de ce qui est profond, et la détestation de ce qui est mal, de ce qui est injuste, de ce qui est laid, de ce qui est petit, de ce qui est mensonger, de ce qui est superficiel, de ce qui est médiocre, voilà comment l'éducateur rend service à l'enfant dont il a la charge et comment il lui exprime le mieux l'amour et le respect qu'il lui porte."

Que du bonheur. A côté de ça, Sophie Rostopchine* est une dangereuse révolutionnaire gauchiste.





* Si ce nom soulève une interrogation qui confine à l'angoisse existentielle, je rappelle que Wikipedia, c'est pas fait pour les chiens. Et également que c'est le nom de jeune fille de la Comtesse de Ségur qui, elle aussi, était russe (cf billet précédent).