J'avais prévu un billet se gaussant des réformateurs réformistes de la gauche française, mais nous aurons bien d'autres occasions et de plus belles, à n'en pas douter.

Non, ladies et gentlemen, point de cela car ce soir, c'est jeunisme à tous les étages. Madame Killer Queen chantait de sa voix cristalline les louanges de la trentaine dans un billet récent. Je ne puis que m'insurger avec véhémence et m'inscrire en faux. "A la trentaine, on vit, enfin" dit-elle.
Je comprends bien son propos sur la recherche de soi, la souffrance, les errements, cette nage entre deux eaux (saumâtres, au demeurant) qui caractérise la décennie de ce qu'il est désormais convenu d'appeler "l'adulescence". Et pourtant durant ces dix années ou plus, où la seule vue d'une biscotte dont le côté beurré s'est misérablement écrabouillé sur le sol PVC de la kitchenette suffit pour se croire persécuté par les dieux courroucés, où l'autodérision est un concept aussi abstrait qu'insaisissable, où l'on craint tant le ridicule que l'on en est grotesque, où l'on défile le vendredi le poing levé contre à peu près n'importe quoi mais où l'on n'arriverait pas à se lever avant midi le dimanche, même si l'autosuffisance alimentaire de l'Afrique en dépendait, durant cet "âge béni où t'es qu'un con et y a qu'à toi qu'on l'a pas dit", on existe. Même trop, même mal.

Comme toujours depuis que je le connais, Victor Hugo l'a écrit cent fois mieux qu'une vie passée devant mon clavier ne me le permettra jamais :
"Puis effeuiller en hâte et d'une main jalouse
Les boutons d'orangers sur le front de l'épouse ;
Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé
Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ;
Voir aux feux de midi, sans espoir qu'il renaisse,
Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse,
Perdre l'illusion, l'espérance, et sentir
Qu'on vieillit au fardeau croissant du repentir,
Effacer de son front des taches et des rides ;
S'éprendre d'art, de vers, de voyages arides,
De cieux lointains, de mers où s'égarent nos pas ;
Redemander cet âge où l'on ne dormait pas ;
Se dire qu'on était bien malheureux, bien triste,
Bien fou, que maintenant on respire, on existe,
Et, plus vieux de dix ans, s'enfermer tout un jour
Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour !"



Que les choses soient bien claires entre nous, je n'échangerais pas un baril de mes 20 ans de petite conne imbue, nombriliste et pseudo-dépressive contre deux de mes 30 ans apaisés, raisonnables et désespérément sains.
Et puis merde, soyons fous, vivons vite et mourons jeunes (ou le contraire ?), adieu la vie rangée de citoyenne modèle, nothing can stop me now, ce soir je mange DEUX carrés de chocolat. Rock'n'roll !!!