Mellon collie...
Par Miss SFW le mardi, février 12 2008, 22:20 - I'm a loser, baby - Lien permanent
J'avais prévu un billet se gaussant des réformateurs réformistes de la gauche française, mais nous aurons bien d'autres occasions et de plus belles, à n'en pas douter.
Non, ladies et gentlemen, point de cela car ce soir, c'est jeunisme à tous les étages. Madame Killer Queen chantait de sa voix cristalline les louanges de la trentaine dans un billet récent. Je ne puis que m'insurger avec véhémence et m'inscrire en faux. "A la trentaine, on vit, enfin" dit-elle.
Je comprends bien son propos sur la recherche de soi, la souffrance, les errements, cette nage entre deux eaux (saumâtres, au demeurant) qui caractérise la décennie de ce qu'il est désormais convenu d'appeler "l'adulescence".
Et pourtant durant ces dix années ou plus, où la seule vue d'une biscotte dont le côté beurré s'est misérablement écrabouillé sur le sol PVC de la kitchenette suffit pour se croire persécuté par les dieux courroucés, où l'autodérision est un concept aussi abstrait qu'insaisissable, où l'on craint tant le ridicule que l'on en est grotesque, où l'on défile le vendredi le poing levé contre à peu près n'importe quoi mais où l'on n'arriverait pas à se lever avant midi le dimanche, même si l'autosuffisance alimentaire de l'Afrique en dépendait, durant cet "âge béni où t'es qu'un con et y a qu'à toi qu'on l'a pas dit", on existe. Même trop, même mal.
Comme toujours depuis que je le connais, Victor Hugo l'a écrit cent fois mieux qu'une vie passée devant mon clavier ne me le permettra jamais :
"Puis effeuiller en hâte et d'une main jalouse
Les boutons d'orangers sur le front de l'épouse ;
Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé
Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ;
Voir aux feux de midi, sans espoir qu'il renaisse,
Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse,
Perdre l'illusion, l'espérance, et sentir
Qu'on vieillit au fardeau croissant du repentir,
Effacer de son front des taches et des rides ;
S'éprendre d'art, de vers, de voyages arides,
De cieux lointains, de mers où s'égarent nos pas ;
Redemander cet âge où l'on ne dormait pas ;
Se dire qu'on était bien malheureux, bien triste,
Bien fou, que maintenant on respire, on existe,
Et, plus vieux de dix ans, s'enfermer tout un jour
Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour !"
Que les choses soient bien claires entre nous, je n'échangerais pas un baril de mes 20 ans de petite conne imbue, nombriliste et pseudo-dépressive contre deux de mes 30 ans apaisés, raisonnables et désespérément sains.
Et puis merde, soyons fous, vivons vite et mourons jeunes (ou le contraire ?), adieu la vie rangée de citoyenne modèle, nothing can stop me now, ce soir je mange DEUX carrés de chocolat. Rock'n'roll !!!
Commentaires
Perso, moi qui ai pris un peu d'avance sur la trentaine, je dois dire que je suis plutôt de l'avis de cette chère Killer Queen. En plus j'ai jamais levé le poing, même pas à un concert de Rage Against The Machine (patience).
Bah moi qui croyais que la mélancolie suicidaire, l'apathie désabusée, la souffrance, les tourments, et les attirances morbidos-gothiques, sans oublier la tristesse infinie - l'album des Smash P figure au panthéon de ma liste des meilleurs titres d'album et on s'en fout que je parle de panthéon sans y faire figurer de Dieux - étaient de l'ordre de l'adolescence et priés de laisser à place à une forme plus sereine de douce complicité avec soi-même, de projets d'avenir et de vitalité à l'approche, justement, de la vingtaine... L'adulescence n'est-elle pas réservée qu'aux Tanguy de ce monde ?
Ou alors, ce serait que ma psy a raison : j'ai une maturité de trentenaire.
(D'ailleurs, ce soir, c'est soupe de courge butternut.)
(Nan mais y a aussi du chocolat qui traîne. Et de la glace à la vanille. Faut pas s'inquiéter, comme ça.)
Ah c'est donc ça la revanche personnelle par blogs interposés... ^_^
Bref, bon, évidemment, je maintiens tout ce que j'ai dit, d'abord, même que. Bien sûr qu'à la vingtaine on existe, mais on est sacré brouillon de soi-même, quand même.
(Krazy Kitty > J'ai de la Cookie Dough Ben&Jerry's au congèle, je suis sauvée)
Je pense qu'il n'est pas incompatible d'être djeuns dans sa tête et de cuisiner des lentilles à la saucisse de Morteaux.
Et puisqu'on est dans la citation de haute volée (avec une discrète reprise de Jacques Brel sans rien dire, rhooo), j'ajouterai même que ce sui compte, c'est de ne pas être un gros con. Car quand on est con, etc, qu'on ait 20 an qu'on soit grand-père...
En même temps, je prend bonne note que ce cher Brassens a d'instinct dit "20 ans" et pas "30".
Oooh je sens que cette journée va être remplie de perplexité réflexiative...
Pourrais-tu (s'il te plait) nous citer 3 endroits où il est possible de nager entre deux eaux saumâtres ?
(une casserole d'eau pour les nouilles ne compte pas)
Je connais des pays où à 30 ans tu flippes vraiment. Exemple au hasard : le Tchad. A 30 ans, il te reste en moyenne 15 ans à vivre. Dans les livres d'histoire, on appelle cela les "bienfaits de la colonisation".
PS : pour la traduction de waterboarding, je propose, à la place de "simulation de noyade", "soin du visage à base d'eau minérale. Effet garanti."
Ah oui mais au Tchad, à 30 ans, tu connais ta chance d'avoir vécu jusque là, au lieu d'avoir passé ta vie à te lamenter que les places de ciné, ça coûte vraiment trop cher. D'ailleurs, à la vingtaine, tu as autre chose à faire que de traîner au lit le dimanche matin plutôt que d'aller sauver *ahem* l'Afrique. Du coup c'est pas du tout pareil.
Giant Panda > Ca me rappelle la répartie cinglante d'un ami politiquement engagé (dans la mouvance : " y en a pas un sur cent et pourtant, ils existent") à qui je disais un jour qu'il fallait savoir baisser les bras et qui me répondit avec raison que, pour cela, encore aurait-il fallu que je les eusse levés.
Krazy Kitty > Je partage tellement l'opinion de ta psy que je songeais en écrivant ce billet à la perspective de te voir, avec tes vingt ans, ramener à la raison la trentenaire que je suis.
Killer Queen > Il faut croire que l'on s'amuse bien quand on est un brouillon.
Pétronille > Merci infiniment d'avoir noté mon indicible effort pour valoriser ma culture indigente en matière de chanson française. Sans toi, pour sûr, la citation passait inaperçue.
Djib > Et la licence poétique dans tout ça ? Mais je me doutais depuis toujours que tu n'étais pas du genre licencieux...
Cary Grant > Dis donc, tu es bien gentil mais si tu pouvais éviter de pointer du doigt devant tout le monde mon autoapitoiement de pauvre petite fille riche, je t'en saurais gré.
Re-Krazy Kitty > Entendons-nous bien, je n'ai jamais dit qu'une manifestation d'Occidentaux lénifiants allait sauver l'Afrique mais juste que j'étais une loque incapable de se mobiliser suffisamment pour se forcer à faire quoi que ce soit, y compris si le sort de l'Afrique en dépendait.
Ce qui est une caricature, bien sûr, car tu as deviné que j'étais une authentique altruiste dont la béatification n'est qu'une question de mois.
Cary Grant > Ah ben si c'est si joliment dit dans les livres d'histoire, alors c'est que c'est vrai.
Sinon, au passage, je salue tes talents de traducteurs pour "waterboarding". J'adore !
Miss SFW > Il faut croire oui.
Et puis j'ai une preuve supplémentaire de ce que j'avance, que trente ans et des cacahouètes, c'est mieux que vingt et autant de cacahouètes : c'est mon anniversaire aujourd'hui même et à quelques exceptions familiales près, grosso merdo tout le monde l'a oublié autour de moi. Autant de remerciements et de papier cadeau à trier en moins, ouf, me voilà soulagée.