C'est une maison bleue...
Par Miss SFW le mercredi, avril 16 2008, 20:34 - The world is not enough - Lien permanent
La presse française est un gisement inépuisable de motifs pour se gausser. Prenons par exemple le numéro d'avril du "Journal de la maison". D'aucuns s'étonneront et ne manqueront pas de rendre publique leur surprise de me voir feuilleter un magazine populaire de décoration intérieure en lieu et place des Inrockuptibles ou du Monde Diplomatique. Je leur répondrai qu'il y a tout autant matière à rire dans la presse féminine que dans les grands journaux sérieux. Dès lors, pourquoi se priver de ces précieux instants de gondolage ? Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, comme disait l'autre.
Les magazines de décoration ont ceci en commun avec les journaux de référence qu'ils suivent aveuglément les modes, hurlant plus fort que les loups parmi lesquels ils se sont invités. Depuis quelques mois, leur lecteur subit un véritable raz-de-marée d'écologisme niais et béat. C'est à celui qui fera la Une la plus verte, la sélection d'articles les plus bio, le reportage le plus écologiquement correct. L'exercice donne lieu à des titres consternants : "so biotiful", "my déco is écolo"... J'en passe et des pires.
Dans le salmigondis idéologique de la boboïtude décomplexée, on mélange hardiment convictions écologistes, préoccupations sociales et quête spirituelle. Allez, je vous fais un lot, chère madame, on l'a aussi en panier-cadeau pour offrir. Amis de la rigueur intellectuelle, passez votre chemin. Et tant que vous y êtes, changez de siècle parce que là, vous gênez le passage de la branchouille conscientisée.
Le Journal de la Maison consacrait donc une double page à la consommation "responsable" qui consiste en substance à jeter toutes vos anciennes babioles irrémédiablement entachées de non-écologitude pour les remplacer par de tous nouveaux, tous beaux et surtout irréprochables objets estampillés AB. Ou Max Havelaar si vous êtes droitier ou astigmate. L'article s'intitulait "une déco éthique" ( joli travail sur les sonorités, bravo) et débutait par :"Recycler c'est bien, acheter bio aussi, mais si l'on veut vraiment faire une différence et donner une chance à notre planète, il va falloir aller encore plus loin" (note de la mesquine de service : Euh, genre sur Mars ?).
A ce stade de ta lecture, tu te dis que là, il va y avoir de la méchante orthodoxie écologique et tu te prépares déjà à culpabiliser avec tes brioches industrielles aux pépites de chocolat emballées individuellement dans le placard. Manquerait plus qu'il y ait une descente de la milice verte et tu es fait comme un rat, un bol de pop-corn OGM dans la main droite et un gobelet en plastique jetable dans la main gauche.
Inexorable, l'article poursuit : "La pensée écolo (...) c'est aussi s'opposer à la surconsommation et favoriser la production qui a un sens en encourageant le savoir-faire des artisans du Pérou, d'Afrique du Sud ou autre" (note de la mesquine de service : moi j'aurais mis "ou d'ailleurs", ça faisait moins condescendant, enfin bon, j'dis ça hein...). Pour la surconsommation je vois bien le lien avec l'écologie, jusque-là je suis.
Par contre, pour l'artisanat old-school-c'était-mieux-avant... Je suis peut-être un peu basse de plafond mais je ne vois pas pourquoi surexploiter les gens, les faire travailler quatorze heures par jour ou attacher des enfants de cinq ans aux machines pour qu'ils n'aillent pas jouer ce ne serait pas écologique et ça menacerait la planète. On peut très bien le faire dans une usine aux normes iso-trucs, qui n'utilise que des produits recyclables et plante un eucalyptus en Indonésie chaque fois qu'un de ses employés de moins de douze ans perd un bras dans la machine. Donc là désolée, mais je ne vois pas l'enchaînement logique. Mais bon, le titre de l'article est un fourre-tout, alors ne chipotons pas.
Je note toutefois que je ne suis pas la seule à m'être pris les pieds dans les circonvolutions du contorsionnisme éthico-bio-correct. Dans la sélection d'articles (ah ben oui, le but c'est quand même de vous faire acheter des objets inutiles), tout à coup mon oeil fut frappé (ailleuh) :
Ah ben dis donc, moi qui croyais que dans un monde éthiquement correct les enfants allaient à l'école au lieu de travailler... Non ça c'est valable pour les vrais enfants, les nôtres. Pas ceux de la rue du bout du monde qui sont quand même mieux à fabriquer des cabas qu'à traîner dehors.
J'avais bien compris que les grands rêves de fraternité des chrétiens-sociaux à la grand-papa étaient définitivement obsolètes mais enfin à ce point...
Commentaires
Je suis très cliente du bio, de l'équitable et de tout ce qui permettrait de me laver la conscience sans pourrir la planète, dans la limite de mes finances, bien sûr, donc je suis assez peu cliente, en fin de compte.
Mais l'article sus-analysé m'a littéralement troué l'arrière-train de par sa bêtise et son ridicule achevé. Et je te remercie de ton courage à lire tout ceci, moi, je n'y arrive pas, les magazines en papier glacé et facilement jetables, ce n'est pas bon pour mon karma.
Cela dit, qui a besoin d'une tête de vache ne plastique, même recyclé, surtout que cet immondice est vendu 50 € ?!
Un Eucalyptus ?!?
Oulaa, tragique coquille ! Il fallait bien entendu lire "Fabriqué en dinde par les enfants Delarue".
C'est très joli les cabas en plumes de dinde. Bien qu'un peu mal vu comme cadeau de fête des mères.
Je comprends pas. On nous rabâche pourtant qu'il faut acheter local (comme les acquis !) parce que sinon on pollue en faisant voyager des avions / camions / trains / bateaux depuis le Pérou. Ou alors ils traversent l'Atlantique à la rame et viennent depuis la côte jusqu'à ton petit chez toi tout chaud, tout doux et tout confortable sur leurs petit pieds d'objets authentiques ?
J'aime bien aussi l'idée de *jeter* ce qu'on possède actuellement pour *moins* consommer et moins polluer (si ton article n'en parle pas, il s'est très mal inspiré des récents articles des féminins américains). Par exemple si je jette mon grand sac (j'arrive pas à dire cabas, ça fait mémé) en poly-machin-truc pour le remplacer par un (trois fois plus cher) en tissu, je pollue moins que si je gardais le truc en poly-machin ?
Sans parler du livre (sur papier glacé ?) qui t'apprend à utiliser un ordinateur plutôt que de couper des arbres... (et hop, le grand débat énergie pour alimenter l'ordinateur vs. coupage des arbres est lancé).
(Puis la corbeille en affiche recyclée, à 11 euros 50, c'est pas un peu du foutage de gueule ? Je te fais des mini-corbeilles en pages de féminins recyclées pour que dalle, moi, si tu me donnes une vieille affiche je te garantis que le temps et l'énergie que j'y passent ne valent pas 11 euros 50...)
En conclusion : j'adore les écologistes !
(Évidemment, que je veux sauver la planète, et les petits enfants sur-exploités, et manger des choses saines et bonnes pour mon petit corps potelé. Mais si on peut conserver trois connexions neuroniques dans le processus, ça m'arrange...)
oui mais c'est des petits enfants bio !
Ils vendent pas des enfants bio à accrocher au plafond ?
tetrokon.hautetfort.com/a...
Cela soulève un débat intéressant : peut-on chevaucher sur deux chevaux (de bataille) à la fois ?
Sauvez les phoques ET les chinois ?
Hier un collègue affirmait qu'il aime les phoques. Mais pas les Chinois. Comme quoi on peut acheter bio et n'avoir pas d'étique.
Alors oui, allons plus loin que loin : mangeons les enfants péruviens.
Pétronille > Et bien voilà, tu as enfin trouvé la solution pour résoudre la crise du thon rouge en voie d'extinction à cause d'un excès de sushi. Faisons des sushi d'enfants péruviens. Et de chinois.
Killer Queen > Et encore tu n'as vu qu'une petite partie de la tête de vache. A mon avis, 50 euros c'est un peu dispendieux pour un épouvantail.
Monsieur Krasu > Vous et moi, my dear, savons que l'eucalyptus sauvera l'humanité.
You > Ah ben oui, bien sûr. Mais d'où vient cette science subite des mille et un usages de la dinde ?
Krazy Kitty > Tu comprends bien que la mini corbeille fabriquée à la main par des doctorantes provençales, c'est quand même moins vendeur. Ou alors il faut parler de tes problèmes de lombaires. Et ajouter que tu as été mariée de force à "is he real ?". Comment ça, c'est faux ? Mais c'est pour vendre, fais un effort.
Raph > tout à fait. Je ne citerais pas sur ce blog une entreprise pouvant être suspectée d'immoralité écologique. J'ai des principes, moi monsieur.
djib > J'ai cliqué sur le lien et "aaaaah mais c'est dégoûtant" (copyright Pétronille).
Pétronille > Quelquefois, il faut choisir. C'est baleines ou Japonais. Palombes ou Landais. La gauche ou le parti socialiste (les plus vieux d'entre vous identifieront sans peine ce honteux plagiat).
Ouais, ben les plus vieux, ils te disent bien des choses, hein !! -_-
Ah ah ah !!! En ce moment, la monde, c'est l'écologiquement correct. CV'est assez rigolo, parce que si on veut être écologiquement correct ET consommateur, ça oblige à des contorsions intellectuelles assez marrantes.. Mais bon, dans ces journaux, ils s'en foutent, le pire, c'est le vide, écrire n'importe quoi, c'est toujours mieux que rien...