J'éprouve, d'aussi loin que je me souvienne, une défiance confinant à l'aversion pour les correcteurs qui ne boivent ni thé ni café. J'ai désactivé celui de word sans même lui laisser l'occasion de faire ses preuves. Des bouffées de violence me suffoquent lorsqu'un quelconque me vante béatement les mérites de telle ou telle béquille électronique à l'usage des handicapés de l'accord.
Non que je nie à quiconque le droit d'écrire en dépit d'un sens de l'orthographe en coma dépassé - Victor Hugo lui-même commettait de splendides fautes, alors hein, tout est dit - simplement ne venez pas m'asséner qu'une intelligence binaire peut remplacer des siècles de capillo-traction au service de cette langue de sadiques compulsifs qui est la nôtre.

Et là, sous vos yeux ébahis, démonstration. Tapons "correcteur" chez notre meilleur ami Google. En tête de liste, figure le site "bonpatron". Bien, dépassons la raillerie facile, nous savons tous que ce nom est stupide, qu'un bon patron est un patron mort, un peu de munificence mes amis, laissons-leur une chance. Proposons donc au miraculeux logiciel censé guérir les écrouelles grammaticales, une courte phrase truffée de vilenies orthographiques, inspirée par la merveilleuse série intitulée "Shuriken School" que mon fils, quatre ans, me fait subir à l'heure où j'écris ces lignes : "l'épreuve était part trop ardu, il est tombé du toi."
Que nous répond alors notre petit génie de l'orthographe ? Que tout va bien dans le meilleur des mondes, si ce n'est un léger doute sur "part" parce que bon, "si le sujet est féminin, le dernier mot doit terminer par e". Tristesse infinie.

"Saviez-vous que BonPatronPro ne coûte que 15$ (environ 10€) ?", nous annoncent, toute honte bue, ses concepteurs. J'en ris encore.