Au titre de ma participation à la bonne santé du capitalisme (qui va bien, merci), j'ai conclu une floppée d'assurances qui me garantissent - peut-être - que je toucherai le jackpot quand il ne me restera rien d'autre. Je serai bien contente avec mon chèque à la main devant le tas de cendres sis à l'ancienne adresse de ma maison ou en suivant le cercueil de Cary Grant ou encore bien calée dans mon fauteuil roulant après m'être encadré un platane. Ca me fera une belle jambe, pour le coup.
Bref, je verse tous les ans de rondelettes sommes à nos amis les spéculateurs qui, croyant me combler de bienfaits, m'envoient en retour leur feuille de chou mensuelle, prétentieusement surtitrée "votre mini-mag, plein d'infos pratiques et utiles". Alors d'abord, tu es gentil mais on dit "magazine" et "informations". Ou alors on devient journaliste pour le petit écran. Ensuite, cher confrère, je lis dans l'ours que tu es quatre personnes pour écrire 20 pages mensuelles, abondamment illustrées, en format A5. Non aux cadences infernales, camarade. Du coup, je me dis qu'avec tout ce temps devant toi tu as probablement trempé ta plume dans de l'extrait de talent pur en vue de réinventer la langue de Maupassant. Encore un qui a bien fait de mourir avant la fin du XIXe siècle. Il aura ainsi évité de cruelles désillusions. Et l'intolérable torture de ta prose consternante.
D'ailleurs, cher confrère pluriel, Albert Londres n'a pas disparu dans un naufrage. Il s'est immolé par le feu en pleine mer après avoir lu ta copie.
Loin de moi l'idée de juger ton gagne-pain, qui ressemble fort au mien. Simplement, quitte à faire de la daube, essaie de la bien faire.

On ne m'ôtera pas de l'esprit qu'il y a un insondable mystère derrière l'envie manifestement irrépressible qu'éprouvent toutes les institutions, collectivités territoriales et grandes entreprises d'éditer périodiquement une parution aussi insipide que superflue, dont l'unique mais coûteux mérite consiste à offrir un poste à des travailleurs affligés d'une faible employabilité. Certes, l'humanité est une espèce nulle et non avenue mais se trouve-t-il seulement une personne sur trois pour retirer ces consternants fascicules de leur film plastique avant d'expédier emballage et contenu à la poubelle ?

La prochaine fois que mon assureur ou mon président de Conseil général voudra m'envoyer de la lecture, serait-il possible d'avoir un Librio de Racine ou n'importe quel Balzac ? Même un Pif gadget, je suis preneuse.