Vous n'êtes pas sans savoir que je partage ma vie avec un certain Cary Grant qui lui-même partage la sienne entre son ordinateur et ceux que l'Education Nationale l'a chargé de rentabiliser en initiant les générations montantes aux mystères de l'informatique. Or, dans l'école où sévit monsieur mon mari, un poste a été supprimé à la rentrée. Il est vrai que la situation ne pouvait plus durer : en deçà d'un seuil de vingt élèves par classe, le couperet tombe et, ne nous le cachons pas plus longtemps, les établissements de cette commune honteusement privilégiée affichaient une densité moyenne de 19,90 élèves par classe.
Les enseignants du lieu ont bien songé à demander une rectification à propos d'un élève dont le peu d'élévation intellectuelle et la lenteur synaptique laissent à penser qu'il occupe aisément deux places en classe, hélas, considérant l'absence totale d'humour dans les couloirs du rectorat, ils ont lâchement renoncé.
La jeune institutrice (oui, je dis institutrice, anpe et même URSS si l'on me provoque) se voyait confisquer ses élèves et attendait son affectation, tandis que ses collègues déconfits se partageaient les têtes blondes (disons châtain foncé) en regrettant le temps révolu de la ZEP et de ses effectifs allégés. Il arrive fréquemment que ces enseignants "redéployés" n'aient plus de classe et se retrouvent dans une école où ils sont censés intervenir ponctuellement sur des matières indubitablement anecdotiques, puisqu'optionnelles : l'histoire, les langues vivantes... à l'hypothétique demande de collègues pas forcément enclins à réduire leur propre temps d'enseignement. Il se murmure durant les longues soirées d'hiver, à la pâle lueur de la lampe Camif, qu'il faut alors une grande richesse intérieure pour négocier sereinement ce tournant de carrière.
La jeune dame en question vient de recevoir sa nouvelle affectation en tant que prof subsidiaire. Elle reste dans la même école. Mais sans sa classe.
Je crois utile de préciser que l'établissement est inscrit dans le réseau "ambition réussite" qui constitue "l'une des réformes phares du ministre de l' Education nationale". Comme ils disent.


Fiat lux (je n'ai pas retrouvé l'original et en suis fort marrie).