Creeping out Sara
Par Miss SFW le vendredi, octobre 9 2009, 23:39 - Riot girl - Lien permanent
Entendant fort mal la langue de Shakespeare et encore moins celle de Joe Strummer (qui soit dit en passant n'aurait guère de leçons à donner en la matière - pour peu qu'il fût vivant - le titre "spanish bombs" constituant à lui seul un motif valable pour le lancement d'une deuxième invincible armada à l'assaut des côtes de la perfide Albion), j'éprouve toujours une joie sans partage lorsque je comprends les paroles d'un morceau anglo-saxon. Cette joie se mue en euphorie quand il s'agit d'un groupe de punk (il y a toujours quelque mérite à parler le langage des sangliers) et en exultation ultime si par chance lesdites paroles ont un quelconque intérêt. Vous m'excuserez mais face à un miracle, il me paraîtrait malséant de bouder mon plaisir.
Il y avait donc de l'enthousiasme dans l'air lorsque le morceau "Creeping out Sara" des Nofx tomba dans mon oreille. Il s'agit en substance du récit - dont on notera la portée aussi autobiographique que tragique - d'une tentative de séduction particulièrement calamiteuse. L'histoire commence (et finit) dans un concert où Fat Mike, dans un état d'ébriété avancée, aborde Sara (de Tegan and Sara) et parvient à se rendre odieux en moins de dix phrases (rien ne remplace le talent) évoquant assez peu finement l'homosexualité de la jeune dame, cette dernière conservant manifestement une courtoisie proprement stupéfiante face à l'adversité. Fat Mike est un garçon plein d'humour et je me gaussais intérieurement tout en l'écoutant s'auto-flageller en rythme.
Lorsque soudain, je saisis toute l'intensité dramatique du propos. Dans un effort (inconsidéré, à son âge) d'autocritique, le frontman de Nofx levait le voile sur un des mystères les plus insondables de l'existence : pourquoi les gros lourds sortent-ils de chez eux ? Pourquoi adressent-ils la parole aux vrais êtres humains ? Pourquoi sont-ils les seuls à ne pas être embarrassés dès qu'ils profèrent ce qu'ils croient constituer une phrase mais qui n'est en fait qu'une succession de borborygmes creux ?
Si par extraordinaire l'un d'entre eux tombait sur ce blog et avait l'incroyable vivacité d'esprit de s'interroger sur l'impression qu'il a pu produire lors de cette soirée où il était tellement beurré qu'il ne se souvient plus de rien (comme quoi la miséricorde existe), il me semble de mon devoir de l'éclairer.
Que peut bien penser une personne de sexe féminin ambitionnant vaguement de passer une charmante soirée voire de rencontrer des gens intéressants (petite utopiste), lorsque Raymond, puant la bière à dix mètres à la ronde, s'approche pesamment d'elle pour lui poser cette question sublime : "comment tu t'appelles " ?. Grâces en soient rendues aux autoroutes de la désinformation, je vais enfin pouvoir, après des années de frustration, répondre à ces légions de répugnants mollusques avinés qui peuplent les discothèques, les concerts et même les soirées chez certaines relations décidément peu sélectives.
"Cher Raymond,
J'espérais un peu que tu allais aborder ma copine car la solidarité féminine a des limites mais je vois que le sort s'acharne. Tout d'abord, évite de me tutoyer car nous ne nous connaissons pas et je ne demande pas mieux que de prolonger cette situation dont je saisis mieux à présent tous les avantages. Tu conviendras cependant qu'avec ton regard vitreux, ta lèvre pendante, ton rire stupide et ton haleine de chacal, il paraîtrait déplacé, voire ironique d'employer à ton bien piteux endroit le vouvoiement. Je te remercie également de ne pas parler trop près de mon visage, car au-delà de l'odeur d'éthanol, un simple postillon sur ma joue me ferait probablement basculer en positif en cas de contrôle d'alcoolémie. Pour ton information, non, je ne suis pas flattée que tu m'aies distinguée entre toutes mes comparses pour me faire profiter de ta brillante conversation, voire plus si je suis assez gentille. Je suis assez lucide, figure-toi, pour deviner que tu choisis tes victimes en estimant tes chances de réussite et que tu penses, un peu sottement je dois t'en prévenir, qu' il est plus facile de convaincre une femelle affligée d'un physique que tu juges médiocre plutôt que sa voisine alpha. Donc non, vraiment, ça ne me fait pas plaisir et non, je ne veux pas boire un verre. Tu auras d'ailleurs la bonté de noter que j'ai un sac à main avec de l'argent dedans, celui-là même que je gagne en travaillant au lieu d'attendre que le chasseur ramène le gibier dans la grotte. En outre (mouhaha), ta simple présence sous mon regard consterné représente un message de prévention des plus efficaces contre l'abus d'alcool. Je devrais d'ailleurs te remercier car mon hétérosexualité me pesait chaque fois que je voyais Drew Barrymore (et Salma Hayek). Ma décision est désormais prise et tu y es pour beaucoup. Je ne saurais trop te conseiller de boire encore un peu avant de prendre le volant puisqu'il paraît évident que seuls les platanes pourraient avoir envie de t'embrasser ce soir. Pour ma part, je vais rentrer chez moi où je suis attendue par mon poisson rouge dont la conversation me manque singulièrement depuis que tu te tiens en face de moi.
Dans l'attente de ton départ que j'espère imminent, je te prie de bien vouloir agréer l'expression de mes salutations pressées (non, on ne se fait pas la bise, j'ai bien du gel désinfectant dans mon sac mais, c'est trop bête, j'ai oublié mon chalumeau et mon autoclave à la maison)."
Fiat lux.
Commentaires
Raymond: et je suppose que tu baises pas non plus?
(Etre le premier à commenter offre un avantage stratégique dans la hauteur des propos que l'on peut se permettre)
L'avantage de commenter e nsecond apres toi, c'est qu'on peut ensuite tout se permettre:
Raymond: et t'aurais pas une soeur qui baise?
Je rejoins wayne99 : Mais ou sont les Raymonde ????
Par ailleurs, je tiens à prendre un peu la défense de Raymond…. N’y voyait là une grande empathie pour le bonhomme en question mais bon nous avons tous eu dans nos vie de mâles alpha, une soirée du style Raymond (à quelques degrés d’alcoolémie près…). D’abord Raymond est peut être un grand timide. Ce expliquerait son haleine houblonnée. L’alcool on le sait, permet de lever toutes inhibitions. Ensuite, il se peut très bien que Raymond ait vraiment flashé sur vous ce soir là… La prestance de vos gestes et votre silhouette svelte auront eu raison de ses sentiments. Et oui tous les mâles de la planète ne craquent pas forcément sur les blondes à fortes poitrines…
Et encore dans ce cas précis tu as de la chance car les Raymond ont la fâcheuse tendance de se déplacer en troupeau de Raymond...Mais rappelle toi, derrière ce paravent alcoolisé, il y a un petit coeur de Raymond qui bat...Je ne te trouve pas très charitable...Une seule petite réponse de ta part aurait illuminé sa soirée...Qu'est ce qu'il aurait été fier d'aller pavoiser devant les autres Raymond!!! N'oublie pas qu'il boit pour oublier la monotonie de son existence qui n'a comme seule projet: trouver sa Raymonde!!!
philachev & wayne99 > je ne voudrais pas vous angoisser mais vous faites vachement bien le Raymond (bien que vous surestimiez ses capacités de déduction. Le Raymond ne suppose jamais, même avec un rateau géant planté dans le dos, que la réponse est non).
Drbou > je me pose la même question : où sont les Raymonde ? En réalité, je ne suis pas sûre de vouloir le savoir.
Pour votre information (car vous connaissez décidément bien peu les Raymond, la faute à une adolescence loin des équipes de rugby et des soirées étudiantes, je suppose), le Raymond ne flashe que sur des femelles alpha mais se croit tout de même autorisé à étaler son inculture auprès des catégories inférieures qui n'en demandaient pas tant.
Quant aux inhibitions, sachez que je suis pour. A 200%. Je milite chaque jour pour l'avènement d'une nouvelle ère des inhibitions. Parce que la décomplexion, ça va bien quand on n'a pas de raisons de complexer, ce qui n'est pas le cas de Raymond. Ni d'autres que nous ne citerons pas, car ce n'est pas le propos.
Stef > Tu te méprends complètement sur mon compte. Je suis un être de bonté et de miséricorde. En fait.
C'est pourquoi je ne dénie absolument pas à Raymond le droit d'exister. Mais je lui dénie celui de m'informer de son existence. C'est déjà pas facile d'être philanthrope de nos jours sans laisser des vandales réduire à néant , et ce en deux phrases, des années d'efforts.
Par Avarra, tu m'as faite pleurer de rire. pour de vrai.
Sache qu'on trouve de très nombreux Raymonds dans les soirées gothiques, dark ou assimilées, sauf qu'en général ils s'appellent Jean-Eudes, mais sinon, c'est à peu près tout pareil. Je n'ai jamais osé sacrifier un cygne noir pour lui ôter sa plus belle plume et répondre avec mon sang, mais sache néanmoins que le cœur y est, sauf pour l'idée de les envoyer galocher des platanes qui ne me plaît qu'à moitié, pauvres arbres.
Je ne vous félicite pas madame. C'est à cause de personnes comme vous que des centaines de platanes sont abattus chaque année, suite au trépas de dizaines de Raymond.
Pour un peu, je vous dénoncerais à ce grand écolo-terroriste de Nicolas Hulot.
Killer Queen > Dans le cadre de cette étude scientifique sur les Raymond et leurs cousins, je serai bien obligée de te croire sur parole pour les Jean-Eudes. Ces derniers ne m'ont jamais gratifiée de leur attention au cours des rares soirées gothiques auxquelles j'ai participé. J'étais en effet trop occupée à m'esclaffer bruyamment en compagnie de Y., autoproclamé gothique-flamboyant, pour me composer le regard mystérieux et le charme évanescent de circonstance. On ne peut pas être partout. Et dire que je vais probablement mourir sans avoir connu Jean-Eudes.
Alkayl > A mon tour, je ne vous félicite pas pour votre anti patriotisme économique. Enfin, monsieur, songez un peu, des arbres de fabrication française. Ca vous affronte les décennies comme un rien. Et ce n'est pas une petite voiture de rien du tout, italienne ou japonaise en plus, qui va remettre en question la qualité de nos produits nationaux.
Vous vous méprenez sur mes propos Madame. Ces fiers arbres résistent bien à l'assaut des tôles, mais de pleutres élus, ayant un Raymond dans leur cercle familial, délibèrent à tout va pour que de vaillants platanes soient abattus. Un moyen pour eux d'oeuvrer vainement pour la survie des Raymond.
Vainement car le Raymond peut tout aussi bien percuter des pylônes, ce qui, en plus d'être utile à l'humanité, n'est pas dépourvu d'intérêt pyrotechnique.
"Chère Chantal,
Je te présente mes plus plates excuses pour t'avoir tutoyer je ne voulais pas t'offenser, mais heureusement, je ne peux plus revenir en arrière. Ne pourrions nous pas simplement prendre acte de cet état de fait, peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. J'ai choisi de noyer mon chagrin dans l'éthanol et toi dans le flacon de parfum. Finalement, nous ne sommes pas si différents.
Si j'ai souhaité te faire jouir ( même si tu n'as pas été gentille ) de ma brillante conversation, nonobstant ( ouned ) mon état d'imprégnation alcoolique, c'est que je souhaitais constater si, comme il se dit souvent, pour avoir une femme belle et intelligente il faut être polygame. Il est des choses qui ne se transmettent que de père en fils, ou entre copains par play boy interposés, que je me devais de vérifier de manière empirique. Hélas, je sais maintenant qu'il me faut me convertir à une nouvelle religion ou bien retourner me souler au vin de messe.
Je suis particulièrement étonné d'apprendre que tu avais de l'argent dans ton sac à main puisque ma canette de bière n'aurait même pas pu rentrer dedans. Mon père avait une fois de plus raison, il y a deux types de femmes : celles qui ne retrouvent jamais rien dans leur sac et celles qui ne peuvent rien y mettre, ça ne me dérange pas que tu appartiennes à la seconde catégorie. Hé oui, Jean Claude le dit toujours, " 15 ans d'expérience feront toujours la différence". D'ailleurs, revendiquer l'argent gagner par ton dur labeur est un acte de bravoure car comme chacun sait, à travail égal les femmes sont moins bien payées. Je ne te cache pas que ton petit côté féministe ne me laisse pas indifférent.
Quant aux autres griefs que tu peux me faire, je ne t'en veux pas. A cet égard, il est tout à fait symptomatique de constater ( ouned ² ) que je transmet tout de même mes amitiés à ton poisson rouge.
Dans l'espoir de pouvoir à nouveau vous postillonner au visage, veuillez agréer, Chère Chantal, l'expression de mes salutation alcoolisées."
Je découvre joyeusement ce blog et je dois avouer que l'agacement de mes zygomatiques surpris a été un étonnement pour mes collègues de bureau.
Merci donc de ce bon moment et merci pour les différents commentateurs pour certains bien au dessus de mon humble niveau !
2 choses :
-Tu connais NoFX !! tu viens de faire un bond incroyable dans ma petite blog roll personnelle, ce qui doit te réjouir d'une façon incommensurable (merci Hunspell pour le coup de main).
-Mon nom est guillaume plutôt que Raymond mais je me reconnais assez bien dans la description, du coup c'est moi qui viens de faire un bond incroyable dans ta petite liste des commentateurs (mais dans l'autre sens).
Et ça, c'est aussi incommensurable