Un nouveau lecteur s'étonnait de la longueur des billets du ci-devant espace électronique et insinuait qu'il s'agissait là d'un obstacle à la lecture. Au nom du parallélisme des formes (inutile de ricaner, il s'agit d'une expression juridique, avec tout ce qu'elle implique de morne austérité), j'eusse dû répondre en quelques lignes dans la même rubrique "commentaires". Or, comme il le relevait si justement, la concision n'est pas mon fort.
Je rappelle à votre indulgence que je suis payée pour écrire en d'autres lieux où, vaille que vaille, mon propos doit se contenter des limites étriquées d'une portion de page format tabloïd. L'exercice n'est guère ardu car je n'éprouve pas forcément un intérêt dévorant pour les thèmes qu'il m'est donné de développer. Par ailleurs, l'écriture journalistique, que mon respect absolu du lecteur m'impose, est source de déchirantes frustrations, comme bien vous vous en doutez et un instinct de survie assez compréhensible me commande d'abréger mes souffrances.
Pour autant, je récuse cette superstition fort répandue dans la presse écrite qui sussurre à l'oreille des rédacteurs en chef le chant des sirènes réductrices. Les autoproclamés consultants en communication qui viennent jusque dans nos séminaires nous vanter les mérites d'une écriture toujours plus expéditive voire contractée commencent à me porter sérieusement sur les nerfs (parce qu'en cette saison il n'y plus guère de haricot sur lequel ils pourraient étrenner leurs nike fabriquées par des enfants pauvres).
Car, cher lecteur, sais-tu ce que nous assènent les fameux consultants juste après nous avoir recommandé le minimalisme le plus étroit ? Il faut faire court parce que les gens ne lisent plus. Ils n'ont pas suffisamment de capacités d'attention pour intégrer toutes les informations contenues dans un texte long, ni même de volonté pour s'intéresser à une production écrite dont la lecture les retiendra plus de cinq minutes. Nous journalistes, êtres supérieurement intelligents, devons mixer l'information en tout petits morceaux pour les handicapés du bulbe qui nous lisent.
Voilà pourquoi, quand je suis dans le civil, je n'aime guère que l'on présente à ma lecture un article étriqué. Car non seulement je n'apprends pas grand-chose mais je soupçonne fortement son auteur de me prendre pour une pintade.
Voilà pourquoi aussi sur le présent blog où je me livre à un onanisme littéraire éhonté, je compte bien prolonger mon propos aussi longtemps qu'il m'agréera, quitte à décourager les éventuels lecteurs. Le plaisir, pour solitaire qu'il soit, n'en reste pas moins du plaisir.

Fiat lux