L'exquise Nadine Morano, dont chaque intervention télévisuelle ou radiophonique est un nouveau ravissement des sens et de l'âme, s'en prenait il y a peu à sa collègue Rama Yade. D'aucuns ont aussitôt analysé la charge de la secrétaire d'Etat à la famille comme l'exécution servile d'ordres venant du Très-Haut (arrêtez de ricaner bêtement, la taille, ça ne compte pas). Il s'agissait de fustiger Mlle Caution-Morale-Option-Multiethnique pour ses écarts (qui me laissent froide) par rapport aux options gouvernementales (dont je me gausse d'importance) quant aux avantages fiscaux des sportifs (thématique qui m'inspire une indifférence proche de l'infini). Vous l'aurez compris la question était sans intérêt, point commun qui ne manqua pas d'éveiller l'empathie de Mme Morano.
La secrétaire d'Etat à la famille déclarait implacablement, superbe dans son armure d'inanité immaculée : "Lorsqu'on n'est pas d'accord, on fait un choix, soit on se tait, soit on s'en va". C'est on ne peut plus clair. Je n'aurais jamais cru que la décomplexion prônée par les maîtres de la politique pour les nuls irait jusqu'à l'aveu de leur absence d'idées. Je veux bien comprendre que le marché de l'emploi est en pleine déconfiture et que l'on s'accroche à son poste tel le naufragé au radeau de la méduse ou le bobo moyen à son téléphone portable à écran tactile 42.000 couleurs et 800 Go (qui fait aussi cafetière, baby-foot et pierre ponce), mais tout de même.
Mes bien chères soeurs, mes bien chers frères, j'aimerais que nous observions une minute de silence à la mémoire de la moralité et de la droiture. Nous les aimions, nous croyions en elles et pourtant elles nous ont quittés à l'aube froide et sale d'un petit matin de printemps. Nous ne dirons plus jamais "le joli mois de mai".
Et nous n'irons plus jamais où tu m'as dit je t'aime.