Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Par Miss SFW le vendredi, novembre 27 2009, 18:27 - Riot girl - Lien permanent
En plein débat sur l'identité nationale, cette question m'a récemment agressée de façon tout à fait inattendue. Il se trouve que je porte un patronyme aux sonorités ibériques évidentes. Il se trouve aussi qu'il ne me reste rien d'autre de ces lointaines origines d'outre-Pyrénées, si ce n'est un type à l'évidence méditerranéen. A la fin du XIXe siècle, un Aragonais parmi tant d'autres avait cru judicieux de s'installer en France et de ne s'y "intégrer" aucunement tout en gardant cette curieuse coutume qui consistait à engendrer un nombre incalculable d'enfants dont l'un d'eux devint fortuitement mon grand-père paternel, peu après avoir épousé une fille de paysans français pur jus. Fin de l'histoire espagnole. Adieu le chorizo, bonjour la blanquette de veau.
Cary Grant, dont l'ascendance ardéchoise - attestée depuis la fin du moyen-âge dans un périmètre n'excédant pas la taille d'une place de village - mériterait une AOC, m'inflige régulièrement son consternant sens de l'humour et croit spirituel de brocarder le mélange douteux de terroirs auquel je dois mon ADN. Le dernier épisode de cette monotone saga consistait en l'échange suivant :
- Oui, alors toi, l'Espagnole...
- Tout le monde n'a pas la chance de descendre d"une lignée ininterrompue d'obscurs cabaretiers jamais sortis de leur village de péquenauds.
- En tout cas, moi je ne partirai pas par le prochain charter.
Hormis ces sympathiques joutes verbales, rien ne me rappelle jamais que ma nationalité puisse susciter l'interrogation. Porter un patronyme espagnol dans le sud-ouest est à peu près aussi banal que considérer le canard comme un aliment de base. Naguère, il m'a même été asséné par une Aveyronnaise certifiée que mon nom lui paraissait très rouergat.
Or, il advint que dans ma recherche d'un toit limougeaud (quelque chose me dit que le camping en Limousin et en décembre est classé parmi les sports extrêmes), je contactai la propriétaire d'une maison qui, en peu de phrases, me rappela irrésistiblement la Tatie Danielle de Chatilliez. Après m'avoir gratifiée de ses préventions contre les chats - peut-on raisonnablement envisager une relation, fût-elle contractuelle, avec quelqu'un qui n'aime pas les chats ? A l'évidence, non - elle me demanda mon nom en vue de fixer un rendez-vous. Je le lui indiquai derechef, préparée par de longues années de déconvenues devant les enveloppes à moi adressées, à l'épeler, lorsqu'un silence pesant interrompit la conversation. Au bout de quelques secondes, cette immonde créature sortit de son mutisme et demanda : "et le prénom ?".
Durant un bref instant, je fus fort contrariée par le manque d'esprit de mes parents qui m'ont affublée d'un prénom on ne peut plus français. Et je décommandai la visite en expliquant que, tout bien réfléchi, sa maison n'était pas assez bien pour mes chats adorés.
Commentaires
Cette dame ne méritait même pas que tu prennes la peine de lui donner des noms d'oiseaux.
Laisse donc les canards en dehors de tes péripéties limougeaudes.
Ceci dit, si tu étais une épouse dévouée et docile qui avait fait sien le patronyme de son mari, tu n'aurais pas de pareilles mésaventures.
Cette pas bonne dame méritait les pires châtiments. Qui n'aime pas les chats mérite tout simplement la chaise électrique, percée si l'âge est grand.
Non mais.
Alkayl, mon amûr, je te méprise.
You > ni que je lui verse 600 euros par mois. C'est précisément ce que je me suis dit aussi.
Alkayl > le patronyme de mon mari ne peut être transmis que par des personnes sans scrupules, abusant de la vulnérabilité d'un nourrisson bien incapable d'exprimer sa volonté. Un adulte sain d'esprit ne pourrait se résoudre à faire sienne cette affligeante banalité. J'ai d'ailleurs cru bon de protéger mon innocent enfant d'un aussi morne destin.
Killer Queen > Allons un peu de munificence. Les gens qui n'aiment pas les chats, puisqu'il faut bien se résoudre à leur navrante existence, ont le droit de vivre. Mais loin.
Six cents euros par mois ? Dans le Limousin ? Et en plus, elle se touche, tatie Danielle. Remarquez, ça lui fait au moins un côté humain. Nous nous touchons tous (surtout dans le métro parisien à 19 heures, mais il n'y a pas encore de métro à Limoges).
Alkayl, je te proute cordialement moi aussi, ayant parfois à faire l'objet de comportements similaires du fait d'un patronyme qui, quoique ligérien, se prononce grosso merdo comme un nom italien, associé à un type vaguement méditerranéen qui ne me vient même pas du côté espagnol de ma famille (de ce côté-là, les ancêtres ont tendance à être roux, parfois aux yeux bleus, ce qui n'est manifestement pas mon cas).
Ajoutez-y une dose de pied-noiritude et le tableau des origines "françaises-mais-pas-contrôlées" est complet.
Bref, c'est du "Vous êtes Italienne, non ?" ou encore du "Mais de quel pays de métèques c'est-y donc que vous venez ?" de temps en temps.
Mais ça ne me fera pas prendre le nom de mon mari, déjà qu'il l'a transmis aux enfants...
J'ai ete arrete une fois par ces messieurs de la marechaussee... Je revenais d'un sejour de 3 semaines et je n'avais pas croise l'ombre de la queue d'un rasoir durant tout ce temps... J'avais la casquette sur la tete pour retenir la coupe qui elle aussi avait pousse... Le GP (gentil policier) a tape a ma vitre: "papiers". Ni s'il vous plait ni quoi ni merde hein, des fois que ca lui ecorche la bouche...
Manque de chance j'avais tout mes papiers, a jour, et j'ai un nom on ne peut plus francais.
C'est incroyable comme ce monsieur est devenu courtois quand il s'en est rendu compte...
Des cons, y'en a partout, et meme des Francais pure souches!!
Constantin > Dans le Limousin comme vous dites, il y a deux zones de loyer : le Limousin en général qui s'apparente à n'importe quelle campagne du Massif Central et Limoges qui, sur ce point précis et hélas unique, a de petits airs toulousains. Je vous annonce donc avec joie et exultation que 600 euros pour un T3 à Limoges, c'est donné. Et que celui que nous avons finalement choisi se situe dans la tranche normale. Autant vous dire qu'entre le 1er et le 5 du mois, il ne faudra pas me provoquer.
Oph > Je confirme, les noms de mari, c'est le mal. Qui voudrait se nommer comme sa belle-mère ?
wayne99 > quel dommage, cette conclusion ne t'aura pas permis de témoigner dans le cadre de la très instructive enquête sur les gardes à vue abusives dans le Monde magazine. Et puis ça t'aurait fait des souvenirs.
Tiens, Wayne99 dans un autre genre (mais pour prouver qu'on est tous l'étranger louche de quelqu'un) :
Retour d'un mois de vadrouille himalayenne à la frontière indo-pakistanaise. Aéroport de Dehli. Pilosité faciale bien fournie après un mois loin de toute tondeuse, vesture sobrement beigeasse/verdatre (pas salissante, mais salle tout de même).
Devinez qui a subi un interrogatoire poussé de la part des douaniers qui voulaient savoir pourquoi je souhaitais si fortement me rendre à Paris ?
J'ai eu un mal fou à leur expliquer que j'y vivais depuis plus de trente ans, et que j'envisageais fortement de continuer.
Depuis, aux contrôles aéroportuaires je mets un t-shirt Bob l'Eponge, et ça va beaucoup mieux.
(ah, bravo, j'en perds mon orthographe nationale)