Après moult péripéties qui feraient une excellente trame pour une chanson de geste à succès, si le genre n'était quelque peu passé de mode, Cary Grant, le petit prince et moi avons débarqué à Limoges, dûment flanqués de nos chats névropathes et de nos trop nombreux bouquins dont la moitié dort désormais sagement au garage. Nous avons sollicité quelques relations pour nous aider à hisser l'autre moitié jusqu'à l'appartement. C'est officiel, depuis l'arrivée du dernier carton au troisième étage, nous n'avons plus d'amis.
Ce matin, j'ai pris le bus, histoire de renouveler cette expérience ahurissante qui m'avait, lors de mes précédents passages dans la capitale du Limousin, donné l'impression d'avoir mangé de la drogue, et pourtant non, je suis au régime. Dans les bus limougeauds, figure-toi, le chauffeur te salue et te dit merci en te rendant la monnaie. Et ce n'est pas tout. Les gens se parlent. Le volume sonore de certains trajets est d'ailleurs à peine supportable. Pas plus tard qu'aujourd'hui, la dame qui attendait à l'arrêt de bus à côté de moi m'a adressé la parole. J'ai regardé derrière mon épaule mais il n'y avait personne.
Fort heureusement, certaines constantes rassurent le voyageur égaré craignant de s'être imprudemment éloigné de la civilisation. Ici aussi, les pintades portent des shorts avec des collants et des bottines, même lorsque la température extérieure fait reconsidérer à la féministe obtuse que je suis son jugement sur la burqa.
J'ai toutefois noté une certaine propension du Limougeaud à se détacher de la réalité (ces gens-là ont une vie intérieure très riche). Ainsi entendis-je le chauffeur du bus, regardant placidement voltiger les premiers flocons devant son pare-brise panoramique, énoncer doctement à un voyageur : "de toute façon, ça tombera pas, y a pas assez de nuages, c'est pas un temps à neige aujourd'hui".