Chers petits amis, si vous avez bien suivi tous les épisodes de notre haletante saga : "La main de l'homme a-t-elle déjà posé le pied à Limoges (et inversement) ?" vous aurez relevé que j'ai perdu, afin de me conformer à l'obligation de cohabitation avec mon époux imposée par le Code Napoléon, mon merveilleux travail. Une tristesse insondable m'engloutit. Que vais-je devenir sans mon bouclage hebdomadaire ? Que sera ma vie loin de ce journal dont j'étais manifestement la seule à me soucier dans l'indifférence même pas polie de mes employeurs ? Et maintenant, que vais-je faire ?
Afin de nous poser la question de concert, M. Paul Emploi m'a invitée à prendre le thé chez lui. Depuis la fusion redoutée tant par les agents de feu l'Anpe que par ceux des assedic, je te prie de croire que les choses ont bien changé. De l'efficacité avant toute chose. J'ai donc téléphoné, il y a peu, aux services réformés ayant la lourde responsabilité de me trouver un poste, si possible passionnant et bien payé, non je rigole. Une dame charmante m'a répondu au bout d'à peine cinq minutes d'attente et d'humiliation durant lesquelles tu espères bien que personne ne t'entend dire bêtement "inscription" à une machine. Elle m'a fixé un rendez-vous dans l'après-midi du 22 sur un site Pole-emploi que nous conviendrons de nommer A. Alors que je lui demandais l'adresse exacte du lieu, elle m'indiqua que tout serait précisé dans un courrier ultérieur avant d'ajouter que mon inscription était d'ores et déjà prise en compte. Cette réactivité ne laissa pas d'alerter la défiance que des années d'expérience en tant qu'usager des services de l'Anpe (oui, je cherche du travail même quand j'en ai, chacun sa névrose) ont solidement forgée.
Quelques jours après, je reçus le courrier promis. Ce dernier me demandait de me rendre sur le site B, avant le 22, impérativement en matinée. Bien. Je vois qu'on est joueur en décembre. Je téléphonai donc derechef à la machine qui oblige les gens normaux à s'exprimer comme des supporters de foot (ou de rugby, si tu veux, point de discrimination en ces lieux). Au mépris des anathèmes de ladite mécanique infernale qui s'entêtait à me répéter toutes les soixante secondes qu'il me restait plus de trois minutes d'attente, une créature humaine finit par me répondre. Elle n'en savait manifestement pas plus que moi mais prit un ton résolu pour m'intimer de respecter le rendez-vous téléphonique. Elle ne put pourtant conserver sa belle assurance lorsque je lui demandai s'il était normal, sachant que j'habitais à 300 mètres du site C de Paul Emploi, de me voir successivement convoquée dans deux agences situées de l'autre côté de la ville. "Euh ben oui, si c'est pour calculer vos droits, c'est possible. Mais bon, demandez à être convoquée près de chez vous pour la prochaine fois." C'est là que j'ai réalisé : je pourrais avoir son boulot à elle. Et j'ai arrêté de me plaindre.