Cette année encore, mon label helvète préféré réédite sa très judicieuse initiative, à savoir un calendrier de l'avent téléchargeable. Bien évidemment, tout ne me fait pas frémir (les miss sfw, ça n'est pas frémissant) mais l'opiniâtreté des tauliers qui s'ingénient depuis des lustres à exhumer de leur garage des groupes aussi improbables que peu promis à la rotation intensive sur nrj (non, pas de majuscules, c'est la crise) force mon admiration.
Au-delà de ce petit bonheur de fin d'année, à redécouvrir qu'il existait encore - par delà les océans et les montagnes - quelques-uns de mes semblables que j'avais envie de rencontrer, j'avisai un groupe dont la voix me saisit de ravissement. Je ne tardai pas à identifier le sieur Chris Wicky, frontman de Favez, qui poursuit avec Sad Riders son aventure musicale.
Il y a un peu moins de deux ans, je suis tombée toute rôtie dans la gueule béante de l'indie folk, genre qui me tendait les bras depuis quelque temps et qui finit par avoir raison de mes réticences de vieille punk-metallo-poppeuse. En cela, je ne fis que suivre le chemin tracé par ceux qui ont bercé mes années les plus fertiles en découvertes musicales. Joey Cape, Tim Barry, Chuck Ragan, et pas mal d'autres désertent épisodiquement les bancs du punk académique pour s'adonner à la ballade de cow-boy dépressif.
Et voilà-t-y pas que Chris Wicky, que j'idolâtre, foule lui aussi la poussière d'un far-west urbain et désabusé, la guitare en bandoulière et la trentaine bien tassée sur les épaules. Il y a toujours une joie virginale à se découvrir des affinités avec de chers inconnus et à se rendre compte que l'on n'était ni seul ni même bizarre.
Il semblerait que cette année ait décidé de se finir sur une petite note d'optimisme, en pleine course à la surconsommation pour fêter cet énième anniversaire de la naissance du crapaud qui gueulait "je t'aime", en plein échec d'une fort coûteuse négociation pour réduire de quelques degrés la température dans un demi-siècle alors qu'ici et maintenant un humain meurt de faim toutes les trois secondes, en plein débat sur l'identité nationale au XXIe siècle alors que le précédent s'ouvrait sur l'idée qu'appartenir à une nation c'était " avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore", en pleine mélasse idéologique et humaine donc, quelques notes vont peut-être sauver ce qui peut l'être encore pour moi. D'autant que pour ce Noël, Joe Strummer ne peut plus mourir.