Cher visiteur virtuel,
Je vais bien. J'espère que toi aussi. Je découvre chaque jour ma nouvelle planète et je ne suis pas déçue du voyage. Le guide du voyageur galactique de l'office de tourisme interstellaire m'avait prévenue qu'un choc climatique ne pouvait être exclu. Il m'avait bien mise en garde contre les pluies diluviennes. Par contre, pour les températures polaires, j'ai bien relu le contrat, ce n'est mentionné nulle part, pas même dans les petits caractères en bas de la page. Pour un peu, on se croirait en Aveyron. Note bien qu'on s'habitue. L'autre soir, alors que les magasins menaçaient de fermer, j'étais sortie pour acquérir à titre onéreux le pain gagné à la sueur du front de Cary Grant. "Tiens, ça s'est radouci", me dis-je. Je mets un point d'honneur à n'avoir avec moi-même que des conversations de très haute volée. C'est une question de principes. Or, le misérable boutiquier qui jouxte mon pâté de maisons n'avait pas de choucroute dans ses lamentables rayons. Las, il ne me restait plus qu'à me commettre avec la très grande distribution, puisque même mon supermarché de quartier me poussait dans les bras visqueux et répugnants du crime consumériste. En montant dans la berline familiale, le thermomètre indiquait, inexorable et souverain, une température de -2°C, tandis que le pare-brise s'était déjà couvert de givre.
Outre les particularités météorologiques, la médiathèque nirvanesque et la convivialité compulsive chez les usagers des transports en commun, Nevarsin ça ressemble assez à la Terre. Une créature sans âme (ma mère), m'ayant entraînée dans les allées de Carrefour - ne me demande pas pourquoi, cher visiteur, mais j'exècre cette enseigne comme aucune autre. Ah si, Leclerc. Mais là j'ai des raisons objectives - j'y fus confrontée à la sottise ordinaire que je tente désespérément de fuir depuis un tiers de siècle. En l'espèce, un couple de sexagénaires bien mis et que j'imaginais aisément propriétaires d'une Audi, stationnait devant un bout de gondole. J'entendis le monsieur dire à la dame : "prends de l'huile d'olive parce qu'à trois euros trente-neuf, elle descendra plus". Je suis prête à parier une boîte de lardons bretons que ces braves gens, lorsqu'ils sont confortablement attablés en compagnie de quelques-uns de leurs semblables, vitupèrent d'importance contre l'agriculture industrielle et son cortège de pesticides. On nous empoisonne, c'est honteux, où sont passées les fermes d'antan, tempêtent-ils, entre le fromage et le dessert. Et devant la bûche glacée, ils se désoleront avec leurs hôtes de la baisse tragique de leur pouvoir d'achat, tout en couvant jalousement du regard l'Audi que l'on aperçoit par la baie vitrée.
Ici ou ailleurs, le manque de rigueur intellectuelle de ce siècle m'épuise.


Fiat lux (pour ton information, sache que je n'aime pas David Bowie, par contre je suis très amoureuse de deux personnes dans cette video, ceci t'explique cela).