Peur bleue
Par Miss SFW le jeudi, janvier 28 2010, 10:58 - Méditations mystico-gélatineuses - Lien permanent
Etant l'infortunée propriétaire d'un enfant de cinq ans, aussi fatiguant qu'un husky hyperthyroïdien mais infiniment plus coûteux en croquettes, j'ai l'immense douleur de subir dans mon salon la pollution sonore que m'imposent ses goûts particulièrement douteux en matière cinématographique.
Or, le chérubin s'est pris de passion pour les dessins animés de mon enfance (la vôtre également, si vous aussi êtes vieux et usés par cette vaine et morne existence dont l'unique joie aura finalement été cet éclair au chocolat dégusté dans la rue en 1992... Mais je m'égare). Barbapapa et les Fous du volant peuplent donc mon quotidien tout comme ces petits êtres bleus qui sont toujours heureux, bien que souffrant d'une terrible addiction à la salsepareille. Comme vous le savez, l'adaptation télévisuelle des schtroumpfs a fait les beaux jours des émissions pour enfants pendant de longues années, au point que plusieurs versions ont été réalisées, les dernières incluant des personnages aussi grotesques que superfétatoires. C'était mieux avant.
L'adaptation des chroniques de la vie en bleu aux nouvelles générations s'est étendue au générique, dont la deuxième version ne restera pas dans les annales du punk-rock. Pour des raisons sentimentales, je me refuse à croire que les dessins animés sont des facteurs déterminants dans l'éducation d'une génération. Il paraît que je pourrais encore vivre trois ou quatre décennies. Dans ces conditions, vous comprendrez que mon âme se révolte de toutes ses forces contre la possibilité, même infime, d'avoir subi l'influence de l'inepte Candy ou du pathétique Goldorak. Je préfère ne même pas évoquer les drogués du Manège enchanté ni Colargol, le pourfendeur de l'éveil musical.
Mais tout de même. Si d'aucuns ont disséqué les contes de Perrault, je me dis que les génériques des dessins animés qui tournent encore, bien des années après, dans nos cerveaux malades doivent bien, par un moyen ou un autre, s'immiscer dans notre inconscient.
Ecoutant vaguement la chanson des schtroumpfs nouvelle version, je faillis perdre une oreille en entendant : "Gargamel et Azrael sont de sacrés casse-pieds, ce qui n'empêche pas les petits schtroumpfs de rire et s'amuser". Voilà qui relève pour le moins de l'euphémisme. Effectivement, je pense que l'on peut, sans craindre l'excès, considérer qu'un individu et son sbire uniquement animés par l'ambition de t'anéantir avec tous ceux de ton espèce sont quelque peu "casse-pieds". Mais bon, si on devait s'inquiéter et interrompre ses aimables sauteries entre amis chaque fois qu'on risque le génocide, où irait-on, je vous le demande un peu. Faut rigoler, comme disait Elie Kakou qui en connaissait un rayon sur la bonne humeur en toutes circonstances.
Et là, je me demande quel est le but secret des paroliers de la chanson des schtroumpfs. Pressentaient-ils la déchéance de notre pays en matière de libertés individuelles comme de séparation des pouvoirs ? Dans une volonté philanthropique, essayaient-ils de préparer les innocents qui seraient bientôt gouvernés par celui dont on ne doit pas prononcer le nom à ce qui les attendait ? "Tu vois mon petit, la garde à vue abusive, la honte sur toi quand tu lis les journaux étrangers, le sentiment qu'on s'adresse à toi comme si tu étais mal-comprenant, bien sûr c'est un peu agaçant. Mais tu sais ce qui serait vraiment casse-pied ? Ce serait d'être exterminé."
Ou alors, une subite réduction des crédits a imposé de restreindre le nombre de versions du générique. Et nous avons hérité de celle destinée aux enfants du Darfour.
Commentaires
Les Schtroumpfs ne sont qu'un peuple grégaire et misogyne, une bande d'imbéciles heureux qui sont nés quelque part et qui ne pensent qu'à faire des rondes en chantant "La-la la-schtroumpf-la-la". (Vous conviendrez que ce n'est pas avec des productions culturelles pareilles qu'ils vont entrer au patrimoine immatériel de l'Unesco.)
De toutes façons, je les exècre depuis toujours et j'ai honte d'appartenir à leur tribu.
Etant moi-même CO-propriétaire d'un enfant de cinq ans (ça me semble plus juste, même pour rester dans la métaphore immobilière...) et même d'un autre encore d'un âge à peine inférieur, je ne saurais trop recommander de se cantonner aux films de Miyasaki avec à la rigueur un vieux Disney de temps en temps mais pas trop parce que ça colle aux dents...
Les Schtroumpfs resteront avantageusement réservés aux lectures du soir. A la maison, à vrai dire, il n'y a que l'histoire du Cracoucas qui est à mon avis le moins niais et, dirais-je, le plus rock & roll de tous les albums de ces homoncules azurés pré-Cameronesques...
N'étant point propriétaire d'une quelconque engeance infectieuse que l'on nomme "enfant" mais d'une esposa colombienne, je me suis lancé dans une passionnante discussion à propos de ces créatures azul qui sont nommées en Colombie, les "Pitufos".. Il semble que la répression à l'égard des guérillas marxistes n'ait pas touché ces créatures indépendantistes vivant reclus dans les bois.
La culture post-coloniale espagnole a apporté en Colombie le merveilleux générique que voici: http://www.coucoucircus.org/da/gene...
Maintenant, je n'arrive plus à me passer de ce verbe magique "Pitufar".
Je pitufe, tu pitufes, il pitufe, nous pitufons ...
Pour pitufer plus sérieusement à propos de l'influence des dessins-animés, je crains que nombre d'entre nous n'ayons été pitufés par le manichéisme simple de ces oeuvres. Encore aujourd'hui, il m'arrive d'être convaincu que le Mal est réel, identifiable et pourfendable! Quelle pitufiante folie!
J'avais aussi eu une réaction de rejet en entendant ça, mais ça n'avait pas été jusqu'à m'inspirer un billet.
Schtroumpf grognon > pendant quelques secondes, j'ai cru que vous parliez de l'espèce humaine.
Dhombres > Miyiazaki est déjà usé jusqu'à la moelle. Nous avons commis l'erreur de commencer par lui. Et voilà. A cinq ans, c'est déjà fini.
Cela étant, dans la mesure où j'ai enfanté en toute connaissance de cause en cette époque méprisable, à un âge avancé où il n'était plus permis de plaider l'innocence, il me semblerait bien hypocrite de prétendre élever mon enfant à l'écart de la bêtise, de la laideur, de la violence, en un mot du monde. Il semblerait d'ailleurs qu'il y soit bien mieux adapté que moi.
arnaud > effectivement, les possibilités sont infinies. J'en ai le vertige. J'ai essayé de partager avec Cary Grant ces vastes horizons linguistiques mais celui-ci, non hispanophone et incroyablement hermétique, malgré des années de latin, à la logique pourtant limpide de la langue de Perez Galdos et de Garcia Marquez, je n'ai rencontré qu'incompréhension.
Oph > Que voulez-vous ? Soit mon ascendance (lointaine, dieu merci) prolétaire, soit mes convictions décroissantes (parce que c'est la mode et je ne vis que pour la mode), j'ai fait du recyclage un art de vivre.
Bon, écoutez, les Schtroumpfs, Colargol...voilà où nous mène le recyclage des soi-disant décroissants. Monsieur Madelin a bien raison : ce qu'il faut, c'est de la nouveauté. De la production permanente. Du pétrole dans les idées, quoi.
Coincidence? Je n'y crois guere: j'ai vu cet apres-midi qu'un film "Schtroumpf" etait ne preparation, mi-"live" mi animation...
je me sens tout à coup un peu paumé... et pas plus haut que 3 pommes...
Et j'ai le générique en boucle dans ma tête...
La journée s'annonce pénible. Bravo
Constantin > Monsieur Madelin a toujours raison.
wayne99 > allons, ne faites pas le naïf, vous savez bien ce blog est entièrement dédié à l'actualité des people et créateur de tendances.
arpenteur bleu > en même temps, on peut très bien vivre à trois pommes du sol. Ou du moins pas plus mal que ses congénères de taille dite normale.