La révolution n'est pas un dîner de gala
Par Miss SFW le jeudi, février 4 2010, 18:49 - Choses vues - Lien permanent
A l'instar d'Aliocha, je reçois tous les jours des dizaines de mails dont je n'ai que faire (restons polie). L'immense majorité de ces importuns s'apparente à du colportage électronique et, telle la ménagère dérangée en plein épisode d'Amour gloire et beauté, je claque virtuellement la porte au nez de ces insistants représentants en Viagra, détecteur de radars et écrans plats en balançant hautainement à la corbeille leur inepte baratin d'anémiés de la culture.
Il y a peu, je reçus d'une énième Nathalie Dupont ou Valérie Durand une mirifique proposition qui allait probablement enchanter mon obscure et mesquine existence. Le manuscrit magique s'intitulait : "message confidentiel". Ciel, pourvu que mon mari ne lise pas mes mails. Là où je m'attendais à trouver des solutions miracle pour séduire toutes les femmes et les faire s'évanouir de plaisir dans mon lit ( faites-moi penser à ajouter "pelle mécanique" sur la liste de courses, pour déblayer la chambre à coucher), je ne découvris qu'un énième téléphone à tout faire dont l'immense célébrité me fit tout à coup douter de l'opportunité de l'adjectif "confidentiel".
Depuis qu'internet a pris en otage mon existence, je me demande qui se cache derrière ces mails. Des stagiaires cannabiques ? Des dépressifs en phase terminale ? Des lobotomisés en réinsertion professionnelle ? Des analphabètes en liberté conditionnelle ? Des militants de chasse, nature, pêche et biture ? Mais qui, bon sang, qui ? Il me faut des noms, des visages, des figures... Je dois savoir. Qui ose aller jusque-là dans la compromission lexicale ?
Le doute interrogatif me submerge. Révolution, même avec le traducteur Google, ça veut toujours dire révolution. Revolucion, si tu veux. Or, l'Iphone existe depuis un petit bout de temps maintenant et, à moins que je ne me sois absentée dans un univers parallèle, le monde n'a guère changé. Pas davantage celui professionnel que celui dont le quotidien homonyme nous détaille les turpitudes chaque soir. Je sais parfaitement que notre époque est celle du galvaudage moral aussi bien que littéraire. Mais tout de même. Un malheureux téléphone (fût-il multifonctions). Soyons sérieux. Et pourquoi pas "il changeait la vie", tant qu'on y est ?
Ah, veuillez m'excuser un instant, le camarade Larousse me tapote l'épaule et semble réquerir mon attention.
Comment ?
"Révolution : Mouvement d'un objet autour d'un point central, d'un axe, le ramenant périodiquement au même point."
Diantre, me voici mouchée. Admettons que je n'aie rien dit.
Commentaires
je n'avais jamais fait le lien avec cette acception de révolution. Mais daintre, cela explique tellement de choses.... cette révolution fait figure de révélation.
Nous avons beau nous époumoner à crier "No pasaràn", nos filtres anti-spam se laissent mollement envahir... Combien de fois un certain André ou une curieuse Caroline m'ont proposé, d'un ton très familier, de révolutionner ma vie à coups de centimètres génitaux.
Je vous invite à sourire devant le blog de Jehanno qui illustre toujours très bien ces absurdités technologiques qui révolutionnent autour d'une planète qui se décompose au rythme de l'évolution des composants.
http://nurdcartoon.blogspot.com/
On subodore que notre hôtesse est très beaucoup énervouillée quand elle commence à aligner les phrases sans verbe, ce qui ne lui ressemble guère...
Allons, allons, il n'y a pas là de quoi succomber aux offres - aussi nombreuses que de logiciels bradés et de centimètres supplémentaires miraculeux - d'anti-dépresseurs douteux à pas cher !
je vous remercie de ce rappel... je vous assure que je saurai en faire bon usage
Ma chère, vous me ravissez quand vous vous dévêtez si abruptement de vos habits d'académicienne pour dévoiler vos attraits à coups de phrases nominales. Quel heureux mari que monsieur Grant!
>Arnaud
Et vous ne savez pas tout.
>Cary Grant : Et c'est tant mieux. Il est des choses qui jetteraient un éclairage blafard sur l'aura de mystère de la dame qui hante ces pages.
(et puis, il est certaines choses que l'on ne veut pas savoir du tout, espèce de petit exhibitionniste)
kylord > ce double sens est aussi un tantinet déprimant. Ce me semble.
arnaud > j'ai beaucoup ri à l'évocation des terribles conditions de travail à l'intérieur d'un Ipad. C'est mal, je me montre fort peu charitable.
Dhombres > Des phrases nominales ? Où ça ? Même pas vrai, d'abord.
Minaviz > Au contraire, oubliez ça tout de suite. Voulez-vous donc sombrer dans le noir désespoir des jours poisseux sans lendemains qui chantent ?
arnaud > ne le provoquez pas...
Cary Grant > ... et voilà, c'est fait.
Alkayl > merci de ramener un peu d'ordre. En même temps, si je veux un jour devenir une blogueuse riche et célèbre, il faudra bien sacrifier ma pudeur sur l'autel de la sexocratie ambiante. Tiens, et si je faisais un billet sur les godemichets écologiques labellisés Max Havelaar. En voilà une vraie bonne idée.