A l'instar d'Aliocha, je reçois tous les jours des dizaines de mails dont je n'ai que faire (restons polie). L'immense majorité de ces importuns s'apparente à du colportage électronique et, telle la ménagère dérangée en plein épisode d'Amour gloire et beauté, je claque virtuellement la porte au nez de ces insistants représentants en Viagra, détecteur de radars et écrans plats en balançant hautainement à la corbeille leur inepte baratin d'anémiés de la culture.
Il y a peu, je reçus d'une énième Nathalie Dupont ou Valérie Durand une mirifique proposition qui allait probablement enchanter mon obscure et mesquine existence. Le manuscrit magique s'intitulait : "message confidentiel". Ciel, pourvu que mon mari ne lise pas mes mails. Là où je m'attendais à trouver des solutions miracle pour séduire toutes les femmes et les faire s'évanouir de plaisir dans mon lit ( faites-moi penser à ajouter "pelle mécanique" sur la liste de courses, pour déblayer la chambre à coucher), je ne découvris qu'un énième téléphone à tout faire dont l'immense célébrité me fit tout à coup douter de l'opportunité de l'adjectif "confidentiel".
Depuis qu'internet a pris en otage mon existence, je me demande qui se cache derrière ces mails. Des stagiaires cannabiques ? Des dépressifs en phase terminale ? Des lobotomisés en réinsertion professionnelle ? Des analphabètes en liberté conditionnelle ? Des militants de chasse, nature, pêche et biture ? Mais qui, bon sang, qui ? Il me faut des noms, des visages, des figures... Je dois savoir. Qui ose aller jusque-là dans la compromission lexicale ?

iphone

Le doute interrogatif me submerge. Révolution, même avec le traducteur Google, ça veut toujours dire révolution. Revolucion, si tu veux. Or, l'Iphone existe depuis un petit bout de temps maintenant et, à moins que je ne me sois absentée dans un univers parallèle, le monde n'a guère changé. Pas davantage celui professionnel que celui dont le quotidien homonyme nous détaille les turpitudes chaque soir. Je sais parfaitement que notre époque est celle du galvaudage moral aussi bien que littéraire. Mais tout de même. Un malheureux téléphone (fût-il multifonctions). Soyons sérieux. Et pourquoi pas "il changeait la vie", tant qu'on y est ?

Ah, veuillez m'excuser un instant, le camarade Larousse me tapote l'épaule et semble réquerir mon attention.
Comment ?
"Révolution : Mouvement d'un objet autour d'un point central, d'un axe, le ramenant périodiquement au même point."
Diantre, me voici mouchée. Admettons que je n'aie rien dit.