En attendant que le petit prince ait terminé ses cabrioles nanties dans l'aire de jeux du Flunch local, je lisais tranquillement Le Monde, au-dessus des reliefs d'une grande assiette de légumes dans laquelle le vert avait brillé par son absence. Le buffet de légumes de ce respectable établissement proposait ce jour-là frites, purée et pommes dauphine. Si tu voulais autre chose, il fallait venir plus tôt. Avant 12h15, donc.
Bref, l'estomac repu et la conscience tranquille (les pommes de terre représentent une source de glucides lents d'excellente qualité, garants d'une alimentation équilibrée pour la grande sportive que je suis), il me sembla éminemment judicieux de m'informer de la menace de famine au Sahel, article qui se trouvait suivi d'un intéressant propos sur la scolarisation dans le monde. Figure-toi que 72 millions d'enfants ne sont pas scolarisés et que "l'accès à l'école primaire a ralenti ces dernières années". Certes, mais l'école, ça coûte, inconscient utopiste. Les pays riches déboursent déjà 2 milliards d'euros par an pour alphabétiser quelques-uns de ces crève-la-faim et il faudrait dilapider presque six fois plus pour que ces hordes d'incultes puissent aller à l'école primaire. Soit près de 2% "des montants mobilisés pour sauver seulement quatre grandes banques des Etats-Unis et du Royaume-Uni", note un de ces dangereux gauchistes toujours prêts à saper les fondements de notre culture. Il fait quoi dans la vie, ce guignol plein de bons sentiments ? Ah oui, c'était le directeur général du rapport mondial sur la scolarisation piloté par l'Unesco. C'est bien ce que je disais. Encore un artiste. Il ne peut pas comprendre. On n'a pas le droit de laisser périr les banques, ce serait hypothéquer notre avenir, nous livrer pieds et poings liés au désastre économique, étrangler le progrès dans son berceau. Tandis que là, vous voyez bien que votre programme d'aide à la scolarisation est un puits sans fond (ni fonds, d'ailleurs). Vous voyez bien que tant qu'il y aura des hommes, il faudra toujours remplir le tonneau des Danaïdes de l'alphabétisation. A quoi bon ? Ils n'iront même pas à l'université.
Faut dire aussi que chez ces gens-là, on fait trop d'enfants, de là vient tout le problème. A croire qu'ils ne savent pas lire une notice de préservatif.