Arpentant gaiement les rues de Nevarsin, dans les tièdes rayons d'un timide soleil hivernal, j'étais suivie, à cinq mètres de distance, par le petit prince qui traînait les pieds et ambitionnait manifestement d'imposer au monde sa maussaderie coutumière. J'arrivai à la hauteur des inévitables traîne-guenilles stationnés devant la poste. Dans toutes les villes, va savoir pourquoi, la misère s'affiche devant les bureaux de poste. Peut-être pour le côté pratique, puisque les comptes des rmistes honnis des banques se trouvent dans ledit établissement. Ce phénomène ne laisse pourtant pas d'être inquiétant. Qu'adviendra-t-il de notre société de consommation si même les pauvres se mettent à thésauriser ? Quel avenir pour la croissance de notre pays si les clochards, au lieu de se jeter dans la première épicerie venue pour dépenser leurs pièces jaunes à peine acquises, devenant conséquemment les heureux mais passagers propriétaires d'une cannette d'Eku 28, rationnalisent leur alcoolisme et attendent les promotions de M. Carrefour sur les packs de bière premier prix ? La société va mal, réagissons, mes amis.

Alors donc que je passais devant ces surdiplômés de l'école de la rue, je fus courtoisement mais fermement hélée en vue de mettre mes supposés confortables revenus à contribution. La vie est pleine de surprises et je fus l'ahuri témoin du dialogue suivant :
- Punk à chien 1 : Pardon, madame, vous auriez pas...
- Punk à chien 2 : Hé, arrête, elle a un bébé
- Punk à chien 1 : Rhooo, excusez-moi, madame, j'avais pas vu.

Manifestement, je ne suis pas seule à considérer que la reproduction fait partie des grands malheurs de l'existence.