I want to be wrong
Par Miss SFW le mardi, mars 16 2010, 22:41 - Leader cheap - Lien permanent
L'abstention étant sortie vainqueur (as-tu remarqué que le féminin de vainqueur est quasi-inusité alors que vaincue est un terme courant ? La vie est décidément pleine de merveilleuses surprises) des dernières élections, je crois adroit, dans ma course opiniâtre à l'élévation sociale, de me ranger aux côtés de ce nouveau maître et de lui consacrer le présent billet.
Ce revirement idéologique pourrait être fatal à mon mariage mais je tiendrai bon. Cary Grant, il y a de cela quelques années, s'est autoproclamé grand pourfendeur de l'abstentionnisme et justicier masqué des urnes. Il échafaude, à chaque échéance électorale, un arsenal répressif tout prêt à servir dès que ce pays de laxistes se décidera enfin à écorcher vifs les pêcheurs des dimanches républicains. Pointant d'un index rageur une infographie du Monde, il me déclarait ce soir même : "non seulement ils ne vont pas voter mais quand ils se bougent enfin, c'est pour donner leur voix à l'extrême-doite. Ah, elle est belle, la moitié Est de la France". Impérial, il se levait solennellement et jetait alors sur la table basse le malheureux quotidien qui n'en demandait pas tant. Le flamboiement des derniers rayons du soleil donnait à la scène une dimension prophétique. N'eût été l'étendoir à linge en fond qui gâchait quelque peu la magie du tableau.
Cary Grant ne connaît pas sa chance. Sourd aux sirènes de l'ambition, indifférent à l'obsédant cliquetis des ors de la République, il peut, sans appréhension aucune, vouer aux gémonies qui bon lui semble. Moi, que le démon de la réussite dévore sans trêve, je ne puis me permettre de jeter l'opprobre sur ceux qui représentent désormais la majorité des citoyens de ce pays. Et me voilà toute prête à leur passer la pommade autour de la pierre. Et j'argumente, je me bats comme un beau diable pour sauver ma crédibilité au sein de l'huis clos conjugal. Je sors du chapeau la consternante similitude d'origine sociale, de cursus scolaire et de revenus des divers candidats. Je parle de la crise, de la mondialisation et de l'effondrement du cours de la citrouille. Je suis bien proche, je l'avoue le rouge au front, de brandir "l'Année terrible" pour scander mon propos.
Bien sûr, la vérité est bien plus prosaïque, comme disait l'autre (celui ou celle qui me retrouve cette référence-là recevra une carte postale de Nevarsin by night dédicacée et l'aura bien méritée). Vois-tu, je puis éventuellement envisager une fraction de seconde que l'on considère avoir mieux à faire que voter. Si, si. Plus je regarde les affiches et plus je comprends. Dans ma vie antérieure de journaliste, j'en ai enduré du politicard. Ils (permettez-moi d'utiliser le masculin qui l'emporte en grammaire mais plus encore dans les statistiques) avaient tous le même regard qui se voulait perçant, prenaient la même pose faussement concentrée pour me noyer dans un flot de banalités convenues dont l'unique intérêt était de trahir leur méconnaissance totale du dossier sur lequel ils étaient interrogés. Ils étaient pontifiants, assez peu légitimement imbus de leur banale personne, ennuyeux et hélas, trois fois hélas, incontournables. Ils concentraient dans leur petit club privé l'essentiel des pouvoirs locaux et régnaient en petits seigneurs sur leur fief, dispensant selon leur bon vouloir et leurs amitiés particulières l'argent public qui leur avait été confié. Ils n'avaient aucun humour, n'étaient pas rock'n'roll pour deux sous (par contre pour trois, ils étaient prêts à apprendre tout le répertoire de Refused en suédois) et surtout me faisaient perdre mon temps, le soir devant mon clavier, quand j'essayais désespérément de sauver ce qui pouvait l'être de l'interview pathétique qu'ils avaient bien voulu m'accorder.
Et pourtant, je vote encore (Dieu et la Constitution merci, à la différence du PMU, l'insertion du bulletin est gratuite et je ne suis pas trop déçue de toujours miser sur le mauvais cheval). Je pourrais te parler du droit de vote des femmes, trop récent pour que je ne m'y accroche pas avec ferveur ou bien des élections dans certains pays où des gens semblent prêts à mourir pour avoir le droit de choisir entre plusieurs candidats. Fort malheureusement, il ne demeure aujourd'hui qu'une seule raison pour me pousser vers les urnes à l'heure où il ne reste peut-être plus que deux baguettes de campagne chez mon boulanger de quartier : la joie morbide de savoir que j'ai accompli ma part du contrat et que j'ai cinq ans pour les regarder oublier la leur.
Fiat lux.
Commentaires
La démocratie c'est ça, de la même manière qu'un jury d'assise, émanation de la souveraineté populaire, ne peut se tromper, la majorité ne peut mal faire. Si la majorité du peuple n'a pas voté, c'est que c'était la bonne solution. CQFD.
Pour la citation, je ne sais pas quel illustre personnage l'a prononcé mais dans une de ses oeuvres Georges Willy la reprend.
Je préfère voter pour de mauvaises raisons, que de m'abstenir pour de bonnes. Et je lance dès aujourd'hui un appel pour la création d'un parti violet ou à barbe afin de prouver que moi aussi je peux faire des références absconses.
Ha que j'aime votre thon quand il est ainsi cuisiné!
Je ne vote plus....
Je ne m'abstiens même pas par choix conscient simplement c'est très compliqué pour moi de voter.
Si si je vous assure Misssfw and Mister Grant : j'habite une petite ville du nord-est italien et le bureau de vote est au consulat à Milan. Ça représente environ 4 à 5h de train pour une seule direction quand les trains fonctionnent comme il faut.
Mes semaines sont déjà ponctuées de déplacements à l'étranger (c'est simple je vois mes filles grandir d'un week end sur l'autre) et du coup je reconnais que je n'ai pas envie de faire l'effort le dimanche surtout si je dois repartir le lendemain.
Ajoutez à cela que je connais pas les candidats ! Après 15 ans d'expatriation je ne sais pas qui est qui, qui fait quoi, j'ai même perdu tout intérêt pour cette vie politique puisque ma vie est ailleurs.
Je ne vote pas en Italie non plus; je ne suis pas italienne, je n'y ai pas le droit.
Oui... tout semble parfait... et pourtant... quelque part au fond de moi j'ai honte, parce que non seulement c'est un devoir mais c'est un privilège que je n'oublie d'avoir (un peu comme l'eau qui sort magiquement de chaque robinet de la maison!)... d'autant plus que je vote grâce à ma naturalisation ! .... et pourtant... quelque part au fond de moi je suis ravie, parce que vraiment je ne peux donner ma voix à aucun de ces "représentants du peuple" dont je ne fais plus partie.
Je devrais peut être y aller pour voter blanc ?
Eh ben moua je vote à tous les premiers tours et pour la même gargotte depuis 2002 (là où quand j'ai eu 18 ans) après pour les seconds tours c'est bien plus hésitant.
J'adore qu'on se foute de ma gueule, entendons nous bien, les fausses promesses, les discours creux, les déclarations officielles et les arrangements officieux je KIFFE.
Juste parfois j'aime mieux à rester brosser ma chienne teckel si broussailleuse que d'aller voter utile parce que quand même, utile à qui ?
Je crois que la citation est extraite de la réponse d'un certain Joseph à son collègue maçon, pendant la pause déjeuner, à la question : "C'est-y vrai c' qu'on raconte par le village ? Qu' la Marie al' est tombée grosse par l'opération du Saint-Esprit?
Pouvez m'envoyer la carte postale. La citation est extraite (page 93, sixième ligne) d'un essai psycho-philosophique commis en mai 1968 par mon oncle, Charles-Oscar Norbignac, intitulé "Abstention, abstinence et incontinence dans le couple, savoir faire face". Comme cet ouvrage n'a été édité qu'à dix exemplaires à compte d'auteur, il est raisonnable de supposer que vous l'avez déniché dans un vide-grenier. Je constate avec une grande satisfaction génétique que vous avez tiré un heureux profit intellectuel de cette acquisition.
raven-hs > dans la mesure où les cours d'assises peuvent désormais se tromper (grâce à la repêche en appel), je me demande ce qu'il faut penser de ces élections.
Cary Grant > pas vraiment absconses mais assez ciblées.
philachev > l'infidèle qui offre des fleurs. Un grand classique qui ne se démode pas.
Minaviz > il n'est nul besoin de s'expatrier quinze ans pour rester de glace face aux différents candidats. Tu as au moins le privilège d'observer de près la rocambolesque actualité politique italienne.
Aurelia > Comme je n'ai plus de chien à brosser, je crois que je vais accomplir mon devoir citoyen encore ce dimanche. En plus, il n'y a rien à la télé.
Gwynplaine > Bien joué, mais non. Je ne m'amuse pas à traduire l'araméen pour agrémenter le ci-présent blog. Ma paresse intellectuelle me perdra.
Gblk > Vous êtes donc le neveu de cet immense auteur injustement méconnu ? J'exulte.
Cela étant, je constate que la promesse de lots prestigieux ne manque pas d'exciter la convoitise de mes lecteurs, dont certains sont même prêts à l'imposture la plus vile. Bande de vénaux.
Monsieur Grant (qui aurait pu se prenommer Ulysse au vu des croisades qu'il mene) vous avez mon respect: voter est un devoir civique. C'est marque sur les cartes electorales.
Apres se pose effectivement la question de savoir pour qui voter.
Blanc? Le jour ou ce vote sera reconnu comme un suffrage exprime, ca commencera a faire drole a certains de nos dirigeants d'avoir ete elu avec 20% des suffrages exprimes. Quelle legitimite pourront-ils revendiquer?
Et si on ne vote pas blanc, quelle couleur devons-nous choisir? Bien que je n'ai rien contre le violet (un tres beau melange de bleu et de rouge...), force est de constater que comme votre chere epouse le souligne, c'est plutot le desert en terme de choix. Mais c'est aussi cela etre adulte (et avoir le droit de payer ses impots): il faut pouvoir choisir entre la peste et le cholera!
Quant a la citation, je ne vous savez pas, chere tauliere, admiratrice des auteurs anglophones (d'ailleurs si vous me permettez, j'aurais prefere une reference a "l'annee horrible", bien plus digne de vos "Fiat Lux"!).
les informations sur les élections en France ayant atteint également l'Italie, je note que vous avez causé un certain ramdam Madame et Monsieur Grant (à part les 9% de la fille de son père... comme ils sont laids ces 2 là!)
Bonjour ! Je découvre votre blog, je sens que je vais être fan mais bon, quand même, trop de texte en anglais, et croyez moi, ce n'est pas simple de taper d'une main avec l'Harrap's dans l'autre ( entre les dents c'est très difficile) je n'ai pas envie d'apprendre l'anglais, je préfère l'italien, car aucun des opéras de Mozart n'est en anglais. Voilà, j'ai 70 ans, ce n'est pas de ma faute, et je sens que je vais continuer à vous lire et à souffrir !
wayne99 > je ne voudrais pas entamer ma réputation d'anglophile mais aux considérations personnelles de sa gracieuse majesté, je préfèrerai toujours mon cher et vieil ami Hugo et son "Année terrible".
Minaviz > Fichtre, moi qui voulais devenir une blogueuse mode influente, me voilà propulsée au firmament des personnalités du journalisme politique. Adieu veaux, vaches, cochons et échantillons de la toute nouvelle collection Etam.
Marotte > Que voulez-vous ? Mozart n'avait pas mes goûts très sûrs en matière musicale. Plaignons-le au lieu de le blâmer.
Vous préféreriez peut être que je vous fouette le cul avec des orties fraiches?
Allons, tout ceci n'est pas raisonnable...