Je suis, depuis quelques mois, une usagère comblée des services de Paul Emploi. Il n'y a pas à dire, la fusion de l'Anpe et de l'Assedic a changé la vie des chômeurs. Lors de mon inscription en décembre, j'avais déjà pu déceler quelques légers dysfonctionnements. Comme j'avais finalement trouvé l'heure et le lieu de rendez-vous, je m'efforçai de n'en pas tenir rigueur à quiconque et de repartir sur de nouvelles bases avec Paul.
J'attendis donc sans a priori le rendez-vous de mars qui m'avait été promis en décembre. Mars passa. Puis avril. Pas le moindre signe de vie de Paul, cet ignoble goujat. Et voilà-t-y pas que dans les premiers jours du joli mois de mai, je reçois un courrier du malappris qui me projette directement et sans avertissement aucun dans les bas-fonds d'un univers kafkaien. Or, franchement, Kakfa je ne suis pas fan. "Vous avez à ce jour actualisé conjointement avec votre conseiller votre projet personnalisé d'accès à l'emploi. Au cours de cet entretien, les éléments constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ont été révisés pour accroître vos perspectives de retour à l'emploi. A l'issue de cet entretien, vous déclarez accepter l'actualisation de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi." Suivait un document intitulé "compte-rendu de l'entretien du 3 mai 2010", accompagné d'une délicate brochure m'indiquant dans un sobre tableau qu'au fur et à mesure du temps passé à profiter honteusement du laxisme de la social-démocratie, j'aurai intérêt à moins la ramener. Ainsi, il m'est gentiment indiqué que le salaire acceptable baissera avec le temps tandis que la distance de trajet maximum domicile-travail augmentera. L'exquise missive du directeur (dont le nom n'est pas mentionné, après tout tu n'es qu'un chômeur, on te met la signature "le directeur", ça va bien, hein) s'achevait sur cette charmante formule : "Je vous informe qu'en cas de refus de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi, je serai contraint(e) (a priori, ils n'ont pas encore déterminé le genre de leur directeur, mais c'est à l'étude) conformément aux articles L5412-1, L5412-2 et R5412-2 à R5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux à six mois."
J'ai donc appelé pour savoir quelle était cette nouvelle facétie et si mon double maléfique avait été reçu à ma place. Parce que je n'avais pas reçu l'ombre d'une convocation quelconque. La dame un peu gênée m'a expliqué que M. Paul ayant désormais l'obligation de me recevoir tous les mois et n'ayant pas trouvé le temps de le faire en avril, éditait des compte-rendus fictifs.
Forcément. Ensemble, tout est devenu possible. Si tu ne peux pas remplir une de tes obligations, tu n'as qu'à siffloter d'un air dégagé et dire que tu as fait ton boulot. Et puis, pour gagner du temps, tu produis un document synthétisant les engagements de tes interlocuteurs fantômes. Les absents ont toujours tort.
J'enrage. Quand je pense à toutes ces heures perdues à réaliser des interviews avec de vrais gens alors qu'il suffisait de laisser libre cours à ma créativité, lovée dans le tiède confort de mon bureau. C'est trop bête, moi aussi j'ai le droit de bénéficier des derniers progrès ergonomiques. Dire que j'ai attendu, pour être enfin informée de cette révolution des conditions de travail, de n'en plus avoir.

Fiat lux