First you must calm your temper then find a job in the paper
Par Miss SFW le mercredi, mai 5 2010, 21:45 - J'ai testé pour moi - Lien permanent
Je suis, depuis quelques mois, une usagère comblée des services de Paul Emploi. Il n'y a pas à dire, la fusion de l'Anpe et de l'Assedic a changé la vie des chômeurs. Lors de mon inscription en décembre, j'avais déjà pu déceler quelques légers dysfonctionnements. Comme j'avais finalement trouvé l'heure et le lieu de rendez-vous, je m'efforçai de n'en pas tenir rigueur à quiconque et de repartir sur de nouvelles bases avec Paul.
J'attendis donc sans a priori le rendez-vous de mars qui m'avait été promis en décembre. Mars passa. Puis avril. Pas le moindre signe de vie de Paul, cet ignoble goujat. Et voilà-t-y pas que dans les premiers jours du joli mois de mai, je reçois un courrier du malappris qui me projette directement et sans avertissement aucun dans les bas-fonds d'un univers kafkaien. Or, franchement, Kakfa je ne suis pas fan. "Vous avez à ce jour actualisé conjointement avec votre conseiller votre projet personnalisé d'accès à l'emploi. Au cours de cet entretien, les éléments constitutifs de l'offre raisonnable d'emploi ont été révisés pour accroître vos perspectives de retour à l'emploi. A l'issue de cet entretien, vous déclarez accepter l'actualisation de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi." Suivait un document intitulé "compte-rendu de l'entretien du 3 mai 2010", accompagné d'une délicate brochure m'indiquant dans un sobre tableau qu'au fur et à mesure du temps passé à profiter honteusement du laxisme de la social-démocratie, j'aurai intérêt à moins la ramener. Ainsi, il m'est gentiment indiqué que le salaire acceptable baissera avec le temps tandis que la distance de trajet maximum domicile-travail augmentera. L'exquise missive du directeur (dont le nom n'est pas mentionné, après tout tu n'es qu'un chômeur, on te met la signature "le directeur", ça va bien, hein) s'achevait sur cette charmante formule : "Je vous informe qu'en cas de refus de votre projet personnalisé d'accès à l'emploi, je serai contraint(e) (a priori, ils n'ont pas encore déterminé le genre de leur directeur, mais c'est à l'étude) conformément aux articles L5412-1, L5412-2 et R5412-2 à R5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux à six mois."
J'ai donc appelé pour savoir quelle était cette nouvelle facétie et si mon double maléfique avait été reçu à ma place. Parce que je n'avais pas reçu l'ombre d'une convocation quelconque. La dame un peu gênée m'a expliqué que M. Paul ayant désormais l'obligation de me recevoir tous les mois et n'ayant pas trouvé le temps de le faire en avril, éditait des compte-rendus fictifs.
Forcément. Ensemble, tout est devenu possible. Si tu ne peux pas remplir une de tes obligations, tu n'as qu'à siffloter d'un air dégagé et dire que tu as fait ton boulot. Et puis, pour gagner du temps, tu produis un document synthétisant les engagements de tes interlocuteurs fantômes. Les absents ont toujours tort.
J'enrage. Quand je pense à toutes ces heures perdues à réaliser des interviews avec de vrais gens alors qu'il suffisait de laisser libre cours à ma créativité, lovée dans le tiède confort de mon bureau. C'est trop bête, moi aussi j'ai le droit de bénéficier des derniers progrès ergonomiques. Dire que j'ai attendu, pour être enfin informée de cette révolution des conditions de travail, de n'en plus avoir.
Fiat lux
Commentaires
MDR ! sont graves dans ton coin ! surtout qu'il n'y a pas besoin d'envoyer le papier plein d'insultes et de trucs vilains tout ça à la pov' personne qu'a rien demandé pour faire une régul'... en cas de besoin, mais c'est assez rare en fait, on peut éditer un entretien fictif qui dit à peu près : "votre conseiller personnel est mr (ou mme) Machintruc et il/elle vous adressera prochainement une convocation pour un rendez vous de suivi". c'est plus neutre que ce que t'as reçu et au moins c'est pas agressif... ca évite de braquer le chaland pour la suite ;-)
Bon sang, mais c'est bien sûr. Et moi qui me fatigue à rendre des comptes dans mon emploi actuel.
A ce propos, j'ai réalisé hier en consultant des offres d'emploi que si en plus d'avoir fait des études quelconques et d'avoir été admis à un concours j'avais également fait le conservatoire, j'aurais pu postuler sur un poste pour causer à des artistes et réserver leur chambre d'hôtel. Comme quoi, même dans la fonction publique, on ne fait pas d'efforts.
c'est désolant, kafkaien en effet et surtout scandaleux... le directeur est-il par hasard payé par la collectivité ?
si oui peut-il (elle) tricher de la sorte ?
comment se fait-il que cette honnête et consciencieuse personne n'aie point trouvé 30 mn le mois dernier pour vous recevoir?? Il est payé à quoi faire ?!!?!?
Alkayl > Je ne saurais trop te conseiller de continuer à produire des compte-rendus (au départ, j'avais tapé "copte-rendus", ce qui était très drôle, en fait). Cependant, sache désormais que tu peux être créatif quant à leur contenu. D'ailleurs, idéalement, tu pourrais te contenter de produire uniquement des compte-rendus.
Minaviz > Je ne lui jette pas la pierre. Il est hautement probable et parfaitement légitime que mon profil (études supérieures + expérience + zéro handicap ) ne soit pas exactement en haut de la pile des priorités. C'est seulement que je n'aime pas qu'on me prenne pour un jambon (n'y voyez pas un quelconque dénigrement de nos camarades les cochons).
Pour mon édification personnelle et professionnelle, et parce qu'au café j'aime apprendre que "Dans un contexte fortement concurrentiel, le commercial fait partie de l’une des pièces maîtresses de l’entreprise", je me suis abonné au flux rss de Paul.
Ainsi, <a href="http://www.pole-emploi.fr/informati...">voilà quelle nouvelle il nous délivrait</a> le jeudi 6 mai 2010.
A la prochaine convocation qui ne vous conviendrait pas, vous pourriez lui répondre dans le même style. On gagne toujours à essayer de comprendre son interlocuteur en adoptant son langage.
(Gasp! l'introduction de mon lien a raté.)
réponses (dans le désordre) :
- pour le site : les informaticiens maison (qui sont payés bien plus cher que les conseillers, on se demande TRES souvent pourquoi...) sont en train de "moderniser" le site (aussi bien l'accès "public" que l'intranet)... ce qui génère dans les rangs, presque chaque matin (quand ils ont encore changé un truc sans prévenir et qu'on cherche après, pendant un entretien) un certain nombre de noms d'oiseaux à leur intention (et je ne suis pas la derniere coté originalité).
- concernant le "profil", miss SFW n'a pas tort : des gens capables, a priori, de se débrouiller plus ou moins tout seuls pour chercher, y en a quand meme pas des quantités... donc, quand y a surbooking, ben c'est ceux là qu'on laisse un peu de coté, provisoirement
- malheureusement, les n+2, +3 etc... (ils se sont multipliés, avec la fusion... à croire qu'ils se reproduisent en douce !) ne voient pas ceci d'un oeil pragmatique ("peut se débrouiller" = on la laisse un peu tranquille) : ils veulent que les statistiques soient toutes propres, tres bien, tout ça (pour la plupart, z'ont jamais mis les pieds sur le terrain) "un mois = un entretien"...
- et maintenant, un petit exercice d'arythmétique (la calculette est autorisée) : un portefeuille de demandeurs pas trop rempli compte environ 120 personnes à recevoir. un conseiller à temps plein dispose, dans le meilleur des cas, de 3 à 4 demi journées (3h à 4h, ça dépend du contenu de l'autre demi journée) par semaine. l'entretien doit durer 30 minutes (au mieux). question : comment faire pour recevoir 120 personnes par mois dans ces créneaux ? (faites le calcul : non, ça ne tient pas).
- alors le n+1, à qui les autres au dessus mettent la pression, vient te voir régulierement : "t'as des entretiens de retard ce mois ci" (ben vi, logique)... et quand t'as 5 minutes, ben tu tapes des "régularisations" pour que les stats soient à peu pres propres... (ou tu convoques un mois sur deux, et le n+1 rale et tu t'en fous. mais ça, faut avoir un peu de maison pour pratiquer et supporter sans trop de stress).
comme je le disais dans le premier commentaire ici, la plupart du temps, la "régul" est le plus neutre possible, justement pour ne pas porter préjudice à la personne. et le document n'est pas édité ni envoyé, puisque cela n'a aucun sens. (et que ça peut affoler les gens pour rien, vu le contenu qu'a relevé miss SFW)
vala (je sors le parapluie, j'prévois une 'tite averse, là... hihihi)
Des "compte-rendus fictifs" ça veut dire, en clair, que Paul Emploi se rend coupable de faux et d'usage de faux. Or, il est fonctionnaire, Paul, ce qui en la circonstance et une circonstance gravement aggravante, ce me semble.
Comment se fait alors que Paul Emploi ne pourrit pas dans quelque geôle de la tolérance zéro ?
nan, il est pas fonctionnaire (il ne l'a jamais été, ni meme "assimilé fonctionnaire"), Paul, il est privé. il relevait du droit public (sans faire pour autant partie de la fonction publique, sisi c'est possible) jusqu'avant la fusion, mais maintenant, il est 100% privé. et "faux et usage de faux", c'est quand on utilise une signature ou un document falsifié en faisant croire qu'il est vrai (en gros). là, rien à voir. la dame au téléphone a raconté n'importe quoi, étant donné que l'expression "compte rendu fictif" n'est pas du tout utilisée dans les services, et surtout pas avalisée par la hiérarchie. c'est une (mauvaise) improvisation pour tenter de rattrapper la bourde d'un collègue, tout simplement. s'rait ptet pas mal d'éviter de généraliser un chouia trop vite, hein :)
je lis,j'apprends et je suis ébahie !!!
Gwynplaine > les dieux du langage binaire se rangent du côté de Paul. Il n'y a rien à faire qu'à accepter ce triste constat.
Mystik > Ton explication est tout à fait éclairante. Ce que nous soupçonnions s'avère exact. Ce sont des choses qui arrivent mais parfois, on aimerait se tromper.
Quant à la dame au téléphone, elle n'a pas utilisé l'expression de "compte-rendu fictif", c'est moi qui synthétise son propos embarrassé parce que je ne vais pas non plus vous infliger l'intégralité de mes conversations privées.
Ce que je trouve amusant au plus haut point dans cette histoire, c'est de constater à quelles extrémités du ridicule le culte du chiffre peut pousser un service public (ou service au public, si tu préfères).
Et encore, je n'étais pas en garde à vue.
Gracchus > je ne sais pas si le faux et usage de faux est caractérisé et, pour tout vous dire, je n'ai pas le courage d'ouvrir mes vieux bouquins pour le découvrir. En ce moment, ma danseuse c'est le droit du travail, ne courons pas plusieurs lièvres à la fois. Je suis par contre certaine de pouvoir qualifier cette procédure de fort peu rigoureuse, ce qui représente déjà, à mes yeux, un grief conséquent.
formika > Comme quoi, il ne suffit pas de venir et de voir pour vaincre.
Misssfw... il est désormais clair que pour vaincre (le chômeur), il ne faut ni (le faire) venir ni (le) voir
Le p’tit Paul dans sa famille
Vécut longtemps sans soucis.
Sa mère était si gentille
Son père aussi, Dieu merci.
Heureux comme un coq en pâte
Il atteignit l’âge ingrat
C’est l’âge, hélas, où ça s’gâte :
L’âge du baccalauréat.
Ce jour là des messieurs noirs
L’entourent, effrayants à voir.
On lui dit d’un air sévère :
« qu’avez-vous à déclarer,
Déballez-nous votre affaire
Et veuillez nous éclairer,
Déclarez-nous sans ambages,
Pour ne pas rater l’bachot
Ce qu’il y a dans vot’bagage
Et servez-nous ça tout chaud.
Quel est le nom des neuf muses ?
Parlez-nous d’l’hypoténuse ,
Du carré, là , pas d’excuses,
Ce sont des sujets tout cuits…
Quelle fut la triple alliance
Comparez Plaute et Térence
Définissez l’existence
Puis l’essence et c’qui s’en suit.
Montrez les progrès d’la guerre
En allant du lance-pierre
A l’énergie nucléaire.
Bon ! ça va , voyons Pascal
Que savez-vous de son vide ?
D’où nous vient l’huil’ d’arachide,
Dessinez un tromboïde
Du genre concavoïdal.
Parlez-nous de César Jules,
De l’emploi du point-virgule
Quel est l’rôle du pédoncule,
Déclarez-nous rapid’ment
Pourquoi la brique réfractaire
Du point d’vue alimentaire
C’est mieux que la pomme de terre
Dans le système des Allemands.
Quel fut, entre parenthèse,
Le rôle de la catachrèse
Dans la poésie portugaise.
L’heure coule au sablier,
Vite, c’est votre dernière chance,
Déballez vos connaissances,
Car demain, comm’ nous, je pense,
Vous aurez tout oublié !
En un mot, cartes sur table,
Sans vous laisser égarer,
Sur ces sujets remarquables
Qu’avez-vous à déclarer ? »
Bachelier ! la vie est belle !
Déclara-t-il, puis un jour
S’étant épris d’une pucelle
Il déclara son amour.
Agréé, le soir des noces,
L’époux, tout à l’avenir,
Fit, afin d’avoir un gosse,
Ce qu’il faut pour l’obtenir.
Hélas ! à peine réveillé
Il trouva dans son courrier
Des formulaires sans tendresse :
« qu’avez-vous à déclarer ?
Vos nom, prénoms, âge, adresse :
Décoré ? pas décoré ?
Enfants parents, domestiques,
piano , phono, confession,
Êtes-vous schizophrénique ?
ça paie moins d’contributions !
Déclarez en confiance
Tous vos moyens d’existence.
Détaillez vos assurances,
Honoraires, profits et gains,
La fortune de vot’grand-père
Vos affair’s immobiliaires.
Avez-vous des vaches laitières ?
Ou un oncle américain ?
Déclarez vos hypothèques,
Portefeuille et compte de chèques,
Toute la fortune intrinsèque,
Chien, perroquet, canassons !
Moto, vélo, trottinette,
Les autos, même la poussette !
Les vêtements, fixe-chaussettes,
Cache-sexes et caleçons.
Déclarez vos tares physiques
Vos bibelots artistiques,
Vos opinions politiques.
Déclarez sans omission
Pour l’Etat qui vous conseille,
La police qui vous surveille,
L’administration qui veille,
Votre profonde admiration.
Tout en bas c’est très facile,
Ayant mis les chiffres en pile,
Au total ajoutez mille
Puis vingt-deux, puis retirez
La moitié des jours d’service,
Multipliez par cent dix :
Le montant d’vot’ bénéfice
C’est ce total au carré !
Signez, mettez « je le jure »,
Vous s’rez alors honoré
Dans six mois d’une p’tite facture,
Qu’avez-vous à déclarer ? »
Les bureaux tentaculaires
Accablèrent le petit Paul
Comm’nous de tant d’formulaires
Qu’un jour il en eut ras l’bol
Alors il fit ses bagages,
Plaqua tout exaspéré,
Partit pour un long voyage
Non sans avoir déclaré :
« adieu, Patrie tracassière ! »
Mais hélas à la frontière
Un douanier lui dit, perfide :
« qu’avez-vous à déclarer ? »
Le p’tit Paul, livide
Le zieuta, l’air égaré.
Le fonctionnaire à moustache
Lui dit : » ouvrez-moi ce barda ! »
Paul s’écria : « Mort aux vaches ! »
Et d’un coup le trucida.
Une histoire lamentable
Qui fit un pétard du diable,
Et le juge dit au coupable :
« Qu’avez-vous à déclarer ? »
Il se tut, mais aux assises
L’président à barbe grise
Lui piose cette question précise :
« Qu’avez-vous à déclarer ? »
Une nuée de journalistes,
Les avocats qui l’assistent
C’est affreux, tout l’monde insiste :
« Qu’avez-vous à déclarer ? »
Il est rouge comme une tomate
Il sent que sa tête éclate
Sous ce cri des bureaucrates :
« Qu’avez-vous à déclarer ? »
Alors, sautant à la barre,
Il leur lance : « je déclare,
Je déclare que j’en ai marre,
Et qu’à pied, et à cheval
Et en voiture, sans conv’nances
J’vous emmerde ! » « Taisez-vous, silence,
C’est la Justice qu’on offense !
La Mort pour cet animal ! »
Il mourut, c’est un passage
Et son âme après l’orage
Trouva les verts pâturages
Et Saint Pierre qui lui dit :
« venez, jeune âme affranchie,
Finie la bureaucratie,
Vous verrezn c’est la belle vie
Ici dans le Paradis :
Sans rond’s d’cuir, sans formulaires
Une seule question, c’est juré,
Mais elle est réglementaire :
« Qu’avez-vous à déclarer ? »
Minaviz > il semblerait que vous ayez percé à jour leur stratégie. Ils vont suspecter une fuite.
Philachev > j'ai mis un moment à trouver mais grâce à mon ami Google, je sais maintenant que vous avez au moins un morceau des Frères Jacques dans votre répertoire.
Ce qui fait toujours un de plus que dans le mien.
Au fait, si vous êtes toujours à la recherche d'un emploi, et comme vous me semblez autonome, curieuse, branchée culture et voir peut-être même histoire-géo, que ne suivez-vous ce bon conseil de monsieur Paul :
"Avec plus d’un million de professionnels, le tourisme reste l’un des grands viviers d’emplois en France. Vous êtes autonome, curieux, branché culture, histoire-géo ? Le métier de guide touristique est fait pour vous. S’il évoque immanquablement dépaysement et soleil, le métier ne s’improvise pas pour autant. Qualifications, formations, conseils...votre conseiller Pôle emploi vous dit tout ce que avez toujours voulu savoir pour ne pas « passer pour un touriste » dans votre nouveau métier."
Nevarsin ne recèle-t-elle pas de ces trésors propres à égayer le voyage de n'importe quel japonais en quête d'exotisme ?