Elle était brune et pourtant blanche
Par Miss SFW le samedi, mai 29 2010, 15:53 - Chroniques de Nevarsin - Lien permanent
Ceux qui me connaissent dans la vraie vie (mais si, tu sais bien, celle où les gens meurent) ont noté que je ne ne déparerais pas dans la foule barcelonaise (ou madrilène) et que ma ressemblance avec Claudia Schiffer se limite à ce seul point commun : nous avons chacune un nez (et des oreilles).
Dans mon sud-ouest natal, cette ostensible ascendance outre-pyrénéenne est une caractéristique communément répandue et garantit un parfait anonymat de la place du Capitole aux ruelles d'Ax-les-Thermes, où l'on ne se retourne guère que sur les personnes de plus d'un mètre soixante-quinze dont la carnation dite du homard cuit trahit la nationalité aussi étrangère que septentrionale (c'est-à-dire au-dessus de Cahors).
J'ai tendance à oublier que Nevarsin se situe irrémédiablement au nord.
Or, figurez-vous qu'hier, alors que toute mon intelligence était accaparée par la résolution d'une opération particulièrement complexe (0,90 moins 0,56) devant la machine à affranchir de mon bureau de poste, un vieil Arabe, manifestement empêtré dans la perfidie technologique de son téléphone mobile, s'est approché de moi et m'a gratifiée d'un retentissant "salamalekum" auquel j'ai rétorqué un bonjour tout aussi net. Là-dessus, le bonhomme entame un discours dans la langue de ses ancêtres et force me fut d'admettre que je n'y comprenais goutte. Mes yeux écarquillés et ma réponse de haute volée littéraire : "gné ?", plongèrent mon interlocuteur dans une stupeur manifeste. "Quoi, tu ne parles pas la langue arabe ?" me dit-il, incrédule, dans un français impeccable. Cet homme-là a dû rentrer chez lui en maugréant contre la déliquescence de la culture du pays ancestral chez les jeunes issus de l'immigration.
Quant à moi, je me demande si le soleil de ces dernières semaines n'aurait pas porté un coup aussi sournois que fatal au teint d'endive que j'arbore fièrement depuis mon adolescence.
Commentaires
N'oublie pas tes papiers lorsque tu sors, cela pourrait servir.
Eh beh quelle incroyable aventure ! Moi aussi je suis fortement métèque, mais ayant chopé un gène aryen qui passait par là mon côté blond aux yeux bleus fait bien rire quand j'annonce que je suis à moitié espagnole.
Devons-nous comprendre que vous compensez maritalement et contractuellement, par une luxuriante pilosité, celle, alopéciement évanouie, de votre féliciteux Cary Grant?
Une mienne camarade, à la celtitude bretonnante ostensiblement arborée jusqu'à la chevelure flamboyante, racontait qu'elle se faisait souvent aborder de même dans les transports, puisqu'apparemment, son physique pouvait passer pour kabyle. Comme quoi être rousse ne protège pas des méprises.
Quant à moi et mon ascendance materno-maternelle issue de la Comunidad Valenciana, je vous redirige vers cette mésaventure qui m'arriva il y a trois ans :
http://histoiresdoph.blogspot.com/2...
et moi qui pensais que nous allions parler de bières dans ce post...
vous devez avoir un bien beau bronzage alors
"Elle était brune et pourtant blanche", je pensais au premier abord qu'il s'agissait d'un sequel au billet précédent sur les mérites combinés du laitage et de la crème de marrons !
C'est grave, Docteur ?
ha ouais, vous êtes du sud, tiens donc... mais vous savez, Poitiers c'est bien au Nord, vous n'êtes donc sans doute pas si loin du compte en vous qualifiant de "jeune issue de l'immigration"... enfin, jeune d'esprit (sourire moqueur)
J'ai toujours considéré que la limite du cercle polaire se situait à Lyon.
Mais la seoir en la noble ville de Cahors a un avantage non négligeable : expulser la perfide cité girondine (qui tire sa perfidie de son alliance ancestrale avec la perfide Albion, que de perfidie, mes braves) hors des territoires bénis de la méridionalité.
Je plussoie donc avec vigueur et conviction.
Étant pour ma part une vraie française (c'est-à-dire une croisée porte et fenêtre brunette [bien que ma coiffeuse s'obstine à me trouver châtain] venue de moult parties du monde, mais étrangement pas de la Suède...), j'ai eu à répondre également à de nombreux débuts de conversations dans des langues qui me sont inconnues, l'arabe en tête.
Pourtant, dans le genre teint de bidet, on fait rarement mieux.
Nous vivons dans un monde cruel.
alkayl> oh tu sais, je ne crois pas que le Préfet de Nevarsin puisse se permettre, sur le plan démographique, d'expulser un habitant de moins de soixante ans.
Aurelia > tu n'as qu'à dire que tu viens du nord de l'Espagne.
Gblk > Vous avez découvert notre terrible secret. Cary Grant et moi ne sommes pas beaux. C'est pourquoi, comme bien vous vous en doutez, nous sommes allés cacher notre honte au plus secret des moins hospitalières provinces et dérober aux yeux du monde notre commune flétrissure, nous demandant si nous avions encore le droit d'exister.
Oph > Je connais aussi des Bretons mais ces rabat-joie ressemblent à des Bretons.
Minaviz > je pense avoir assez vu de bières pour cette année, si vous le permettez.
Dhombres > il s'agit d'un vers d'Aragon revisité par Lavilliers (la version originale, "elle était brune, elle était blanche" me semblait moins appropriée). Je ne vous cache pas que ce poème passe complètement sous silence la problématique du fromage blanc à la crème de marron.
philachev > le Ciel veuille me protéger de la jeunesse d'esprit. J'ai déjà donné, merci.
Jansen > Quelle capitale girondine ? Comment dites-vous, Bordeaux ? Connais pas. (L'énième rocambolesque et improbable saga de Dumas père que je lis en ce moment se déroule tout entière aux alentours de Libourne. Et les Bordelais en prennent pour leur grade.)
Killer Queen > Comme les gens sont méchants. Venir agiter sous votre nez des langues que vous avez l'immense douleur de ne pas connaître. Décidément, homo homine lupus.