Invitée par une mienne et chère amie à la première communion de sa fille, j'ai immolé mon athéisme intégriste sur l'autel sacré de notre vieille complicité pour assister (debout, il y avait foule pour la garden party du Seigneur) à ladite cérémonie. Disons que c'est une expérience. Bien moins renversante cependant que le caquetage stupéfiant de l'une de ses belles-soeurs que l'on avait plantée face à moi lors du pantagruélique repas qui a logiquement suivi la petite heure de recueillement chrétien de la messe.
Ladite belle-soeur, dinde nantie pleine de bonne volonté - de cette espèce irremplaçable qui s'extasie toutes les quinze secondes, confondant dans un flot de petits cris émerveillés politesse envers son hôte et obséquiosité confite - m'avait entreprise sur le passionnant thème de la météo en général et du climat de Nevarsin en particulier. Croyant avoir à me consoler de l'absence de ce soleil poisseux et vulgaire qu'adorent également les beaufs en vacances et les ruines fortunées qui espèrent secrètement que le cancer de la peau prendra de vitesse leur Alzheimer galopant, la petite dame exprima cette étonnante pensée : "au moins quand tu t'achètes un manteau, tu as une excuse pour te faire vraiment plaisir".
Dans toute existence humaine, il est de ces instants, figés entre les haricots verts et la salade, où tu réalises à quel point ton prochain peut t'être étranger. Comment expliquer à cette créature, si semblable et pourtant si différente, qu'aucun manteau n'est en capacité de me faire "vraiment plaisir" ? Je pourrais probablement éprouver une vague félicité après avoir acquis un vêtement qui me semble particulièrement esthétique mais certainement pas s'il coûte un demi-smic. La pensée de son équivalent en paquets de pâtes et filets de pommes de terre me gâcherait la journée.
Par contre, au cas où Dieu lirait ce blog (après tout, je vais bien à ses meetings) et où il voudrait me faire "vraiment plaisir" pour mon anniversaire, ou Noël, ou pour fêter le retour de l'été, je ne suis pas regardante, j'ai quelques suggestions simples et de bon goût : un traitement infaillible contre la leucémie, une pénurie mondiale de flingues ou l'autosuffisance alimentaire de l'Afrique, voire celle de l'humanité s'il a décidé de m'offrir un cadeau groupé avec ses potes du panthéon. Et qu'il ne se formalise pas sur l'emballage, même s'il ne reste plus de ruban doré.