La peau de chagrin
Par Miss SFW le jeudi, juillet 15 2010, 21:01 - Bien plus qu'un métier... - Lien permanent
Cher lecteur technophile, tu n'es pas sans savoir que l'Etat français vient d'engloutir 1,6 million d'euros dans un portail baptisé "france.fr" et censé rassembler une myriade de liens (12.000 plus précisément) pour allumer des étincelles de bonheur émerveillé dans les yeux de tous ces sales étrangers qui n'eurent pas la présence d'esprit de voir le jour chez nous.
A ce prix-là, l'assistance en ligne n'était, semble-t-il, pas comprise et ce dispendieux outil de communication se trouve "momentanément indisponible" depuis son ouverture, judicieusement prévue - la France est décidément le pays des Lumières - le jour de la fête nationale.
Le site du Figaro dont on ne soulignera jamais assez l'insolence et l'esprit de sédition, se moquait hier gentiment des défaillances à trois milliards de dollars de l'énième flop de notre droite décomplexée-à-nous-qu'on-a (pour au moins deux ans encore). Si la saillie contre l'incompétence crasse de nos élites conservait la pondération de bon ton qu'on ne rencontre plus guère, hélas, que dans quelques rares établissements du bord du lac Léman- et encore, ces odieux nouveaux riches sont partout - la langue française ne bénéficiait pas, loin s'en faut, du même respect compassé auquel nous avait habitués le quotidien aux pages saumon. "La France aurait la bonne idée de faire un bon usage des nouvelles technologies et de s'inspirer en cela de l'exemple du Canada, qui est allé au-delà du site Internet pour promouvoir le pays", s'égarait un nommé Guillaume Errard dont la signature annonçait, un peu hâtivement ce me semble, "journaliste, le figaro.fr".
M. Errard me pardonnera, je l'espère, la référence à cette ridicule et négligeable époque où l'on avait le front de prétendre que l'écriture s'apprenait - alors que nous savons aujourd'hui que le talent est inné, il n'y a qu'à voir Guillaume Musso et Marc Lévy - et où l'on croyait assez sottement qu'un journal méritait de belles plumes. Balzac, un petit auteur sympathique quoiqu'un peu léger, aurait dit : "les qualités du journaliste : le brillant et la soudaineté de la pensée". Nous ne saurions nous plaindre : si le brillant et la pensée se sont mystérieusement évanouis, il nous reste au moins la soudaineté. Pschiiiit (comme dirait l'autre).
Commentaires
Je n'étais pas au courant.
Il faut dire que ça fait bien trois semaines que chaque matin, j'ouvre liberation.fr et lemonde.fr, vois en une un énième article sur Bettencourt/Woerth, et ferme la page sans lire plus avant.
Enfin, c'est tellement agréable, parfois, l'innocence...
Pour ce que j'en sais, les gens qui écrivent sur le site Internet des journaux sont souvent des pigistes sous-payés et pas toujours très pros, Figaro ou pas.
(Note : il y a bien sûr des pigistes doués et consciencieux, mais pas que.)
Dommage que vous n'habitiez pas l'Italie... ici (cette petite dépense vous semblerait une économie) vous auriez de quoi nous écrire un poulet par heure (oui je considère vos posts de doux billets adressés à nous vos fans-non-fous)
Quant à l'apprentissage de l'écriture, Umberto Eco mis à part, j'écris et parle mieux que la plupart des natifs qui s'étalent sur les media
Krazy Kitty > comme quoi, tu ne lis pas assez le figaro.fr, c'est plein d'anecdotes riantes.
Anna > en outre, je me suis laissée dire que pas mal de journalistes pros et sortant d'écoles prestigieuses avaient les talents littéraires d'une équipe de footballeurs cannabiques.
Minaviz > Vous ne m'avez pas réellement donné envie de migrer et en un sens, tant mieux pour l'Italie, ce pays a déjà assez souffert.