Je ne lis jamais les journaux ou plus exactement jamais en période dépressive car j’ai l’instinct de survie très chatouilleux. Hélas, durant mes rares parenthèses d’euphorie, je ne répugne pas à m’emparer d’un quotidien français ou espagnol, histoire de réaliser à quel point mon espèce est consternante et dans quels abysses sidérants a sombré ma chancelante maîtrise de la langue de Perez Galdos, ces deux perspectives me précipitant dans des affres de souffrance d’égale intensité et me ramenant immanquablement à l’état antérieur de prostration geignarde.

Avant de me rouler de nouveau en boule, je tiens à vous faire part de ma découverte du jour : le docteur Dukan n’est point mort et, en dépit des immenses espoirs placés dans l’escalope de dinde et les bâtons de surimi king size, il ne s’est pas encore étouffé. Pour ceux qui l’ignoreraient, le docteur Dukan est devenu fort riche en prônant l’ingestion massive de protéines, méthode qui n’a pas fait toutes ses preuves pour maigrir mais multiplie sans coup férir votre empreinte écologique par dix. Sur ce dernier point, les résultats sont garantis. Ce monsieur, donc, proposait par l’intermédiaire d’un quotidien humoristique, à savoir le Parisien qui, depuis des décennies, fait du journalisme pour de rire, d’accorder aux lycéens minces des points supplémentaires en vue de l’obtention de leur bac.

Quelle brillante idée. Au passage, M. Dukan confirme que le cerveau se nourrit exclusivement de glucides et non de protéines. Empêchons donc les gros d’avoir leur bac. De toute façon, les bancs de la fac sont trop étroits pour eux et personne ne leur donnera de travail. Parce qu'ils sont gros. Motivons les jeunes et construisons tous ensemble des générations d’anorexiques. Enfin une réponse intelligente à la crise économique et à la surpopulation. Comme ils disent chez Ikea, l'espace ça se crée.

Au surplus (pondéral), vous n’aurez pas manqué de noter la crédibilité qu’un tel aménagement donnerait au bac.On ne le dit pas assez mais les maths, le français et la philo sont scandaleusement discriminants. Des jeunes ratent leur bac au seul motif qu’ils sont mous du bulbe et ont passé leurs cinq années de lycée à tripoter leur smartphone en vue de télécharger des sonneries du meilleur goût. Ne tolérons plus cette injustice. Réformons, mes amis, cette institution inique et mettons à l’honneur les savoir-faire qui révèlent l’esprit éclairé de nos adolescents. Réclamons à grands cris l’option maquillage pour les filles et cartonnage capillaire pour les garçons, la dominante « sms à orthographe créative », le module « ricanement hystérique avec mes crétins de condisciples en prenant toute la largeur du trottoir ». Cessons de vouloir enseigner à tout prix une jeunesse innocente qui ne demande qu’à vivre. Consommo ergo sum, nous crie désespérément cette génération sacrifiée à l’ennui des ouvrages poussiéreux dont nous voudrions l’abrutir, alors qu’au dehors la brise apporte le frais parfum de l’insouciance et que c’est bientôt les soldes. Insensés censeurs que nous sommes, on n’arrête pas le déferlement joyeux et triomphant de la jeunesse. Laissons-les vivre selon leur nature véritable, demandons-leur seulement d’être beaux, minces, bien coiffés et construisons tous ensemble un avenir radieux et enfin photogénique.