Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade (d'infortune en ce siècle nauséabond), tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint. Pour ce 400e billet - comme le temps passe et comme il nous est compté - j'eusse aimé t'emmener au pays des rêves bleus et de la métaphore langoureusement filée sur le métier ingrat mais ô combien ensorcelant de la virtuosité. Pourtant, je n'en ferai rien. Je me contenterai de pousser ma plainte désolée et risible dans le désert (celui-là même au beau milieu duquel tournent en rond les autoroutes de l'information).

Comme tu le sais, les quatre personnes tuées cette semaine à Toulouse ont été enterrées en Israel. Notre ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, s'est déplacé pour participer aux funérailles et y prononcer un discours. Normal. A cette occasion cependant, notre ministre des affaires étrangères de la République française laïque (mais ni gratuite, ni obligatoire) portait une kippa. Parfaitement. Au nom du pays qui a séparé l'Eglise et l'Etat en 1905.

Quand les couleuvres deviennent des anacondas, il ne nous reste plus qu'à songer avec un pincement d'envie à Clémenceau dont la légende wikipédiesque raconte que, sur son lit de mort et voyant arriver un prêtre, il aurait eu la sublime présence d'esprit de lancer : "enlevez-moi ça".