Dans le métro je fus, ce jour, témoin d'une conversation qui me rassura quant à l'avenir de l'humour noir et de la politesse du désespoir.
Trois lycéens manifestement issus de milieux aisés mais parvenant toutefois à articuler suffisamment pour que je les comprisse, en dépit de la cuillère d'argent dans la bouche avec laquelle ils étaient nés, discouraient gaiement de leurs résultats scolaires. Cela fleurait bon la crainte de la mauvaise note et le conformisme élégant et somme toute assez lettré d'une jeunesse nantie qui a grandi à l'ombre protectrice des hauts plafonds moulurés d'un appartement haussmannien. Tous trois bien jolis, sans l'ombre d'un bouton d'acné, le cheveu soyeux et la décontraction chic que confèrent des vêtements bien coupés, en vinrent à parler du petit frère de la charmante brunette qui focalisait, bien légitimement, l'attention de ses deux camarades et la mienne :
"Pourquoi, il est pas bon à l'école, ton frère ?
- Chaque année il est à ça de redoubler. Mais bon, il est un peu triso, je crois. Il a vu des milliers de spécialistes. Mais comme il est diagnostiqué hyperactif, on le bourre de médocs, alors il est assommé tout le temps. Sauf le dimanche, on ne lui donne rien parce que ce n'est pas très bon pour sa santé. Du coup, le dimanche, il est insupportable. En plus, ma belle-mère qui est très croyante l'emmène à la messe. Alors après, il chante des psaumes tout l'après-midi. Je te jure, il peut tenir trois heures sans s'arrêter".

Je ne sais pas, finalement, s'il est toujours bien approprié de parler de jeunesse dorée.