A chacun de mes brefs contacts avec la culture japonaise, je m'étonne toujours davantage qu'il n'y ait entre nous que quelques milliers de kilomètres de terres et d'océans. Il me semblerait plus compréhensible qu'une galaxie nous sépare. Je pense ici à l'effarante dureté du Tombeau des Lucioles dans un pays où l'on teint les caniches en rose bonbon, aux accoutrements stupéfiants et à l'incroyable vacuité artistique de la J Pop ou à cette densité humaine improbable dans laquelle survivent cependant ces surprenants nippons.
Pourtant, je fus ce soir déstabilisée par une civilisation que je croyais ne plus pouvoir m'étonner. Mes valeurs les plus sacrées se sont effondrées et je ne sais quelle sera mon existence après avoir perdu tous mes repères. Tout ce temps, j'ai cru que certains principes fondamentaux relevaient de l'évidence, voire de l'universalité. Que nenni. Le nippon me nargue et me fait la nique.
Que décides-tu, innocent compatriote, lorsque tu rentres fatigué de ta journée de damné de la terre et que tu n'as pas envie de cuisiner ? Tu fais une omelette. Eh bien, frère de coquille cassée, sache que le Japonais est capable de t'attaquer dans tes derniers retranchements et de faire de cette sublime simplicité vespérale un supplice raffiné mais néanmoins odieux à ton âme d'occidental violenté. Et c'est Rousseau qu'on assassine.