Chers camarades,
Vous n'aurez pas manqué de noter que notre président bien-aimé allait céder la place à un autre qui, je l'espère, citera Sartre correctement et, s'il n'a lu La princesse de Clèves, s'abstiendra tout au moins de s'en glorifier. Ce blog cessera donc son activité le 14 juillet, cinq ans après sa première mise en ligne. Non que je quitte notre beau pays dans les valises du président sortant. Malgré ses supplications réitérées, j'ai dû décliner, car je suis une personne très occupée. Il me reste ici des limaces à décimer, des expériences de panification à mener et des parquets à huiler. D'autant que, s'il faut subir Johnny Halliday, Faudel et Enrico Macias dans l'autoradio du jet privé durant les 15 heures de vol entre Paris et Honolulu, merci bien, sans moi.
Je ne quitte pas non plus la France pour aller cacher mon immense fortune en Helvétie et la soustraire à l'avidité des Rouges qui viennent d'être élus par le truchement d'on ne sait quelle manoeuvre du KGB. Non plus que j'aie prévu de sombrer dans le désespoir et d'embrasser en me lacérant les joues le sol que va quitter notre président à nous qu'on n'a bientôt plus, ou que j'eusse la grotesque outrecuidance de considérer le ci-devant blog comme un brûlot contestataire ayant rempli son oeuvre révolutionnaire et s'arrêtant de facto avec le départ du plus illustre illettré du pays. Que nenni.
Il est proprement stupéfiant que j'aie réussi à aller au bout de mon engagement initial. L'élection, il y a cinq ans, de celui dont on ne doit pas prononcer le nom m'avait laissé penser qu'il était temps de donner libre cours à la méchanceté et à la misanthropie les plus mesquines. Je crois avoir rempli ce contrat loyalement quoiqu'irrégulièrement. Dans deux mois, le moment sera venu d'aller étaler mes sarcasmes dans un cadre légèrement différent. Je profite de ces pré-adieux pour remercier les deux lecteurs (et quelques) dont la fidélité n'eut d'égale que la drôlerie jubilatoire qu'ils firent partager au fil de leurs brillants commentaires. N'ayez crainte, si Dieu me prête vie, je ne vous quitterai pas sans un billet larmoyant et reniflant pour saluer l'équipe technique, mon producteur et ce merveilleux public sans qui rien n'aurait été possible.
D'ici là, je compte pousser mon chant du cygne dans les bruits de machines d'un stakhanovisme forcené et rédiger par moins d'un billet par mois. Je sais, c'est déraisonnable.