Il y a bien deux mois, je m'en fus à Paris, non pour assister comme cela m'arrive trop souvent à une réunion de cinq heures entre deux trajets de train de six heures, mais pour le plaisir non feint de passer un peu de ce temps - que je perds trop souvent en ineptes vanités - avec des personnes hautement recommandables. Je me promis de vous raconter ce périple fort distrayant mais les trépidations de ma vie incandescente ne m'ont pas laissé une seconde de répit. En réalité, je m'entraîne pour les championnats du monde de la procrastination et je pense avoir toutes mes chances pour la médaille d'or.
Or donc, comme je suis une diaphane créature céleste qui se sustente de quelques fragments de macarons ou de miettes de cupcakes, mes amies me menèrent dans un restaurant japonais afin que je pusse faire bombance d'une demi-cuillère de riz, car la marche, ça creuse.
Alors que nous nous étions attablées, une ravissante jeune femme passa devant moi. Aussi jolie qu'insipide, cette décorative apparition arborait une tenue et une coiffure assez recherchées pour ne laisser planer aucun doute sur l'échelle de ses priorités et sa façon d'occuper ses heures de loisir. L'archétype de la personne que tu ne peux pas perdre tant que tu connais l'itinéraire qui mène à la salle de bains. Je fixais donc avec insistance la jeune dame, d'abord parce que trop d'années à Toulouse m'ont ôté toute vergogne à dévisager mes semblables, ensuite parce que j'aime regarder les filles (mais pas quand elles marchent sur la plage, cette chanson me consterne, soit dit en passant). Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je m'aperçus que la poupée brune que j'observais avec une curiosité somme toute modérée, se rasseyait en fronçant le nez d'un air contrarié puis, alors que j'avais repris ma conversation avec mes spirituels camarades, jetait des coups d'oeil furtifs derrière son épaule, avec cet air niais de biche apeurée que seules savent prendre les authentiques dindes, pour surveiller mon regard. Je m'interrogeai quelques secondes sur ce comportement pour le moins stupéfiant et que ne justifiait certes pas mon gabarit fort peu menaçant ni ma mine on ne peut plus convenable et convenue, avant de réaliser que j'étais à Paris et que, depuis plusieurs mois, j'arborais une coupe très courte.
Ah Jésus, que ma joie demeure mais que les gens sont sots.