A Paris
Par Miss SFW le jeudi, juin 14 2012, 21:54 - Sex, chocolate and rock'n'roll - Lien permanent
Il y a bien deux mois, je m'en fus à Paris, non pour assister comme cela m'arrive trop souvent à une réunion de cinq heures entre deux trajets de train de six heures, mais pour le plaisir non feint de passer un peu de ce temps - que je perds trop souvent en ineptes vanités - avec des personnes hautement recommandables. Je me promis de vous raconter ce périple fort distrayant mais les trépidations de ma vie incandescente ne m'ont pas laissé une seconde de répit. En réalité, je m'entraîne pour les championnats du monde de la procrastination et je pense avoir toutes mes chances pour la médaille d'or.
Or donc, comme je suis une diaphane créature céleste qui se sustente de quelques fragments de macarons ou de miettes de cupcakes, mes amies me menèrent dans un restaurant japonais afin que je pusse faire bombance d'une demi-cuillère de riz, car la marche, ça creuse.
Alors que nous nous étions attablées, une ravissante jeune femme passa devant moi. Aussi jolie qu'insipide, cette décorative apparition arborait une tenue et une coiffure assez recherchées pour ne laisser planer aucun doute sur l'échelle de ses priorités et sa façon d'occuper ses heures de loisir. L'archétype de la personne que tu ne peux pas perdre tant que tu connais l'itinéraire qui mène à la salle de bains. Je fixais donc avec insistance la jeune dame, d'abord parce que trop d'années à Toulouse m'ont ôté toute vergogne à dévisager mes semblables, ensuite parce que j'aime regarder les filles (mais pas quand elles marchent sur la plage, cette chanson me consterne, soit dit en passant). Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je m'aperçus que la poupée brune que j'observais avec une curiosité somme toute modérée, se rasseyait en fronçant le nez d'un air contrarié puis, alors que j'avais repris ma conversation avec mes spirituels camarades, jetait des coups d'oeil furtifs derrière son épaule, avec cet air niais de biche apeurée que seules savent prendre les authentiques dindes, pour surveiller mon regard. Je m'interrogeai quelques secondes sur ce comportement pour le moins stupéfiant et que ne justifiait certes pas mon gabarit fort peu menaçant ni ma mine on ne peut plus convenable et convenue, avant de réaliser que j'étais à Paris et que, depuis plusieurs mois, j'arborais une coupe très courte.
Ah Jésus, que ma joie demeure mais que les gens sont sots.
Commentaires
Middleofnowhere, Indiana. Mes cheveux courts et moi-même nous installons à une table avec une amie. Un clampin (certes dans un état d'ébriété qui me laisse supposer que ça aurait aussi pu arriver si je m'étais assise avec un ours en peluche) nous approche : « vous êtes en couple ?»
Washington, D.C. Une amie (suédoise) et moi-même (blanche de teint, le cheveux toujours court) nous extasions sur son fils (deux mois, clairement le fils de son père libanais). Une dame passe, avec un grand sourire, et nous décroche un « Same-sex parents are so cuuuuute! ».
Une dinde avec un regard de biche... sacré bestiaire !
Quant à notre Miss, il faut croire qu'à son corps défendant, elle a plutôt un regard de butch.
(oui, je sors)
Les gourdes au cerveau abîmé par les émanations toxiques de ce qu'elles se collent sur le visage ne changeront jamais. Je suis ravie de les laisser aux hommes ankylosé par leurs beauferies footballistiques.
Han, mais j'avais pas compris depuis l'aut' jour, en fait je croyais qu'avoir les cheveux courts c'était un truc qu'on faisait si on avait envie !
Je n'avais pas saisi que c'était uniquement un signal fort pour être catalogué ipso facto et illico presto par le reste du monde !
Je suis si stupide (car moi aussi je suis provinciale, ne l'oublions pas).
Moi aussi je croyais, hein. Et j'habite à quinze bornes de Paris. Et j'ai plein de copines à cheveux courts, dont seulement une poignée sur l'axe Marais-Lesbos.
Ha.
C'était donc ça.
Je me demandais par quelle ignoble farce de Murphy je pouvais avoir si peu de succès dans ma nouvelle carrière de couguar...je ne me demanderai plus.
Et dire qu'en prime je n'ai pas le moindre attribut mammaire...je suppose que mes cheveux courts ont aggravé mon cas au delà du raisonnable...je m'en vais de ce pas corriger ce mauvais tir. Merci, ô grande Pythie, merci.
Krazy Kitty > le cheveu ras est décidément la promesse de bien des moments d'une incomparable drôlerie
Oph > oh, vous savez, le regard de biche a bien baissé.
Killer Queen > il est cependant fort difficile de faire abstraction de leur existence. La prochaine fois, je regarderai mes pieds qui sont autrement spirituels.
Aurélia > oh l'autre hein, n'importe quoi. Les femmes feraient des choix relatifs à leur apparence juste parce qu'elles en ont envie et non pour attirer le regard du mâle (si possible dominant mais on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a). Mais dans quel monde vis-tu ?
pupuce > Ni mamelles de porno-star, ni chevelure de princesse ? Faut pas t'étonner (tétonner ?) si tu fais tapisserie dans les concours de tuning.
Vu que même le bide de femme enceinte ne met pas à l'abri des confusions à fondement capillicoles, nous ne nous étonnerons point de la bête réaction de la population du bestiaire.